Plus de deux ans après le déclenchement de la guerre civile, le Soudan demeure le théâtre d’un chaos meurtrier et complexe. Le pays, qui traverse l’une des crises humanitaires les plus graves du continent, est devenu le champ de bataille de deux puissances militaires rivales : les Forces armées soudanaises (SAF) et les Forces de soutien rapide (FSR). Cette guerre, loin d’être une simple lutte de pouvoir, façonne aujourd’hui l’avenir politique, géopolitique et sécuritaire d’une région stratégique.
Si les combats se concentraient initialement autour de la capitale Khartoum, les lignes de front évoluent désormais en profondeur. Les alliances militaires se recomposent, les tactiques changent, et les civils restent les premières victimes d’un conflit qui semble se régénérer à chaque avancée. Malgré une baisse relative des morts civils en 2025, le spectre d’un apaisement durable paraît encore bien lointain.
Une guerre d’usure en mutation
Depuis mars dernier, les Forces armées soudanaises ont repris le contrôle de Khartoum, s’appuyant sur une offensive terrestre majeure, des campagnes de recrutement massif et des alliances inédites avec des groupes armés locaux. Ce retournement stratégique marque une rupture avec la dynamique initiale du conflit, dominée jusque-là par la FSR, plus mobile et implantée dans certaines régions.
2 302 morts du choléra au Soudan : Un système de santé à l’agonie
Mais les FSR, désormais équipées de drones, ont rééquilibré la donne. En attaquant des cibles éloignées comme Port-Soudan, elles ont montré leur capacité à menacer les lignes arrière des SAF. Cette militarisation croissante s’accompagne de nouvelles alliances, parfois ethniques ou opportunistes, qui alimentent une guerre de position. Khartoum et Al Jazirah, bien que plus calmes depuis leur reconquête par l’armée régulière, ne sont plus les seuls points chauds. Le conflit s’étend désormais à d’autres régions jusque-là relativement épargnées.
Lire Aussi : Guerre en Ukraine : Le Mozambique en quête d’alliances face aux répercussions en Afrique
Une guerre contre les civils
Si l’armée soudanaise est accusée de multiples exactions, ce sont les Forces de soutien rapide qui concentrent les deux tiers des attaques contre les civils, selon les dernières données humanitaires. La guerre au Soudan est donc aussi une guerre contre les populations, prises en étau entre deux puissances destructrices. Les chiffres sont accablants : le pays est devenu le plus meurtrier du continent pour les civils chaque trimestre depuis le début du conflit.
Météorite d’Agadez : le Niger s’interroge sur une vente à 5 millions de dollars
Cependant, une légère accalmie est constatée en 2025 dans certaines zones, notamment Khartoum, où des civils commencent à revenir après des mois d’exil. Cette baisse des violences ne signifie pas pour autant un apaisement généralisé. Le déplacement des combats vers d’autres zones implique une reconfiguration des risques pour des milliers de familles. L’ampleur de la crise humanitaire s’accentue avec plus de 10 millions de déplacés internes et des centaines de milliers de réfugiés dans les pays voisins, notamment le Tchad, l’Éthiopie et le Soudan du Sud.
Au-delà de ses frontières, la guerre au Soudan interroge la stabilité de l’Afrique de l’Est. La prolifération des armes, les flux migratoires incontrôlés, et l’implication croissante de groupes paramilitaires dans les affaires intérieures de plusieurs pays voisins représentent autant de risques d’embrasement régional. Ce conflit met aussi en lumière l’échec des tentatives de médiation internationale, impuissantes face à la complexité du terrain et à l’hostilité des parties. Tant que les deux camps verront la guerre comme seul levier de pouvoir, les perspectives de paix resteront minces. En attendant, le peuple soudanais continue de payer le prix fort d’une guerre qui n’épargne ni les corps, ni les esprits, ni l’avenir du pays.
Tony A.

