L’annonce d’une victoire écrasante a plongé la République centrafricaine non pas dans la célébration, mais dans une profonde incertitude. Au cœur d’une région tourmentée, le scrutin du 28 décembre dernier devait marquer une étape vers la stabilisation démocratique. Il a finalement accouché d’un résultat spectaculaire et immédiatement contesté. Selon l’Autorité Nationale des Élections (ANE), le président sortant Faustin-Archange Touadéra a été réélu dès le premier tour avec un score stalinien de 76,15% des voix, pour une participation établie à 52,42%.
Ce chiffre, présenté comme un plébiscite par le camp présidentiel, a agi comme un détonateur pour l’opposition, qui dénonce une « mascarade électorale » et réclame l’annulation pure et simple du vote. La présidentielle en Centrafrique n’a donc pas refermé la page de l’instabilité ; elle a ouvert un nouveau chapitre, celui d’une crise politique et juridique à haut risque.
La victoire de Faustin-Archange Touadéra en chiffres

La proclamation des résultats de la présidentielle en Centrafrique fut un événement politique soigneusement orchestré. Dans la nuit du 5 au 6 janvier, au siège de l’ANE à Bangui, le président de l’institution, Mathias Morouba, a dévoilé des chiffres qui ont immédiatement scellé le sort du scrutin. La présence massive de ministres et de cadres du parti au pouvoir, le Mouvement Cœurs Unis (MCU), ne laissait planer aucun doute sur l’issue.
L’objectif était clair : afficher une victoire sans appel pour couper court à toute perspective d’un second tour et asseoir une légitimité populaire écrasante. Dans un pays où l’autorité de l’État peine à s’exercer au-delà de la capitale, ce « KO » électoral se voulait une démonstration de force. Les données officielles communiquées par l’ANE dessinent le portrait d’un plébiscite. Faustin-Archange Touadéra aurait recueilli 76,15% des suffrages exprimés, un score qui le place très largement au-dessus de la majorité absolue requise. Ce résultat, bien que présenté comme décisif, repose sur la compilation de 84,39% des bureaux de vote.
Cette donnée, loin d’être un détail technique, est au cœur de la controverse. Elle signifie que plus de 15% des suffrages, provenant potentiellement de zones reculées ou moins contrôlées par le pouvoir, n’ont pas été inclus dans ce décompte provisoire. Dans les rues de Bangui, l’annonce a été accueillie par des célébrations contenues dans les quartiers pro-pouvoir, contrastant avec un silence méfiant ailleurs, illustrant la profonde fracture du pays face à ces résultats des élections en Centrafrique.
Un paysage politique redessiné, une opposition laminée

Face à ce raz-de-marée, ses principaux adversaires sont relégués à des scores anecdotiques. Anicet-Georges Dologuélé, ancien Premier ministre et principal challenger de M. Touadéra en 2016, n’obtient que 14,66% des voix, un résultat bien en deçà de ses ambitions. Il est suivi par Henri-Marie Dondra, ex-ministre des Finances, qui culmine à seulement 3,19%. Les autres candidats, comme Marcelin Yalemende (2,13%) et Serge Djorie (1,87%), se partagent les restes.
Cet écart abyssal entre le vainqueur proclamé et ses concurrents nourrit la suspicion de l’opposition, qui juge un tel plébiscite statistiquement improbable au vu de la fragmentation politique du pays et des difficultés rencontrées durant le premier mandat de Faustin-Archange Touadéra. L’analyse de ces chiffres montre une concentration des votes qui, pour les détracteurs, ne reflète pas la réalité sociologique du pays.
Il est essentiel de rappeler que les chiffres de l’ANE ne sont que provisoires. Le processus électoral centrafricain confère le dernier mot à la Cour constitutionnelle. C’est elle qui est désormais chargée d’examiner les recours déposés par les candidats, de statuer sur les irrégularités documentées et de proclamer les résultats définitifs avant la date butoir du 20 janvier. Cette période de deux semaines est donc cruciale. Elle offre un cadre légal à l’opposition pour étayer ses accusations. La décision de la Cour sera scrutée avec une attention extrême par les acteurs nationaux et la communauté internationale. Elle pourra soit légitimer la victoire de M. Touadéra, soit invalider le scrutin, plongeant la Centrafrique dans une incertitude politique encore plus grande.
La riposte frontale de l’opposition
La réaction des adversaires de Faustin-Archange Touadéra a été immédiate et unanime. Bien avant la proclamation officielle, les états-majors de l’opposition préparaient déjà leur contre-offensive. Refusant de cautionner ce qu’ils nomment une « mascarade », les principaux candidats ont organisé des conférences de presse pour dénoncer un processus vicié et annoncer qu’ils ne reconnaîtraient pas la légitimité du président réélu.
Cette posture de rejet frontal transforme la compétition électorale en une confrontation politique et juridique explosive. L’enjeu n’est plus de contester des pourcentages, mais de remettre en cause l’intégrité même des institutions organisatrices de la présidentielle en Centrafrique.
La contestation de l’opposition ne se limite pas à des déclarations de principe. Elle s’appuie sur un dossier compilant de nombreuses irrégularités présumées. Au cœur des griefs figure une accusation de « conflit d’intérêts manifeste » visant une haute responsable de l’ANE, soupçonnée d’entretenir des liens étroits avec le camp présidentiel. Cette allégation, si elle était prouvée, porterait un coup fatal à la crédibilité de l’organe électoral. L’opposition dénonce également une série de dysfonctionnements observés le jour du vote : bourrages d’urnes dans plusieurs localités, intimidation d’électeurs par des milices pro-gouvernementales, listes électorales incomplètes et distribution de cartes d’électeurs jugée chaotique. Pour Anicet-Georges Dologuélé, « la vérité des urnes » lui serait en réalité favorable sans ces fraudes électorales massives.
L’appel radical à l’annulation du scrutin
Face à ce qu’il estime être un hold-up électoral, Henri-Marie Dondra a adopté la ligne la plus dure, appelant à « l’annulation pure et simple » de la présidentielle en Centrafrique. Cette demande radicale s’accompagne d’une autre, tout aussi forte : la dissolution de l’ANE. « Les résultats proclamés sont à l’image de l’incapacité de l’ANE que nous avons maintes fois dénoncée », a-t-il martelé, affirmant que l’institution avait « prouvé son incompétence » à organiser des élections libres et transparentes. En exigeant la tête de l’organe électoral, l’opposition signifie une perte de confiance totale dans les mécanismes démocratiques actuels du pays, attaquant le pilier même du système et non plus seulement son résultat. Cette stratégie vise à délégitimer l’ensemble du processus aux yeux de la population et des partenaires internationaux.
Consciente que les déclarations politiques ne suffisent pas, l’opposition s’organise désormais pour la bataille juridique. Le parti de M. Dondra a officiellement annoncé se préparer « activement à saisir la Cour constitutionnelle afin d’attaquer les irrégularités ». Dans ce contexte, les rapports des missions d’observation électorale, notamment celles de l’Union Africaine (UA) et de la Communauté Économique des États de l’Afrique Centrale (CEEAC), deviendront des pièces maîtresses. Leurs conclusions seront déterminantes pour corroborer ou infirmer les allégations de **fraudes électorales**. Les témoignages de la société civile, recueillis par des ONG locales, apporteront également un éclairage crucial. La Cour constitutionnelle se retrouve ainsi sous une pression immense, devant arbitrer entre les chiffres officiels et un lourd dossier d’accusations.
La crise post-électorale qui s’annonce en Centrafrique révèle des tensions bien plus profondes. Un second mandat pour Faustin-Archange Touadéra, acquis dans des conditions aussi controversées, risque d’exacerber les fractures d’un pays meurtri par des décennies de crises. La légitimité que le président sortant cherchait à consolider par les urnes est déjà sérieusement écornée avant même sa validation définitive. Cette situation fait écho à d’autres contextes régionaux tendus, où la crédibilité des institutions électorales est au centre des débats, rappelant que l’organisation d’une élection ne suffit pas à garantir la démocratie. Le véritable défi de la **présidentielle en Centrafrique** commence maintenant.
Une crise de confiance institutionnelle et le jeu des puissances
Le défi le plus immédiat pour le pouvoir sera de gouverner un pays où son autorité reste largement théorique en dehors de Bangui. De vastes territoires sont encore sous l’influence de groupes armés qui rejettent l’État. Une réélection contestée pourrait leur fournir un prétexte pour relancer les hostilités et saper les efforts de paix. Sur le plan économique, la Centrafrique, l’un des pays les plus pauvres au monde, dépend de l’aide internationale. Un climat politique délétère décourage les investisseurs et complique les relations avec les bailleurs de fonds, qui conditionnent souvent leur aide à la bonne gouvernance. Enfin, le chantier essentiel de la réconciliation nationale semble au point mort. Une victoire perçue comme un passage en force est le pire point de départ pour rassembler une nation profondément divisée.
Cette élection révèle une crise de confiance aiguë envers les institutions de la République. La défiance de l’opposition envers l’ANE, et potentiellement demain envers la Cour constitutionnelle, illustre la rupture du contrat démocratique. Restaurer cette confiance sera une tâche herculéenne. La réaction de la communauté internationale sera déterminante.
Tony A.

