Depuis que la crise post-électorale perturbe les axes routiers au Cameroun, la République centrafricaine (RCA) subit une onde de choc économique. Celle-ci remet en question sa souveraineté alimentaire et commerciale. Le pays est apparemment pris au piège d’une dépendance logistique quasi vitale vis-à-vis de son voisin camerounais.
Au marché central de Bangui, l’inflation n’a plus rien d’une donnée abstraite. Riz, huile, sucre, savon, farine… tout coûte plus cher. Les étals débordent d’inquiétude plus que de produits. « Les prix ont doublé », confie Jérôme, père de famille. Son témoignage illustre une réalité structurelle. La moindre tension politique au Cameroun se répercute immédiatement sur la Centrafrique. Ce n’est pas seulement une crise de l’offre, c’est le miroir d’une économie sous perfusion étrangère.
L’économie centrafricaine sous tutelle logistique
Enclavée au cœur du continent, la RCA dépend à plus de 80 % du corridor Douala-Bangui pour ses importations. Une artère vitale, mais fragile. Lorsque les camions s’immobilisent au Cameroun, c’est tout un pays qui retient son souffle. Les récents troubles post-électoraux ont ralenti le passage des marchandises, créant des goulets d’étranglement qui paralysent les chaînes d’approvisionnement.
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Cette dépendance n’est pas nouvelle. Depuis des décennies, la RCA peine à diversifier ses corridors d’accès maritime ou à développer ses infrastructures internes. En misant presque exclusivement sur le Cameroun, elle s’est volontairement placée dans une position d’otage économique. Résultat : la moindre crise régionale devient un facteur d’instabilité intérieure.
Et dans cette équation, les consommateurs sont les premiers perdants. « Il y aura des grincements de dents », prévient Ali Rock Bissengué, président de l’Association de défense des consommateurs. Derrière la hausse des prix, se cache un risque social : celui d’un mécontentement populaire alimenté par la frustration économique.
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La RCA sur la corde raide
Face à la grogne, le gouvernement tente de reprendre la main. Le ministre du Commerce, Thierry Patrick Akoloza, dénonce une spéculation « injustifiée ». Selon lui, l’approvisionnement n’est pas rompu, et certains commerçants profitent du contexte pour gonfler les marges. D’où l’opération « Tonnerre », une campagne coup de poing pour contrôler les prix et chasser les produits périmés des marchés.
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Mais si cette initiative se veut énergique, elle ne s’attaque qu’aux symptômes. Car la racine du mal demeure la vulnérabilité structurelle de l’économie centrafricaine. Tant que le pays n’aura pas investi massivement dans ses propres capacités logistiques, dans la production locale et dans la diversification de ses partenaires commerciaux, chaque crise étrangère se transformera en crise nationale.
La spéculation n’est donc pas seulement une faute morale ou économique ; elle est aussi le produit d’un système qui rend les acteurs économiques nerveux, incertains et opportunistes. Dans un environnement où l’offre dépend d’un seul corridor, la loi du marché devient celle du plus rapide à hausser les prix. La flambée actuelle des prix en Centrafrique n’est pas qu’une conséquence de la crise camerounaise. C’est un signal d’alarme. Elle rappelle l’urgence pour Bangui de repenser son modèle économique et de reconquérir une part d’autonomie stratégique. Diversification logistique, développement agricole, intégration régionale : autant de chantiers qui exigent une volonté politique forte. Car tant que la RCA restera dépendante des humeurs de ses voisins, elle ne sera libre ni de ses prix, ni de son destin économique.
Tony A.

