Le Mali s’enfonce un peu plus dans une spirale autoritaire. L’arrestation, mardi, de l’ancien Premier ministre Choguel Kokalla Maïga pour des accusations de « détournement de fonds publics » marque un nouvel épisode dans la série de détentions qui secoue Bamako depuis plusieurs semaines. L’annonce a été faite par son avocat, dans un contexte déjà marqué par une purge au sein des forces armées, visant des officiers soupçonnés de préparer un coup contre la junte.
Ce développement intervient dans un pays fragilisé par plus d’une décennie de violences djihadistes et séparatistes, et désormais soumis à un pouvoir militaire issu des coups d’État successifs de 2020 et 2021. L’affaire Choguel Kokalla Maïga, au-delà de son aspect judiciaire, illustre la volonté manifeste des autorités de consolider leur emprise et de neutraliser toute voix dissidente, même issue de l’ancien cercle rapproché du pouvoir.
Une arrestation de Choguel Kokalla Maïga au parfum de règlement politique
Nommé Premier ministre après le second putsch de 2021, Choguel Kokalla Maïga avait incarné, un temps, le visage civil de la transition. Mais sa rupture avec les militaires s’était accélérée après ses critiques publiques sur l’opacité entourant l’organisation des élections. Son limogeage, en novembre 2024, avait déjà été perçu comme un signal fort. La junte ne tolérerait plus les divergences, même internes.
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Les accusations portées aujourd’hui contre Choguel Kokalla Maïga trouvent leur origine dans un rapport d’audit. Si les faits restent à établir, le timing interpelle. Cette arrestation survient alors que la junte malienne, loin d’ouvrir le jeu politique, s’est arrogé un mandat présidentiel de cinq ans renouvelable indéfiniment, sans passer par les urnes. Dans ce contexte, les poursuites judiciaires contre des figures politiques peuvent apparaître comme un outil de marginalisation des opposants.
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Un climat politique verrouillé et une transition sans fin
Le cas Maïga s’ajoute à une longue liste d’arrestations qui, depuis plusieurs semaines, ciblent aussi bien des militaires que des personnalités civiles. La junte justifie ces opérations par la nécessité de préserver la stabilité, mais cette rhétorique masque difficilement une centralisation accrue du pouvoir. Les institutions, privées de contre-pouvoirs, évoluent désormais dans un environnement où toute contestation peut être assimilée à une menace sécuritaire.
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La promesse initiale d’un retour des civils au pouvoir d’ici mars 2024 a été officiellement abandonnée. Cette dérive illustre un phénomène plus large observé dans plusieurs pays sahéliens dirigés par des juntes : la « transition permanente », où le calendrier électoral recule à mesure que les dirigeants militaires consolident leur légitimité par d’autres voies, souvent sécuritaires ou nationalistes.
L’arrestation de Choguel Kokalla Maïga dépasse apparemment le simple cadre judiciaire. Elle s’inscrit dans une stratégie de verrouillage du paysage politique malien. En ciblant une personnalité autrefois associée à la transition, la junte envoie un message clair : aucun espace de dissidence, interne ou externe, ne sera toléré. Mais à long terme, cette méthode risque d’éroder encore davantage la confiance des Maliens et d’isoler le pays sur la scène internationale, déjà méfiante face aux transitions militaires sans horizon démocratique.
Tony A.

