Jeudi 12 mars 2026, au siège de l’UEMOA à Lomé, la Chambre Consulaire Régionale de l’UEMOA (CCR-UEMOA) a donné le ton de son année 2026 lors d’une conférence de presse présidée par Helena Nosolini Embaló, actuelle présidente de l’Institution. Devant les médias, la dirigeante a dressé un bilan à mi-parcours de la mandature 2024‑2027 et dévoilé les grandes priorités d’activités pour 2026, dans un contexte marqué par les crises économiques, politiques et sécuritaires qui éprouvent les économies ouest-africaines.
En filigrane, un message clair : sans un secteur privé structuré, financé et pleinement associé aux politiques communautaires, l’intégration régionale risque de rester un slogan.
CCR-UEMOA : interface stratégique entre secteur privé et UEMOA
Créée par le Traité de l’Union, la CCR-UEMOA est un organe consultatif chargé de faire entendre la voix du secteur privé dans l’élaboration et la mise en œuvre des politiques communautaires. Elle constitue le cadre institutionnel de dialogue entre les organes de l’UEMOA et les acteurs économiques, afin que leurs préoccupations et propositions soient réellement intégrées aux décisions communautaires.
Concrètement, la CCR-UEMOA émet des avis et recommandations sur des sujets clés tels que les législations commerciales, fiscales, douanières et sociales, les accords commerciaux avec des pays tiers, le fonctionnement des bourses et observatoires économiques, ainsi que les grandes orientations de la politique économique et monétaire de l’Union.
Une institution représentative de tout le tissu économique

La CCR-UEMOA regroupe 56 membres, soit sept représentants par État membre, issus des principales composantes du secteur privé : chambres de commerce et d’industrie, chambres d’agriculture, chambres des métiers et de l’artisanat, organisations patronales de l’industrie, des importateurs-exportateurs, des banques et établissements financiers, ainsi qu’un représentant d’un secteur spécifique désigné par chaque chambre nationale.
Cette architecture lui permet de capter à la fois les préoccupations des grandes entreprises, des PME/PMI, des artisans, du monde rural et du secteur financier, et d’en faire une synthèse structurée adressée aux autorités de l’UEMOA.
Mandature 2024‑2027 : une vision axée sur compétitivité et résilience
La présidence de la CCR-UEMOA a été confiée à la Guinée-Bissau pour la mandature 2024‑2027, dans un contexte de fragilisation des économies par les chocs successifs – pandémies, tensions politiques et crises sécuritaires. Face à cette situation, la vision affichée par Helena Nosolini Embaló est de renforcer la compétitivité, la résilience et l’intégration du secteur privé communautaire dans un environnement régional et international en mutation permanente.
Cette ambition repose sur trois piliers : un secteur privé mieux structuré et plus compétitif, des organisations consulaires renforcées dans leur rôle d’accompagnement, et une participation active des entreprises à l’élaboration et à la mise en œuvre des politiques communautaires.
Un bilan à mi-parcours déjà marqué par des avancées structurantes
Devant la presse, la Présidente a insisté sur le « chemin parcouru » depuis le début de la mandature, soulignant plusieurs acquis majeurs.
Parmi eux, on peut citer :
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L’actualisation de la Vision et du Plan stratégique 2020‑2030 pour intégrer les orientations spécifiques de la mandature 2024‑2027, assortie d’un cadre de performance pour un meilleur suivi.
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L’élaboration d’un Plan d’Actions de la mandature 2024‑2027, qui sert de boussole opérationnelle aux interventions de la CCR-UEMOA dans chaque État membre.
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Le déploiement, en partenariat avec l’Union européenne via le programme EU‑TAF, d’un renforcement de capacités sur le protocole relatif au commerce des marchandises de la ZLECAf, au profit du personnel des organisations membres et des structures d’appui au secteur privé.
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Une mission de prospection économique à Barcelone ayant abouti à la signature d’un protocole d’accord avec l’Association des Chambres de Commerce et d’Industrie des pays de la Méditerranée, pour stimuler les partenariats euro‑méditerranéens.
Ces actions témoignent d’une CCR-UEMOA qui ne se contente pas de produire des textes, mais cherche à outiller les acteurs économiques pour tirer parti des nouveaux marchés, notamment continentaux avec la ZLECAf.
Activités 2026 : le financement du secteur privé comme dossier prioritaire

L’un des volets les plus attendus du programme d’activités 2026 concerne l’accès au financement, particulièrement pour les TPE, PME/PMI, entreprises artisanales et agro‑sylvo‑pastorales, souvent exclues des circuits traditionnels de crédit.
Deux études structurantes ont déjà été menées :
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Une étude d’opportunité et de faisabilité pour mettre en place un mécanisme régional structurel de soutien, stabilisation, relance et reconstruction du secteur privé en cas de crises majeures, en complément des dispositifs existants.
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Une étude visant la création d’un mécanisme souple de financement dédié aux petites entreprises, adossé aux Caisses des Dépôts et Consignations ou organismes assimilés, pour répondre aux besoins de trésorerie et d’investissement des acteurs de terrain.
En 2026, la priorité sera d’opérationnaliser ces mécanismes, afin qu’ils ne restent pas au stade de concepts mais se traduisent en instruments concrets accessibles aux entreprises dans l’ensemble des pays de l’UEMOA.
Formalisation de l’informel et intégration régionale au cœur de l’agenda
Autre axe majeur des activités 2026 : la formalisation progressive du secteur informel, qui représente encore une part considérable de l’économie et de l’emploi dans l’Union. La CCR-UEMOA a lancé une étude globale sur ce secteur, en vue de proposer un plan d’actions quinquennal pour accompagner sa transition vers la formalité, sans casser les dynamiques de survie des petits acteurs.
Parallèlement, l’Institution joue un rôle moteur dans la mise en œuvre de la stratégie régionale ZLECAf, qu’elle copilote avec la Commission de l’UEMOA, à travers le plaidoyer, la formation et la mobilisation de ressources pour préparer les entreprises à conquérir le marché continental africain.
Gouvernance, communication et digital : une CCR-UEMOA qui se modernise
Sur le plan interne, la période 2024‑2025 a été marquée par un renforcement de la gouvernance et des mécanismes de suivi du Plan d’Actions de la mandature, avec un souci accru de transparence et de redevabilité. Des séminaires de formation ont été organisés au bénéfice des organisations membres pour consolider leurs capacités d’accompagnement des entreprises.
Sur le terrain de la communication institutionnelle, la CCR-UEMOA a lancé le podcast « La Voix du Secteur Privé », destiné à vulgariser les textes communautaires et à rendre plus lisibles les enjeux de l’intégration pour les opérateurs économiques et le grand public. Les échanges avec la presse à Lomé ont également mis en avant les enjeux de la digitalisation, avec des projets d’immersion professionnelle pour les jeunes et les femmes dans les écosystèmes numériques de l’Union.
Réponses aux crises : vers des mécanismes structurants plutôt que des réactions ponctuelles
Interrogée par les journalistes sur la capacité de l’UEMOA à absorber les chocs – qu’ils soient sanitaires, géopolitiques ou liés à la flambée des cours de l’énergie –, la Présidente a rappelé que le mécanisme régional de soutien envisagé vise justement à sortir de la gestion de crise au coup par coup. Il s’agit de construire un dispositif permanent combinant instruments financiers, accompagnement technique et renforcement de capacités pour soutenir les entreprises touchées.
Elle a aussi insisté sur le fait que ces propositions, formulées par la CCR-UEMOA, doivent ensuite être prises en charge par les organes décisionnels de l’Union afin d’être traduites en politiques et en outils opérationnels, tout en reconnaissant l’urgence de préparer les économies à de nouveaux chocs possibles.
Enjeux éducatifs, jeunesse et diaspora : élargir la notion de compétitivité
Les échanges avec la salle ont également permis d’aborder des sujets souvent négligés dans les débats économiques, comme le lien entre compétitivité, éducation, recherche scientifique, jeunesse et diaspora. La CCR-UEMOA a rappelé avoir travaillé, dès la mandature précédente, sur la question de la qualité de la formation scientifique et technique, considérée comme un levier indispensable pour renforcer la valeur ajoutée produite sur le continent.
La Présidente a aussi souligné l’importance de mieux canaliser les ressources issues des transferts de la diaspora vers des usages productifs, plutôt que de les voir cantonnées à la seule consommation, en s’inspirant d’expériences réussies sur d’autres continents pour mettre en place des cadres incitatifs adaptés.
Perspectives 2026‑2027 : consolider la place de la CCR-UEMOA comme « hub » du secteur privé
Pour la seconde moitié de la mandature, couvrant notamment 2026 et 2027, l’action de la CCR-UEMOA s’articulera autour de plusieurs priorités : opérationnalisation des mécanismes de financement, poursuite des réformes en faveur de la formalisation et de la compétitivité, intensification de la coopération avec les partenaires techniques et financiers, et renforcement du positionnement de la CCR comme interface incontournable entre secteur privé et institutions de l’Union.
Des protocoles d’accord sont également annoncés pour favoriser l’immersion des jeunes et des femmes entrepreneurs dans des écosystèmes économiques plus mûrs de la région, avec l’objectif de créer un cadre structuré d’échanges, de mentorat et de transferts de compétences.
Ce que cela change pour les entreprises togolaises et ouest-africaines
Pour les entrepreneurs de Lomé comme pour ceux de l’ensemble de l’espace UEMOA, l’agenda d’activités 2026 de la CCR-UEMOA ouvre des perspectives concrètes : accès à des mécanismes de financement dédiés, meilleures conditions d’intégration aux marchés régionaux et continentaux, environnement des affaires plus lisible et réformes pensées avec les acteurs de terrain.
Encore faudra-t-il que les dispositifs annoncés soient mis en œuvre rapidement et que les entreprises, notamment les plus petites, se les approprient, en se structurant, en se formalisant progressivement et en investissant dans les compétences, y compris digitales, qui conditionneront leur compétitivité dans la ZLECAf et au-delà.
En définitive, la conférence de Lomé consacrant le lancement officiel des activités 2026 de la CCR-UEMOA a confirmé une orientation stratégique : faire du secteur privé non plus un simple bénéficiaire, mais un véritable co‑architecte de l’intégration économique ouest-africaine. Pour les observateurs de la géopolitique économique africaine, c’est un signal à suivre de près, tant les choix opérés aujourd’hui pèseront sur la place de l’Afrique de l’Ouest dans les chaînes de valeur régionales et mondiales demain.

