À moins de deux mois du coup d’envoi de la Coupe d’Afrique des nations féminine, une question embarrassante s’impose dans les couloirs du football africain. Où se jouera réellement la CAN féminine 2026 ? Officiellement attribuée au Maroc, la compétition est désormais enveloppée d’un épais brouillard, nourri par des déclarations contradictoires, des silences institutionnels et une communication approximative qui fragilisent la crédibilité de l’organisation.
Ce flou n’est pas anodin. Il intervient à un moment charnière pour le football féminin africain, qui peine encore à s’imposer comme une priorité stratégique pour les instances dirigeantes. À travers cette incertitude, c’est toute la gouvernance du football continental qui est une nouvelle fois interrogée : improvisation, centralisation des décisions, et déficit de transparence.
Une rumeur qui en dit long sur les failles institutionnelles
Tout est parti d’une déclaration pour le moins déconcertante. Lors d’une cérémonie officielle en Afrique du Sud, la vice-ministre des Sports, Peace Mabe, affirme publiquement que son pays accueillera la CAN féminine à la place du Maroc. Une annonce lourde de sens, faite sans confirmation préalable de la Confédération africaine de football (CAF), ni réaction immédiate du pays initialement désigné.
Face au tollé, Pretoria tente de calmer le jeu. Le ministre sud-africain des Sports, Gayton McKenzie, parle alors de simple disponibilité de son pays à « soutenir la CAF si nécessaire ». Une clarification qui, loin de dissiper les doutes, les renforce. Car dans un contexte aussi sensible, une telle « erreur de communication » révèle surtout une absence de coordination entre les États et l’instance faîtière du football africain.
Le silence persistant de la CAF devient dès lors assourdissant. Aucun communiqué officiel, aucune prise de parole rassurante, alors que les sélections, les sponsors et les diffuseurs ont besoin de visibilité. Ce mutisme institutionnel alimente l’idée d’une organisation sous tension, peut-être elle-même hésitante quant à la capacité du Maroc à maintenir l’événement.
Sanctions, surcharge et fatigue marocaine : un cocktail explosif
Plusieurs éléments donnent du crédit à l’hypothèse d’un désengagement marocain. D’abord, les sanctions infligées récemment au royaume après les incidents de la finale de la CAN masculine face au Sénégal : suspensions de joueurs, lourde amende financière. Même si elles ne concernent pas directement la compétition féminine, elles participent à un climat de crispation entre Rabat et la CAF.
Ensuite, la question de la surcharge événementielle. Le Maroc s’est imposé ces dernières années comme l’hôte quasi permanent des grandes compétitions africaines, masculines comme féminines. Troisième CAN féminine consécutive, CAN U23, CAN U17, compétitions interclubs… Cette omniprésence, saluée pour sa capacité logistique, peut aussi générer une forme de lassitude politique et financière.
Enfin, se pose une interrogation plus profonde : la CAN féminine est-elle réellement traitée comme une priorité par la CAF ? Le manque de communication, l’absence de calendrier médiatique clair et la gestion approximative de cette crise donnent le sentiment que le football féminin reste relégué au second plan, même lorsque l’échéance approche dangereusement.

