Le Sénégal vit un scénario digne des plus grands thrillers politiques. Quatre jours seulement après son limogeage retentissant de la Primature par le président Bassirou Diomaye Faye, Ousmane Sonko a opéré un retour fracassant au sommet de l’État. Ce mardi 26 mai 2026, l’ancien Premier ministre a été élu au perchoir de l’Assemblée nationale avec un score écrasant (132 voix sur 133 votants), suite à la démission stratégique de son allié El Malick Ndiaye.
Quelques heures plus tôt, le président Faye nommait un nouveau Premier ministre pour diriger le gouvernement. Le mythique tandem « Diomaye-Sonko », que l’on croyait brisé vendredi soir, s’impose à nouveau au pays, mais sous une forme totalement inédite et explosive : celle d’une cohabitation de fer au sein même du camp au pouvoir.
De la Primature au Perchoir, comment Faye et Sonko vont-ils cohabiter ?
Cette nouvelle configuration déplace complètement le centre de gravité politique du pays. Ce n’est plus un président qui dirige avec un Premier ministre soumis à ses ordres, mais un chef de l’État constitutionnellement fort face à un président de l’Assemblée nationale politiquement ultra-majoritaire et porté par une immense ferveur populaire. Pour faire avancer les projets de développement du pays, les deux hommes vont devoir inventer une cohabitation inédite, car leurs prérogatives institutionnelles vont désormais s’entrechoquer de manière frontale.
Le premier grand défi réside dans l’équilibre entre le pouvoir du gouvernement et le pouvoir des lois. Le président Faye et son tout nouveau gouvernement ont absolument besoin de l’Assemblée nationale pour faire voter les budgets et les réformes économiques promises en 2024. C’est ici que se cache le principal risque de blocage, car Ousmane Sonko, désormais maître absolu du calendrier législatif, détient une arme redoutable.
Si le président Faye tente de s’éloigner de la ligne d’origine du projet souverainiste, le nouveau chef du Parlement a les moyens techniques de ralentir ou de geler l’action gouvernementale. Réussir le développement du Sénégal dans ce contexte demandera un pragmatisme de haut niveau, sans quoi le pays risque de se retrouver totalement paralysé par une guerre d’égos institutionnelle.
Tempête au sommet du PASTEF, qui contrôle le parti ?
Derrière la façade lisse des institutions, c’est l’avenir et la survie du parti au pouvoir, le PASTEF, qui se jouent en coulisses. L’élection d’Ousmane Sonko au perchoir démontre une chose essentielle. Si Bassirou Diomaye Faye contrôle le Palais présidentiel, Sonko garde une mainmise absolue sur les députés et sur la base militante. La démission d’El Malick Ndiaye pour lui céder sa place à l’Assemblée nationale prouve que la loyauté des cadres du parti penche encore massivement du côté du leader historique.
Cette situation crée une fracture évidente et sépare la direction du PASTEF en deux sensibilités distinctes. D’un côté se trouve l’aile d’État, souvent appelée les « Diomayistes », qui estiment que la légitimité suprême appartient au président élu et qu’il faut rassurer les partenaires internationaux par une gouvernance plus calme et technocratique. De l’autre côté se dresse l’aile idéologique, regroupant les « Sonkoistes » de la base dure, qui considèrent que Diomaye Faye doit tout à Ousmane Sonko et que le projet initial de rupture ne doit souffrir d’aucun compromis ni d’aucune baisse de régime.
L’ère de l’incertitude politique ne fait que commencer au Sénégal
Le Sénégal entre en terre inconnue. En voulant s’affranchir de la tutelle de son ancien mentor en le limogeant, le président Bassirou Diomaye Faye l’a propulsé, malgré lui, à la tête du deuxième pouvoir de la République. Le duel à distance entre le Palais de la République et l’Hémicycle de la place Soweto vient officiellement d’ouvrir son premier chapitre.

