Une nouvelle page de l’histoire politique du Bénin s’est ouverte ce dimanche 24 mai 2026. La cérémonie d’investiture du président Romuald Wadagni s’est déroulée au Palais des Congrès de Cotonou devant un parterre de dignitaires. Succédant à Patrice Talon, le nouveau chef de l’État a profité de ce grand moment solennel pour fixer le cap de son septennat. Entre réformes sociales de grande envergure et fermeté militaire, l’événement a surtout été marqué par un signal diplomatique fort; une volonté manifeste de décrispation avec les pays de l’Alliance des États du Sahel (AES).
La sécurité par le développement et la fermeté
Face à la menace grandissante des groupes djihadistes qui pèse sur le Nord du pays, Romuald Wadagni a tenu à rassurer ses compatriotes en affichant une détermination sans faille. Pour le nouveau président, la réponse à la crise sécuritaire ne sera pas uniquement militaire, elle sera globale. « Le Bénin ne cédera ni à la peur ni au relâchement. L’État sera ferme face à tout ce qui menace notre cohésion et notre sécurité », a rassuré le chef de l’État.
Pour traduire cette fermeté en actions concrètes, le projet présidentiel repose sur une stratégie à double détente. D’un côté, le gouvernement va intensifier les investissements dans les Forces de défense et de sécurité (FDS) pour moderniser l’appareil militaire. De l’autre, le pouvoir compte « construire la sécurité » sur le long terme. Cela passera par le développement accéléré des services sociaux de base (eau, santé, éducation), la création d’opportunités économiques locales pour empêcher l’enrôlement des jeunes par les réseaux extrémistes, et le maintien d’une présence effective et visible de l’État sur l’ensemble du territoire national.
Le rapprochement avec l’AES : le virage diplomatique de l’investiture
L’image forte de cette journée reste sans doute la tribune des invités d’honneur. Contre toute attente, une importante délégation du Niger a fait le déplacement à Cotonou, accompagnée de représentants du Mali et du Burkina Faso. La présence hautement symbolique de ces trois piliers de l’Alliance des États du Sahel (AES) annonce un tournant majeur dans la sous-région.
Depuis le coup d’État du 23 juillet 2023 à Niamey, les relations entre le Bénin et le Niger s’étaient profondément détériorées, rythmées par des fermetures de frontières et des accusations mutuelles de déstabilisation. En conviant et en honorant ces délégations sahéliennes le jour de sa prise de pouvoir, Romuald Wadagni pose les jalons d’une décrispation indispensable.
Pour relever le défi de l’extrémisme violent qui ne connaît pas de frontières, le Bénin fait le choix du réalisme géopolitique et de la coopération transfrontalière. Le nouveau président béninois semble convaincu que la victoire contre le terrorisme ne pourra se faire qu’en composant avec l’AES, unissant les forces de la côte et du Sahel pour stabiliser l’Afrique de l’Ouest.
Faire ressentir la croissance dans le quotidien des Béninois
Sur le plan purement économique, l’ancien ministre des Finances sait que le grand défi de son mandat consistera à rendre la santé financière du pays plus inclusive. Conscient des attentes sociales, il a rappelé qu’une croissance nationale n’a de sens que lorsqu’elle devient visible et concrète dans la vie ordinaire des populations.
En tendant la main à ses voisins et en ancrant sa doctrine sécuritaire dans le développement humain, Romuald Wadagni entame son mandat sous le signe du pragmatisme. Reste désormais à transformer ces déclarations d’intentions en chantiers visibles pour les sept prochaines années.

