L’alerte est maximale sur le front sanitaire africain. Un mois après la déclaration officielle de l’épidémie de maladie à virus Ebola, l’Union africaine a tenu une conférence au sommet par visioconférence. Convoquée en urgence sous la présidence du chef de l’État burundais et président en exercice de l’UA, Évariste Ndayishimiye, cette réunion de haut niveau a rassemblé une dizaine de dirigeants du continent, des responsables d’Africa CDC ainsi que le Secrétaire Général des Nations Unies, António Guterres. L’objectif était double. Il s’agit l’état des lieux sans concession d’une épidémie dont la propagation devance les capacités de riposte actuelles, et sceller une mobilisation financière et industrielle immédiate.
L’état des lieux; une propagation plus rapide que la riposte
Le constat partagé par les chefs d’État, dont le Président de la République de Djibouti, Ismaïl Omar Guelleh, également président en exercice de l’IGAD, est alarmant. La maladie ne connaît pas de frontières et frappe simultanément deux pays interconnectés, dans des zones parfois meurtries par les conflits armés. Selon les derniers bilans, la situation reste particulièrement asymétrique mais hautement critique. La République démocratique du Congo subit de plein fouet l’essentiel de la crise avec un total de 695 cas confirmés ayant déjà entraîné 138 décès. De son côté, l’Ouganda fait face à un foyer plus restreint mais surveillé de très près, comptabilisant pour l’heure 19 cas confirmés et 2 décès.
L’est de la RDC, notamment dans les provinces de l’Ituri, du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, cristallise la majorité des inquiétudes. L’accès humanitaire et sanitaire y est fortement entravé par l’insécurité ambiante, ce qui complique grandement l’isolement des malades, le traçage des contacts et le déploiement de protocoles de dépistage stricts.
Financement et souveraineté sanitaire
Face à ce que le directeur général d’Africa CDC, le Dr Jean Kaseya, qualifie de risque de voir émerger l’une des épidémies les plus graves du continent, la réunion de l’UA s’est attaquée aux failles structurelles des réponses sanitaires en Afrique. Mahmoud Ali Youssouf, président de la Commission de l’Union africaine, a fermement déploré la politique de réaction à court terme, où le continent agit au coup par coup. Pour lui, les réponses financières éphémères alimentent un éternel recommencement et condamnent l’Afrique à la dépendance.
L’enjeu n’est plus seulement de recevoir de l’aide, mais de financer directement la science africaine. L’Union africaine veut capitaliser sur ses propres infrastructures de classe mondiale, à l’instar de BioVac en Afrique du Sud ou de l’Institut Pasteur au Sénégal. Le constat politique est pragmatique; les grands groupes pharmaceutiques mondiaux n’investiront pas massivement dans des maladies jugées peu rentables pour leurs marchés mondiaux. L’Afrique exprime désormais la conviction profonde qu’elle doit mener ses propres recherches et produire elle-même ses contre-mesures médicales.
Les grandes décisions pour stopper l’épidémie
Pour briser la courbe de l’infection, les dirigeants africains ont validé une feuille de route axée sur l’unité financière et le renforcement opérationnel direct sur le terrain. À l’issue des échanges, le directeur d’Africa CDC a confirmé avoir obtenu des engagements de financement internationaux à hauteur de 910 millions de dollars. En parallèle, sous l’impulsion du président Évariste Ndayishimiye, un appel pressant a été lancé pour lever immédiatement 100 millions de dollars issus exclusivement des budgets des gouvernements africains et du secteur privé continental, afin de faire la démonstration concrète de la souveraineté et de la solidarité africaine.
Sur le plan purement opérationnel, l’Union africaine prévoit le déploiement rapide de moniteurs de santé et d’experts dans les zones frontalières critiques pour appuyer les systèmes locaux. Cette stratégie repose sur le renforcement du triptyque de terrain : l’intensification du dépistage, le traçage rigoureux des contacts et une coopération transfrontalière accrue pour surmonter les difficultés d’accès dans les zones de conflit.
Alors que l’est de son pays fait face à cette menace virale, le grand absent de cette cellule de crise virtuelle était le président congolais Félix Tshisekedi. Ce dernier se trouvait alors aux États-Unis pour assister à l’entrée en lice de l’équipe nationale de la RDC à la Coupe du monde de football face au Portugal, un arbitrage politique qui n’a pas manqué de susciter des commentaires en coulisses au moment même où ses pairs se mobilisaient pour l’urgence sanitaire de son propre pays.
La vitesse à laquelle les promesses de dons se transformeront en équipements de protection, en laboratoires mobiles et en personnel soignant déterminera le succès de ce plan d’urgence dans les provinces de l’Ituri et du Nord-Kivu.

