Mbanié! La signature à Addis-Abeba d’un accord-cadre entre le Gabon et la Guinée équatoriale scelle la conclusion du plus ancien litige frontalier d’Afrique centrale. Quatorze mois après la décision de la Cour internationale de justice (CIJ) ayant reconnu la souveraineté de la Guinée équatoriale sur l’île de Mbanié, les deux pays voisins se sont engagés à tourner définitivement la page. Soutenue par l’Union africaine et le travail d’un envoyé spécial dédié, cette démarche pragmatique permet d’appliquer sereinement le rendu de la justice internationale.
L’îlot de Mbanié; un bout de terre aux immenses enjeux
L’îlot de Mbanié se distingue par sa taille minuscule : c’est une petite bande de sable d’environ trente hectares, totalement dépourvue de population permanente. Pourtant, ce confetti territorial situé dans la baie de Corisco a concentré toutes les tensions diplomatiques régionales pendant plus de cinquante ans.
La valeur de Mbanié n’est pas terrestre, mais maritime. La possession de cet îlot détermine le tracé des frontières maritimes et l’accès à la Zone Économique Exclusive (ZEE) environnante. Le sous-sol marin de cette zone regorge de gisements d’hydrocarbures non exploités. Pour Libreville comme pour Malabo, le contrôle de cet espace aquatique représentait un enjeu stratégique majeur pour la souveraineté nationale et les futures concessions pétrolières et gazières.
L’aboutissement d’un long marathon judiciaire et diplomatique
Le différend remonte à 1972, date à laquelle les forces gabonaises ont occupé l’îlot à la suite d’interprétations divergentes sur les traités coloniaux franco-espagnols de 1900 et 1974. Après des décennies d’impasse, les deux nations ont accepté en 2016 de remettre leur différend entre les mains de la Cour internationale de justice de La Haye. La décision finale rendue par la CIJ en mai 2025 en faveur de Malabo exigeait la mise en place d’une feuille de route concertée pour éviter toute escalade sur le terrain.
À Libreville, l’annonce de cet accord suscite un sentiment mitigé dans l’opinion publique. Certains citoyens et observateurs qualifient la décision de concessions regrettables, tandis que d’autres y voient un choix raisonnable pour préserver la paix et l’intégration régionale. Le président de la transition gabonaise, Brice Clotaire Oligui Nguema, s’est directement adressé au Parlement réuni en Congrès pour défendre le respect du droit international et faire primer l’intérêt supérieur des deux peuples.
Avec cette réconciliation frontalière, le Gabon et la Guinée équatoriale envoient un signal fort à l’ensemble du continent africain. Ils démontrent qu’il est possible d’éteindre de vieux litiges hérités de la décolonisation par la voie du droit, du dialogue et de la coopération mutuelle.

