Le spectre d’Ebola plane à nouveau sur l’Afrique centrale, mais avec une intensité qui inquiète au plus haut point la communauté scientifique internationale. Ce dimanche 17 mai 2026, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a déclenché son deuxième niveau d’alerte le plus élevé : l’Urgence de santé publique de portée internationale (USPPI).
Identifiée d’abord dans la province de l’Ituri, dans le nord-est de la République démocratique du Congo (RDC), l’épidémie a officiellement traversé la frontière pour frapper l’Ouganda voisin, où un premier décès a été enregistré. Cette 17ᵉ épidémie de l’histoire du pays secoue une région déjà fragilisée par des crises sécuritaires chroniques.
L’état des lieux : Une mortalité fulgurante en Ituri
Sur le terrain, la situation épidémiologique se détériore rapidement. Selon les données officielles partagées par le ministre congolais de la Santé, le docteur Samuel-Roger Kamba, le bilan provisoire fait déjà état de 91 décès hautement probables liés au virus, pour environ 350 cas suspects.
Les données démographiques de cette vague révèlent une dynamique inquiétante : la majorité des personnes touchées sont de jeunes adultes âgés de 20 à 39 ans, et plus de 60 % des victimes sont des femmes. Cette vulnérabilité accrue des femmes s’explique généralement par leur rôle de premières gardiennes des malades au sein des foyers et leur implication dans les rites funéraires, deux vecteurs majeurs de transmission par contact direct avec les fluides corporels.
Pourquoi cette alerte mondiale ? Le défi du variant Bundibugyo
Si l’OMS et l’Africa CDC (l’agence sanitaire de l’Union africaine) ont convoqué des réunions d’urgence, c’est que cette épidémie ne ressemble pas aux précédentes. Le coupable a été identifié : il s’agit du souche ou variant Bundibugyo.
Contrairement au variant Zaire, qui avait causé la terrible épidémie de 2018-2020 et contre lequel les scientifiques avaient pu déployer avec succès les vaccins Ervebo ou Zabdeno, il n’existe aucun vaccin ni traitement homologué à ce jour contre le variant Bundibugyo. Les équipes médicales se retrouvent donc désarmées, contraintes de s’appuyer uniquement sur des soins de soutien symptomatiques (réhydratation, gestion de la fièvre et des saignements) pour des patients dont le pronostic vital est engagé. C’est cette absence de bouclier vaccinal, couplée à la porosité de la frontière entre la RDC et l’Ouganda, qui justifie le déclenchement de l’USPPI.
La stratégie de riposte : Revenir aux fondamentaux de la barrière sanitaire
Face à une souche incurable, la seule arme reste le confinement strict du virus à travers des mesures de santé publique éprouvées. L’Africa CDC et l’OMS déploient actuellement une stratégie de riposte articulée autour de plusieurs axes prioritaires.
Le premier défi est le traçage des contacts. Des équipes de « chasseurs de virus » doivent identifier et surveiller pendant 21 jours — la période d’incubation maximale — toutes les personnes ayant approché un malade. Parallèlement, des cordons sanitaires et des points de contrôle thermique sont réactivés le long des frontières et sur les axes menant vers les grands centres urbains, notamment pour protéger la capitale Kinshasa et la ville de Goma.
Enfin, la bataille se joue sur le terrain communautaire. L’OMS insiste sur la sensibilisation aux enterrements dignes et sécurisés, afin d’éviter que les dépouilles, hautement contagieuses, ne deviennent des foyers de surcontamination. L’enjeu des prochaines semaines sera de voir si la coordination transfrontalière entre Kinshasa et Kampala, appuyée par la finance internationale, parviendra à contenir le variant Bundibugyo avant qu’il ne s’installe dans les zones de déplacement de populations à forte densité.

