Au Burkina Faso, le modèle économique chinois s’impose de plus en plus comme une source d’inspiration pour repenser la production, l’industrialisation et la lutte contre la pauvreté. Réunis à Ouagadougou le 12 septembre 2026, acteurs burkinabè et représentants chinois ont cherché à identifier les mécanismes de cette expérience qui pourraient être adaptés aux réalités nationales. Mais derrière l’enthousiasme, une question demeure. Peut-on réellement reproduire la trajectoire chinoise ?
Modèle économique chinois; pourquoi l’expérience intéresse Ouagadougou
L’intérêt porté à la Chine n’est pas surprenant. En quelques décennies, le pays asiatique est passé d’une économie largement rurale et pauvre à une puissance industrielle et commerciale majeure. Pour les promoteurs du colloque, cette transformation démontre surtout qu’un pays confronté à la pauvreté peut changer de trajectoire en misant sur la production, l’industrie, l’agriculture et les infrastructures.
C’est précisément cette logique que défend Li Qi. La ministre conseillère insiste sur le fait que la Chine n’a pas toujours été une puissance économique. Pour elle la pauvreté ne constitue pas une fatalité lorsque les politiques publiques, les entreprises et la population sont mobilisées autour d’un objectif commun.
Pour le Burkina Faso, l’intérêt est donc moins de copier la Chine que de comprendre comment elle a organisé progressivement sa transformation économique. La question est notamment celle de la capacité à produire localement, transformer les matières premières et créer des emplois plutôt que de rester dépendant des importations.
De l’agriculture à l’industrie, le véritable défi burkinabè
L’un des enseignements majeurs du modèle économique chinois réside dans la transformation du secteur productif. Le Burkina Faso dispose d’importantes ressources agricoles et minières, mais une partie significative de leur valeur ajoutée est encore réalisée en dehors du pays.
Le défi consiste dès lors à passer d’une économie qui produit des matières premières à une économie qui transforme, exporte et crée davantage de valeur sur son territoire.
Cela suppose des investissements dans les infrastructures, l’énergie, la formation professionnelle, la mécanisation agricole et surtout les petites et moyennes entreprises. La transformation du coton, du sésame, du karité ou encore des produits agroalimentaires pourrait constituer un levier important.
L’autosuffisance alimentaire évoquée lors du colloque s’inscrit dans cette même logique. Produire davantage ne suffit cependant pas. Il faut également améliorer le stockage, la transformation, le transport et l’accès aux marchés.
S’inspirer de la Chine sans chercher à la reproduire
La déclaration d’Abdoul Razahagou Déné, selon laquelle le Burkina Faso pourrait réduire son temps de développement en s’inspirant de la Chine, traduit une ambition forte. Mais elle appelle aussi à la prudence.
Le développement chinois est le résultat de conditions historiques, démographiques, institutionnelles et géopolitiques particulières. Il serait donc illusoire de penser qu’une simple transposition des méthodes chinoises permettrait au Burkina Faso de connaître automatiquement la même trajectoire.
Le véritable enjeu est celui de l’adaptation. Le pays doit identifier les politiques chinoises susceptibles de répondre à ses propres contraintes; financement des entreprises, développement des infrastructures, industrialisation progressive, formation de la main-d’œuvre et soutien aux secteurs stratégiques.
Le partenariat avec Pékin peut justement servir de catalyseur. Mais les investissements et les transferts de technologies n’auront un impact durable que s’ils permettent aux entreprises burkinabè de monter en compétence et de gagner en autonomie.
Au fond, le colloque de Ouagadougou pose une question qui dépasse la seule coopération sino-burkinabè. Comment transformer une relation diplomatique en véritable capacité productive nationale ? Pour le Burkina Faso, s’inspirer de la Chine peut donc être une opportunité. Mais le véritable pari consiste à transformer cette inspiration en stratégie nationale cohérente, adaptée aux réalités du pays et capable de produire des emplois, de la valeur ajoutée et davantage d’autonomie économique.

