La Russie renforce progressivement sa présence en Afrique, et cette offensive ne passe pas uniquement par la coopération militaire ou économique. Moscou mise aussi sur la culture, la langue et les échanges éducatifs. L’annonce de l’ouverture de huit nouvelles Maisons russes en Afrique illustre cette stratégie d’influence qui s’installe dans la durée.
La République démocratique du Congo, le Sénégal, le Togo, le Mali, le Kenya, Madagascar, Sao Tomé-et-Principe et la Sierra Leone sont concernés par cette nouvelle phase d’expansion. Ces centres devraient être développés à partir de structures locales existantes, qui bénéficieront d’un partenariat et d’un encadrement russes.
Les Maisons russes, un outil de soft power
Officiellement, la mission de ces établissements est culturelle. Cours de russe, projections de films, activités artistiques, échanges scientifiques ou encore promotion de la culture russe. Moscou présente ces initiatives comme des instruments de rapprochement entre les peuples.
Mais derrière cette diplomatie culturelle se trouve un enjeu plus large. Pour la Russie, il s’agit de construire une image positive du pays et de renforcer ses liens avec les sociétés africaines.
La langue constitue notamment un puissant outil d’influence. Former de nouveaux locuteurs russophones peut faciliter, à terme, les échanges universitaires, professionnels et économiques. Les Maisons russes peuvent également contribuer à créer des réseaux d’étudiants, d’enseignants, d’artistes et de responsables africains familiers de la Russie.
L’objectif est donc de ne pas limiter la relation à celle entre gouvernements. Moscou cherche aussi à développer des relais au sein des sociétés.
Une présence qui dépasse la culture
L’enjeu est d’autant plus important que cette expansion intervient dans un contexte de recul ou de remise en question de certaines influences occidentales sur le continent.
La Russie tente depuis plusieurs années de renforcer ses positions en Afrique en s’appuyant sur un discours mettant en avant la souveraineté des États, le respect des choix nationaux et le rejet de ce qu’elle présente comme l’ingérence occidentale.
Dans plusieurs pays du Sahel, cette stratégie rencontre un écho auprès des autorités militaires arrivées au pouvoir et désireuses de diversifier leurs partenaires internationaux. Le Mali, qui fait partie des huit pays annoncés, s’inscrit particulièrement dans cette dynamique.
Cependant, la présence culturelle permet à Moscou d’élargir son audience au-delà des seuls régimes politiques qui lui sont favorables. Le choix de pays comme le Sénégal, le Kenya ou le Togo montre que la stratégie russe ne se limite pas au Sahel.
Pourquoi maintenant ?
L’expansion des Maisons russes intervient dans un contexte de compétition internationale accrue pour l’influence en Afrique. La Russie, la Chine, les États-Unis, la Turquie, les pays du Golfe et les puissances européennes cherchent chacun à consolider leurs partenariats avec le continent.
Dans cette compétition, la culture devient un instrument diplomatique à part entière. Contrôler ou influencer les récits, développer des échanges universitaires et diffuser sa langue permettent de préparer des relations qui peuvent ensuite se prolonger dans les domaines économiques, politiques ou stratégiques.
C’est précisément ce qui alimente les interrogations européennes. Certaines antennes de la structure russe chargée de cette diplomatie culturelle, Rossotrudnichestvo, sont accusées par des services occidentaux de pouvoir servir à des activités dépassant le strict cadre culturel. Moscou rejette naturellement ce type d’interprétation.
Pour les pays africains concernés, le principal enjeu sera donc de profiter des opportunités offertes par ces partenariats tout en conservant leur autonomie. Les Maisons russes en Afrique ne sont pas nécessairement de simples centres culturels. Elles constituent aussi des instruments de soft power.
L’ouverture de ces huit nouvelles structures traduit ainsi une volonté d’installer la Russie plus profondément dans les sociétés africaines et construire une influence qui ne repose pas uniquement sur les contrats ou les relations politiques. Pour Moscou, la bataille d’influence en Afrique se joue désormais aussi dans les salles de classe, les universités, les centres culturels et auprès des nouvelles générations.

