Les coupures d’électricité en Gambie ont pris une dimension politique après les manifestations spontanées qui ont éclaté dans plusieurs villes dans la nuit du 7 au 8 septembre 2026. Pendant plusieurs semaines, des milliers d’habitants ont subi des interruptions pouvant atteindre 48 heures dans certaines zones. À Banjul et dans ses environs, des pneus ont été brûlés, des routes bloquées et des slogans hostiles au président Adama Barrow ont été entendus.
Face à cette colère, le chef de l’État s’est adressé à la nation. Il a reconnu les difficultés rencontrées par les populations et promis une amélioration de la fourniture d’électricité d’ici à la fin octobre. Mais derrière cette promesse se trouve une crise énergétique qui révèle des fragilités plus profondes.
Coupures d’électricité en Gambie; une crise aux causes multiples
La compagnie nationale National Water and Electricity Company (NAWEC) explique une partie de la situation par une hausse exceptionnelle de la demande, liée notamment aux fortes températures. La chaleur pousse les ménages à utiliser davantage les ventilateurs et les équipements de refroidissement, alors même que plusieurs unités de production connaissent des problèmes techniques.
NAWEC avait déjà alerté, à la mi-août, sur une augmentation imprévue de la consommation durant les heures de pointe. L’entreprise évoquait également un incident technique affectant une importante unité de production et prévoyait des délestages dans plusieurs régions.
Mais ces difficultés conjoncturelles mettent surtout en lumière une faiblesse structurelle. Le secteur électrique gambien reste fortement dépendant de la production thermique et des combustibles fossiles. La Banque mondiale soulignait encore récemment l’exposition du système à une forte dépendance au fioul lourd, ce qui rend le coût et la disponibilité de l’électricité particulièrement vulnérables aux difficultés d’approvisionnement.
Autrement dit, la chaleur et les pannes ne sont que les déclencheurs d’une crise plus ancienne c’est-à-dire la capacité de production et la fiabilité du réseau n’évoluent pas suffisamment vite face à la demande.
De la panne électrique à la colère sociale
Pour les populations, l’électricité n’est plus seulement une question de confort. Elle conditionne directement la conservation des aliments, l’activité des commerces, le fonctionnement des petites entreprises, l’accès à l’eau et les conditions d’étude des enfants.
Le président Barrow lui-même a reconnu les conséquences concrètes de la crise; des aliments qui se détériorent, des enfants contraints de travailler dans l’obscurité et des températures difficiles à supporter.
C’est cette accumulation de difficultés qui explique la rapidité avec laquelle la frustration s’est transformée en mobilisation. Lorsque les coupures deviennent longues et répétitives, elles cessent d’être perçues comme de simples incidents techniques. Elles deviennent, aux yeux d’une partie de la population, le symbole d’une incapacité de l’État à assurer un service public essentiel.
La dimension politique est d’autant plus sensible que la Gambie se dirige vers une élection présidentielle prévue en décembre. Les manifestations interviennent donc à un moment où le bilan du gouvernement est davantage scruté et où toute crise sociale peut rapidement devenir un sujet électoral.
Le défi pour Barrow; rétablir l’électricité et la confiance
Le gouvernement promet l’arrivée de nouveaux groupes électrogènes et l’installation d’une unité supplémentaire de 24 MW. Un projet de centrale solaire de 50 MW est également annoncé.
Ces mesures peuvent contribuer à réduire la pression à court et moyen terme. Mais la crise actuelle pose une question plus fondamentale. Comment garantir une électricité fiable dans un pays où la demande augmente et où le système demeure vulnérable aux pannes, aux combustibles et aux conditions climatiques ?
La réponse ne pourra probablement pas reposer uniquement sur l’ajout de quelques générateurs. La Gambie devra accélérer la diversification de son bouquet énergétique, renforcer ses infrastructures de transport et de distribution et investir dans des sources renouvelables capables de réduire sa dépendance aux combustibles importés.
La colère actuelle constitue donc un avertissement pour le pouvoir. Rétablir les lumières dans les foyers est une urgence. Mais rétablir la confiance des citoyens pourrait être le défi politique le plus difficile pour Adama Barrow.

