Au Niger, le général Abdourahamane Tiani remanie la hiérarchie militaire, deux semaines après une mutinerie qui a exposé les fragilités du pouvoir de Niamey. La nomination du général Mamane Sani Kiaou à la tête de l’état-major des Armées apparaît moins comme une simple permutation que comme une tentative de reprendre le contrôle de la chaîne de commandement.
Le changement intervient dans un contexte particulièrement sensible pour le régime issu du coup d’État de juillet 2023. Fin août dernier, une mutinerie militaire avait donné lieu à des combats dans plusieurs secteurs stratégiques de Niamey, notamment autour de la présidence, de l’aéroport international et d’une base militaire. Même si les autorités ont affirmé avoir maîtrisé la situation avec l’appui de leur partenaire russe, l’épisode a révélé que la stabilité du pouvoir ne dépend pas seulement de la menace jihadiste ou des pressions extérieures.
Niger, le remaniement militaire pour restaurer la cohésion
Par décret signé le 11 septembre, Abdourahamane Tiani a nommé le général de brigade Mamane Sani Kiaou chef d’état-major des Armées, en remplacement du général Moussa Salaou Barmou. La présidence nigérienne n’a pas expliqué les raisons de ce remplacement.
Cette absence d’explication est importante. Dans un régime militaire confronté à une contestation venue de ses propres rangs, un changement au sommet de l’armée peut être interprété comme une mesure destinée à réorganiser les rapports de confiance au sein de l’appareil sécuritaire.
Le choix de Kiaou n’est d’ailleurs pas anodin. Ancien chef d’état-major de l’armée de Terre, il est présenté comme un officier expérimenté des opérations contre les groupes jihadistes, notamment dans les régions de Tillabéri et de Diffa. Il a également participé aux discussions ayant accompagné le retrait des forces françaises et américaines du Niger.
Son profil correspond donc à deux priorités du régime à savoir l’efficacité opérationnelle sur le terrain et la défense de la ligne de souveraineté militaire revendiquée par la junte.
Après la mutinerie, le pouvoir cherche à sécuriser l’appareil militaire
La principale question est désormais de savoir ce qui s’est réellement joué lors de la mutinerie de fin août. Les affrontements dans des zones aussi sensibles que la présidence et l’aéroport montrent que l’enjeu dépassait une simple contestation locale. Pour un pouvoir militaire, une fracture au sein de l’armée constitue une menace existentielle. Elle peut rapidement remettre en cause l’autorité de la junte elle-même.
Le déplacement de Kiaou dans plusieurs garnisons avant sa nomination officielle, présenté par les médias nigériens comme une démarche destinée à « ramener la cohésion » entre les soldats, prend ainsi une dimension particulière. Il suggère que la priorité du régime est désormais de resserrer les rangs et de prévenir une nouvelle contestation interne.
Dans cette logique, le remplacement du général Barmou pourrait également viser à instaurer une nouvelle dynamique au sommet de la hiérarchie militaire, même si aucune information officielle ne permet d’établir qu’il est directement lié à la mutinerie.
Un test pour l’autorité de Tiani
Ce remaniement constitue finalement un test pour le général Tiani. Depuis son arrivée au pouvoir, la junte s’est présentée comme le défenseur de la souveraineté nationale et a profondément réorganisé les partenariats sécuritaires du Niger. Mais cette stratégie ne peut être durable que si le pouvoir conserve une forte cohésion au sein des forces armées.
La nomination de Kiaou intervient donc à un moment où le régime doit simultanément faire face à l’insécurité jihadiste, aux tensions politiques internes et aux accusations de tentatives de déstabilisation.
Niamey a notamment accusé la France d’avoir joué un rôle dans la mutinerie, accusation rejetée par Paris. Au-delà de cette controverse, l’épisode rappelle surtout une réalité. Pour la junte nigérienne, la menace la plus immédiate peut aussi venir de l’intérieur de l’appareil militaire.

