Xi Jinping en Égypte n’est pas une simple visite diplomatique. Arrivé au Caire les 1er et 2 septembre 2026, le président chinois a rencontré son homologue Abdel Fattah al-Sissi dans un contexte régional particulièrement tendu. Cette première visite en Égypte depuis 2016 intervient alors que les deux pays célèbrent 70 ans de relations diplomatiques et cherchent à franchir une nouvelle étape dans leur partenariat économique, technologique, sécuritaire et politique.
Un partenariat qui dépasse désormais les grands projets
La rencontre entre Xi Jinping et Abdel Fattah al-Sissi a été accompagnée d’une importante séquence diplomatique. Après une cérémonie d’accueil avec garde d’honneur et 21 coups de canon, les deux dirigeants ont tenu des discussions élargies avec leurs délégations. Plusieurs accords et mémorandums ont ensuite été signés.
Au total, cinq accords formels et plus d’une vingtaine de documents de coopération ont été annoncés. Ils couvrent notamment l’économie, les technologies de l’information, les chaînes industrielles, les semi-conducteurs, l’économie numérique et la zone économique du canal de Suez. Les deux pays souhaitent également développer la production de véhicules électriques, les énergies renouvelables, la construction navale, les centres de données, l’intelligence artificielle et les technologies de dessalement.
Cette orientation révèle une évolution importante. Pendant plusieurs années, la relation sino-égyptienne a surtout été incarnée par les infrastructures et les grands chantiers. Pékin a notamment participé à la construction de la nouvelle capitale administrative égyptienne et au développement de la zone industrielle de Suez. Désormais, Le Caire veut davantage de transfert de technologies et de production locale.
L’Égypte, une pièce maîtresse de la stratégie chinoise
Pour Pékin, l’Égypte possède une valeur géopolitique exceptionnelle. Avec le canal de Suez, le pays contrôle l’un des principaux passages maritimes reliant l’Asie, l’Europe et la Méditerranée. Dans un contexte de perturbations du trafic maritime au Moyen-Orient, cette position prend encore davantage d’importance.
La Chine cherche donc à consolider sa présence économique autour du canal tout en sécurisant ses chaînes d’approvisionnement. Le commerce bilatéral a atteint 20,8 milliards de dollars en 2025, tandis que les échanges ont encore progressé au premier semestre 2026. Mais le déséquilibre demeure important, les importations égyptiennes en provenance de Chine dépassant largement les exportations vers le marché chinois.
Pour Le Caire, le partenariat représente parallèlement un moyen de diversifier ses alliances et d’attirer des investissements sans dépendre exclusivement de ses partenaires occidentaux.
De Gaza à l’Iran, Pékin veut peser sur l’ordre régional
La dimension géopolitique de la visite est toutefois la plus significative. Xi Jinping a appelé les pays du Moyen-Orient à s’opposer aux « ingérences extérieures » et à construire une nouvelle architecture régionale de sécurité. Pékin défend ainsi une vision dans laquelle les États de la région doivent davantage contrôler leur propre destin.
Cette position intervient alors que la guerre entre les États-Unis et l’Iran bouleverse les équilibres régionaux et perturbe les routes commerciales. La Chine, importante puissance commerciale et acheteur de pétrole iranien, a intérêt à éviter une déstabilisation durable des voies maritimes.
Le dossier palestinien occupe également une place centrale. Pékin et Le Caire affichent des positions convergentes sur la nécessité de consolider le cessez-le-feu à Gaza et de défendre les droits des Palestiniens. Les deux pays ont aussi exprimé leur volonté de contribuer à la stabilité de la mer Rouge et à un règlement politique de la crise soudanaise.
Enfin, la coopération militaire gagne en visibilité. Des exercices aériens conjoints sino-égyptiens, baptisés « Eagles of Civilization », se déroulent actuellement en Égypte. Ils témoignent du rapprochement sécuritaire entre les deux pays, même si Le Caire maintient parallèlement ses relations militaires historiques avec Washington.
Au fond, la visite de Xi Jinping au Caire traduit moins une rupture qu’un rééquilibrage. L’Égypte cherche à multiplier ses partenaires et à renforcer son autonomie stratégique, tandis que la Chine veut transformer son poids économique en influence politique et sécuritaire. Dans un Moyen-Orient marqué par les tensions entre Washington et Téhéran, Gaza et les incertitudes autour des routes maritimes, le rapprochement sino-égyptien pourrait ainsi devenir l’un des marqueurs de la recomposition géopolitique de la région.

