Le Burkina Faso connaît une avancée significative dans sa politique énergétique. En l’espace de quelques heures, le gouvernement a inauguré une centrale thermique de 50 mégawatts à Pabré et lancé les travaux d’une autre de 120 mégawatts à Ouaga Sud-Est. Plus qu’un simple investissement dans les infrastructures, ces projets traduisent l’ambition des autorités de réduire la dépendance énergétique du pays et de soutenir la transformation de l’économie. Reste à savoir si cette stratégie permettra de répondre durablement aux attentes des populations.
Un changement de cap dans la politique énergétique
Pendant de nombreuses années, le Burkina Faso a fortement dépendu des importations d’électricité en provenance des pays voisins, notamment de la Côte d’Ivoire et du Ghana. Si cette stratégie a permis de répondre à une partie des besoins nationaux, elle a aussi exposé le pays aux difficultés de production de ses partenaires, aux fluctuations des coûts et aux perturbations des réseaux régionaux.
Les autorités de la Transition estiment désormais que cette approche a atteint ses limites. En inaugurant la centrale thermique de Pabré, construite en seulement 90 jours pour un coût de 18 milliards de FCFA, puis en lançant le chantier d’une centrale de 120 mégawatts à Saaba, le gouvernement affiche clairement sa volonté de renforcer la production nationale.
À ces deux projets s’ajoutent plusieurs autres centrales prévues à Bobo-Dioulasso, Koudougou, Kaya, Komsilga et Toécé. À terme, ces infrastructures devraient fournir plus de 220 mégawatts supplémentaires au réseau national.
Cette stratégie s’inscrit dans la vision défendue par le président de la Transition, le capitaine Ibrahim Traoré, qui fait de la souveraineté énergétique un levier essentiel de l’indépendance économique du Burkina Faso.
Quels bénéfices pour les ménages et les entreprises ?
Pour la population, l’augmentation des capacités de production pourrait se traduire par une amélioration de l’accès à l’électricité. Le Burkina Faso connaît encore des coupures récurrentes qui affectent les ménages, les commerces, les établissements de santé et les services publics.
Une production locale plus importante permettrait de réduire les délestages, d’améliorer la stabilité du réseau et de mieux répondre à une demande en constante progression sous l’effet de la croissance démographique et de l’urbanisation.
Les entreprises figurent également parmi les principaux bénéficiaires potentiels. Les interruptions fréquentes de l’alimentation électrique pèsent sur les coûts de production et limitent le développement industriel. Une fourniture plus fiable pourrait renforcer la compétitivité des industries locales, attirer de nouveaux investisseurs et favoriser la création d’emplois.
Les autorités espèrent également réduire les dépenses consacrées aux importations d’électricité. Les ressources ainsi économisées pourraient être réorientées vers d’autres secteurs prioritaires comme la santé, l’éducation ou les infrastructures.
Toutefois, ces bénéfices dépendront aussi de la capacité de la Société nationale d’électricité du Burkina (SONABEL) à moderniser le réseau de transport et de distribution afin que la nouvelle production puisse effectivement atteindre les consommateurs.
Le défi de la souveraineté énergétique reste entier
Si ces investissements constituent une avancée importante, ils ne suffiront pas, à eux seuls, à résoudre les difficultés structurelles du secteur énergétique burkinabè.
Le choix des centrales thermiques repose principalement sur des combustibles fossiles, dont les coûts restent sensibles aux fluctuations du marché international. Le défi sera donc de concilier l’augmentation rapide de la production avec la maîtrise des charges d’exploitation afin d’éviter une hausse des coûts de l’électricité.
Par ailleurs, les besoins énergétiques du Burkina Faso continuent d’augmenter rapidement. Selon les projections, la demande devrait croître au rythme du développement économique et de l’extension de l’accès à l’électricité en milieu rural.
C’est pourquoi plusieurs spécialistes estiment que ces centrales devront être accompagnées d’investissements massifs dans les énergies renouvelables, notamment le solaire, dont le Burkina Faso possède un important potentiel.
L’amélioration du réseau électrique, la maintenance des installations et la sécurisation des approvisionnements en carburant constitueront également des facteurs déterminants pour garantir la réussite de cette stratégie.
En inaugurant la centrale de Pabré et en lançant celle de Ouaga Sud-Est, le gouvernement envoie néanmoins un signal fort : celui d’un pays qui entend produire davantage d’électricité sur son propre territoire et réduire progressivement sa dépendance vis-à-vis de l’extérieur. Si cette dynamique se poursuit et s’accompagne des réformes nécessaires, elle pourrait contribuer à transformer durablement le paysage énergétique burkinabè et soutenir les ambitions de développement du pays.

