Abidjan, ce samedi 9 août, a vibré au rythme d’une mobilisation rare par son ampleur et son calme. Plusieurs milliers de manifestants, drapeaux et pancartes à la main, ont convergé dans les rues de la capitale économique ivoirienne pour dire non à la candidature d’Alassane Ouattara à un quatrième mandat présidentiel.
L’enjeu dépasse la simple querelle de chiffres sur la limitation des mandats. Il touche au cœur de la démocratie ivoirienne : la crédibilité du processus électoral, la représentativité des candidats et la capacité du pays à organiser un scrutin apaisé, prévu pour le 25 octobre prochain. À trois mois d’un scrutin déjà sous tension, le choix du pouvoir entre ouverture et fermeture déterminera non seulement l’issue de l’élection, mais aussi la stabilité politique du pays pour les années à venir. Si la marche du 9 août a montré qu’une mobilisation pacifique est possible, elle a aussi révélé que la patience des citoyens n’est pas infinie et que l’histoire récente de la Côte d’Ivoire impose de prendre cet avertissement au sérieux.
Le quatrième mandat, catalyseur d’un malaise politique profond
La décision du Conseil constitutionnel, considérant que la Constitution de 2016 a « remis à zéro » le compteur des mandats présidentiels, offre à Alassane Ouattara un terrain juridique pour se présenter à nouveau. Mais cette interprétation est rejetée par l’opposition, qui y voit un précédent dangereux affaiblissant l’alternance démocratique.
Quatrième mandat pour Ouattara : la tentation de l’éternité ?
Depuis 2011, Ouattara a incarné à la fois la stabilité économique et un certain autoritarisme politique. Sa volonté de rester au pouvoir cristallise un mécontentement qui dépasse les rangs partisans. Militants, jeunes activistes, et simples citoyens craignent une dérive institutionnelle où les règles du jeu changent en fonction du joueur au pouvoir.
À cela s’ajoute un facteur aggravant qu’est l’exclusion de plusieurs figures majeures de l’opposition, parmi lesquelles Laurent Gbagbo, Tidjane Thiam ou encore Guillaume Soro. Officiellement motivées par des raisons judiciaires ou administratives, ces disqualifications sont perçues comme une stratégie d’élimination politique, réduisant le pluralisme électoral et renforçant l’impression d’une présidentielle verrouillée.
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Une rue pacifique, mais porteuse d’avertissements
La marche du 9 août n’a pas été marquée par des violences, un fait notable dans un pays où les tensions préélectorales se sont souvent traduites par des affrontements. Les slogans de Sagesse Divine, Armand Godo et Raimond Sésségnon insistent sur un triptyque clair : inclusion, transparence, et dialogue. Les manifestants réclament non seulement la révision de la liste électorale, mais aussi une réforme profonde de la Commission électorale indépendante (CEI), jugée trop proche du pouvoir. Une telle réforme pourrait redonner confiance dans l’arbitre du scrutin et désamorcer les suspicions d’irrégularités.
Cependant, cette mobilisation pacifique porte en elle une alerte. Si ces revendications restent lettre morte, le risque est grand de voir la rue s’enflammer à l’approche du scrutin. Les voix appelant au dialogue rappellent l’impératif de prévenir toute spirale de violences, dans un contexte ivoirien encore marqué par les traumatismes post-électoraux de 2010-2011. La contestation actuelle en Côte d’Ivoire dépasse le rejet d’un quatrième mandat d’Alassane Ouattara. Elle pose la question plus large de la maturité démocratique et de la capacité des institutions à garantir un processus électoral inclusif, crédible et pacifique.
Tony A.

