Le Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI-RDA), longtemps pilier de la vie politique ivoirienne, traverse une zone de turbulence inédite depuis la démission surprise de son président, Tidjane Thiam. Moins de cinq mois après avoir été porté à la tête du parti, l’ancien patron de Credit Suisse a jeté l’éponge, évoquant un « harcèlement judiciaire » dans une vidéo sobre mais ferme. Alors qu’un procès est en cours contre lui, mettant en cause la légalité de son élection, sa démission pourrait bien n’être qu’un repli tactique.
Ce lundi 12 mai, le Bureau politique du PDCI-RDA a convoqué d’urgence une réunion exceptionnelle à Abidjan. Verdict : un Congrès extraordinaire est fixé au 14 mai, soit dans un délai extrêmement court, pour élire un nouveau président. Une décision qui, en apparence, vise à tourner la page Thiam. Mais à y regarder de plus près, l’opération semble taillée sur mesure pour… le faire revenir par la grande porte.
Une manœuvre politique à double tranchant pour le PDCI-RDA
L’urgence du calendrier interroge. Pourquoi précipiter un congrès en seulement deux jours, alors que le procès sur la légalité de l’élection de Tidjane Thiam n’a pas encore livré son verdict ? Le choix du 14 mai n’est pas anodin. Il permettrait aux cadres du parti de réélire Thiam avant toute décision de justice défavorable, en contournant les effets d’une potentielle invalidation.
Officiellement, l’appel à candidatures est ouvert à tous, mais en coulisses, le favori reste bel et bien Tidjane Thiam. Son effigie continue d’orner les chemises des militants présents lors du Bureau politique, signe que la base ne semble pas encore prête à tourner la page.
Permis miniers retirés : la Guinée muscle sa souveraineté sur ses ressources
Ce « reset institutionnel » a pour effet d’éclipser temporairement les querelles judiciaires, en s’appuyant sur un argument de légitimité populaire. Toutefois, cette stratégie pourrait se retourner contre le parti, si la justice maintient la radiation de Thiam de la liste électorale, en vertu de l’article 48 du Code de la nationalité. Un président de parti non éligible sur le plan électoral pose un sérieux problème de crédibilité en vue de futures échéances, notamment la présidentielle de 2025.
Lire Aussi : Thiam lâche la barre du PDCI : repli tactique ou renoncement politique ?
Entre urgence politique et crise de leadership
Cette manœuvre pourrait également avoir des incidences sur le fonctionnement interne du PDCI-RDA. L’intérim assuré par Ernest N’Koumo Mobio, doyen de 92 ans, illustre l’absence d’un leadership de relève prêt à s’imposer rapidement. Ce qui révèle une organisation fragilisée, où la personnalisation du pouvoir autour de figures fortes en l’occurrence Thiam l’emporte sur la logique institutionnelle. Le Congrès de mercredi pourrait davantage servir à ressouder les rangs qu’à ouvrir un nouveau chapitre.
Tabaski 2025 au Sénégal : la guerre contre le vol de bétail est déclarée
La rapidité de l’échéance et l’alignement des figures du parti derrière une potentielle reconduction de Thiam fait aussi jaillir la question du pluralisme au sein du PDCI-RDA. Ce parti, qui se veut républicain et démocratique, donne ici l’image d’un appareil verrouillé, où les décisions se prennent dans l’urgence, sans véritable débat interne. Le risque ? Aggraver les fractures latentes et ouvrir un boulevard à d’autres formations d’opposition plus agiles.
Derrière la façade d’un processus démocratique accéléré, le PDCI-RDA joue une partie serrée pour préserver son unité et sa crédibilité. La démission de Tidjane Thiam, loin de marquer la fin de son aventure politique, pourrait bien être une étape dans une stratégie de réhabilitation accélérée. Mais si ce pari échoue en raison d’une confirmation judiciaire de son inéligibilité le parti pourrait se retrouver à nouveau sans capitaine, dans un contexte politique tendu à l’approche de 2025. Le Congrès du 14 mai s’annonce donc non pas comme une sortie de crise, mais comme une nouvelle épreuve de vérité.
Tony A.

