Dans une Europe en quête de repères africains, la France a déployé le tapis rouge pour Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani. Cette visite d’État, qui s’achèvera le 18 avril 2026, scelle une alliance de raison entre Paris, qui a perdu ses ancrages traditionnels au Sahel, et Nouakchott, nouveau garant de la stabilité régionale.
Le contraste est saisissant. Alors que l’influence française s’est effritée chez ses voisins de l’Alliance des États du Sahel (AES), la Mauritanie s’affiche comme le partenaire serein. Pour Emmanuel Macron, recevoir Ghazouani est un signal fort envoyé au continent : celui d’un partenariat fondé sur le respect des souverainetés plutôt que sur l’ingérence. « La Mauritanie est un point d’équilibre », confie une source élyséenne, soulignant la capacité du président mauritanien à maintenir le dialogue avec tous les camps.
Un exercice périlleux pour Mohamed Ould Ghazouani
Au-delà des salons dorés de l’Élysée, la visite prend une tournure technique à Brest. La protection des côtes mauritaniennes est devenue une priorité absolue pour l’Europe. En échange d’un soutien accru à la formation de ses garde-côtes et de moyens de surveillance numérique, Nouakchott s’engage à renforcer le contrôle des flux migratoires, tout en garantissant la dignité des déplacés qui affluent à ses frontières.
Lire Aussi : Diplomatie : Le Togo s’impose comme le pivot incontournable de la stabilité au Sahel
Le volet économique n’est pas en reste. La visite du passage par l’Ifremer (Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer) témoigne de l’ambition mauritanienne de moderniser son secteur halieutique. Mais c’est surtout le secteur de l’énergie qui attire les investisseurs français. À l’heure où la Mauritanie s’apprête à devenir un exportateur de gaz majeur, Paris compte bien positionner ses entreprises dans les projets structurants de Nouakchott.
Toutefois, pour Mohamed Ould Ghazouani, l’exercice est périlleux. Il doit s’affirmer comme l’allié privilégié de l’Occident sans pour autant rompre les ponts avec ses voisins sahéliens. Cette diplomatie de l’équilibre, menée avec une « lucidité calme », semble être, en 2026, la seule voie pour préserver la Mauritanie des ondes de choc qui secouent la région.
Yawo Komlan

