Le conflit russo-ukrainien continue de redessiner les équilibres géopolitiques mondiaux, et ses répercussions dépassent largement les frontières de l’Europe. Sur le continent, le Mozambique, ressent les effets dans les sphères économique, politique, sécuritaire et diplomatique. En témoigne la visite officielle de la ministre mozambicaine des Affaires étrangères, Maria Manuela Lucas, à Moscou, le mardi 22 juillet.
Cette rencontre avec son homologue russe, Sergueï Lavrov, ne relève pas d’une simple formalité diplomatique, mais bien d’un repositionnement stratégique face aux secousses multiples du conflit. Le Mozambique, comme bien d’autres pays africains, s’inquiète de l’impact indirect de la guerre, notamment sur sa sécurité intérieure, son approvisionnement économique et ses choix d’alliances. En demandant un renforcement de ses capacités de défense, le pays envoie un signal clair : l’Afrique ne veut pas rester simple spectatrice d’un conflit dont elle subit déjà les contre-coups.
Un partenariat sécuritaire dans un contexte d’instabilité pour le Mozambique
La déclaration de Lavrov sur la disponibilité de la Russie à « examiner toutes les demandes » du Mozambique en matière de défense et de lutte contre le terrorisme témoigne d’un approfondissement des relations militaires entre Moscou et Maputo. Cette main tendue s’inscrit dans un contexte où le nord du Mozambique, riche en gaz, est en proie à des attaques djihadistes récurrentes. Le pays cherche donc à diversifier ses appuis militaires, au-delà de ses partenaires traditionnels.
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Ce type de rapprochement stratégique avec la Russie traduit également une volonté de certains pays africains de rééquilibrer leur diplomatie sécuritaire. Alors que les pays occidentaux, en particulier ceux de l’OTAN, apparaissent de plus en plus absorbés par leurs propres enjeux sécuritaires en Europe, Moscou se positionne comme une alternative proactive, en quête d’alliés sur le continent.
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Des tensions internationales aux impacts africains
Les déclarations alarmantes de Lavrov sur des menaces présumées venant de l’OTAN, notamment l’Allemagne, la France ou encore le Royaume-Uni, indiquent la montée d’un discours de confrontation totale. Dans ce jeu d’échecs mondial, l’Afrique, bien que périphérique en apparence, est appelée à prendre parti ou, à tout le moins, à sécuriser ses intérêts vitaux.
L’inflation des prix des denrées alimentaires, la dépendance au blé ukrainien et russe, ou encore la fragilisation des aides au développement détournées vers l’effort de guerre européen, affectent durement les économies africaines. Face à cela, des pays comme le Mozambique réorientent leur diplomatie vers ceux qui semblent écouter leurs préoccupations : la Russie offre du soutien militaire, mais aussi l’illusion d’un partenariat sur un pied d’égalité.
La rencontre entre Maria Manuela Lucas et Sergueï Lavrov ne saurait être réduite à un simple échange bilatéral. Elle symbolise une tendance croissante des pays africains à repenser leurs alliances dans un monde fragmenté par la guerre et les tensions géopolitiques. Pour le Mozambique, comme pour bien d’autres États africains, l’enjeu est double. Il s’agit de protéger leur territoire contre les menaces internes et externes, tout en évitant de devenir des pions dans une confrontation mondiale où l’Afrique doit défendre ses propres intérêts avec lucidité et pragmatisme.
Sandrine A.

