Dans l’État d’Adamawa, au nord-est du Nigeria, au moins 25 personnes ont péri et 11 autres sont portées disparues après les inondations dévastatrices survenues ce dimanche. Les eaux ont tout emporté sur leur passage, ne laissant derrière elles que désolation et détresse. Déclenchées par des pluies torrentielles dans la région de Yola, ces inondations ont forcé plus de 5 500 personnes à fuir leurs maisons. Le collège Aliyu Musdafa, transformé en camp d’urgence, abrite désormais ces déplacés climatiques improvisés.
Ces événements à Adamawa, bien que tragiques, ne sont plus des anomalies en Afrique de l’Ouest. Ils deviennent au contraire des marqueurs récurrents d’un dérèglement climatique profond, que les États de la région peinent à anticiper, à encadrer ou à contrer. Derrière chaque crue, chaque glissement de terrain, se cache une absence de politiques d’aménagement, une vulnérabilité sociale extrême, et un cri silencieux pour la justice climatique.
Une tragédie climatique à répétition
Le nord du Nigeria subit depuis plusieurs années une double peine climatique : des périodes de sécheresse prolongées, suivies de pluies violentes et localisées. Cette instabilité hydrique, accentuée par le changement climatique, bouleverse les cycles agricoles et détruit les infrastructures de base. Les inondations d’Adamawa ne sont que le dernier épisode d’une série noire. En mai dernier, 200 personnes avaient déjà perdu la vie à Mokwa, dans l’État du Niger, dans des circonstances similaires.
Angela Joseph, éleveuse de poissons à Adamawa, a tout perdu. Comme elle, des milliers de Nigérians voient leur vie et leur économie englouties par l’eau, sans assurance, sans plan de relance, et parfois sans même un mot de l’État. Au-delà des pertes humaines, c’est la précarité déjà existante qui est amplifiée. Les inondations ne frappent pas seulement des lieux ; elles ravagent des systèmes entiers de subsistance.
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Un échec de gouvernance face à une urgence structurelle à Adamawa
Malgré les alertes répétées des scientifiques et des agences internationales, le Nigeria peine à déployer une stratégie nationale cohérente de résilience climatique. Les inondations ne sont plus imprévisibles. Elles sont cycliques, documentées, et donc anticipables. Pourtant, les infrastructures hydrauliques sont vétustes, les canalisations urbaines inexistantes ou bouchées, et les zones à risque toujours habitées faute d’alternatives.
Nigeria : Les inondations de Maiduguri laissent de profondes séquelles
L’Agence nationale de gestion des urgences agit souvent en réaction, rarement en prévention. Quant aux politiques de relogement, elles se limitent à des camps de fortune, sans perspectives durables. L’absence d’un fonds souverain d’intervention climatique, combinée à une faible décentralisation des moyens d’intervention, condamne les États fédérés à l’impuissance. Et pendant que le pays subit, les financements climatiques promis par les grandes puissances se font attendre.
La situation en Adamawa n’est pas un fait divers, mais un signal fort. L’Afrique de l’Ouest est aujourd’hui en première ligne de la crise climatique mondiale, tout en restant en bas de la liste des priorités internationales. Ce paradoxe, fait d’injustice environnementale et d’inertie politique, menace à terme la stabilité de toute la région. Car l’eau, quand elle ne fait pas vivre, finit par chasser, tuer, ou appauvrir. Face à cette urgence, il ne suffit plus d’assister les victimes ; il faut repenser la planification urbaine, relocaliser les populations vulnérables, construire des infrastructures durables et mobiliser la solidarité climatique internationale. Ce n’est pas une option, c’est une nécessité. Sinon, chaque saison des pluies deviendra une saison de deuil.
Sandrine A.

