La Somalie, déjà fragilisée par des décennies de conflit et d’instabilité politique, se retrouve aujourd’hui au bord d’une nouvelle tragédie humanitaire. Selon l’ONU, 4,6 millions de Somaliens souffrent d’insécurité alimentaire aiguë et près de deux millions d’enfants risquent la malnutrition sévère d’ici la fin de l’année. Cette insécurité alimentaire s’inscrit pourtant dans un silence assourdissant de la communauté internationale, malgré la gravité des chiffres.
Loin d’être une simple « crise de plus » dans un pays habitué aux catastrophes cycliques, cette nouvelle flambée de la faim révèle l’érosion d’un système d’aide humanitaire qui peine à se renouveler. La baisse drastique du financement, notamment celui des États-Unis, accentue la vulnérabilité de millions de familles, alors même que les besoins explosent. Dans un monde en proie à la multiplication des urgences Ukraine, Gaza, Soudan, la Somalie se bat pour ne pas disparaître des radars de la solidarité mondiale.
Le risque d’un effondrement invisible
Au cœur de cette crise silencieuse, se trouve une réalité crue : la dépendance de la Somalie à l’aide étrangère est devenue un piège. Pendant des années, l’USAID couvrait jusqu’à 65 % des besoins humanitaires du pays. Or, la réduction drastique de ces fonds depuis l’administration Trump, couplée à la lente réorganisation des programmes sous l’actuelle présidence américaine, a créé un vide mortifère. À cela s’ajoute la fermeture de 150 centres de santé, faute de financements, privant des centaines de milliers de Somaliens de soins vitaux.
Somalie : Six millions de vies menacées par une insécurité alimentaire sans précédent
Ce n’est pas seulement l’aide alimentaire qui est en jeu, mais tout un filet de sécurité qui s’effiloche. Pour de nombreux humanitaires sur le terrain, cette insécurité alimentaire pourrait marquer un tournant : celui où la solidarité internationale n’est plus capable de répondre efficacement à la multiplication des foyers de vulnérabilité. Alors que le plan humanitaire pour la Somalie n’est financé qu’à 15 %, l’ONU alerte, mais les grandes puissances détournent le regard, absorbées par d’autres priorités géopolitiques.
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Insécurité alimentaire spirale sans fin ?
Si la réduction de l’aide étrangère aggrave la situation, elle n’en est pas la cause unique. La Somalie vit sous la menace permanente de sécheresses récurrentes, conséquence directe du dérèglement climatique. Les mauvaises récoltes, l’effondrement de l’élevage, et la rareté de l’eau créent un terrain fertile pour la faim, mais aussi pour les déplacements de population, exacerbant encore l’instabilité. À cette fragilité environnementale s’ajoute un contexte politique chaotique, où l’État central peine à étendre son autorité au-delà de quelques poches urbaines, laissant des zones entières sous le contrôle de groupes armés.
Dans ces conditions, la réponse humanitaire même massive ne suffit plus. Sans stratégie de résilience durable, les populations restent prisonnières d’un cycle où chaque crise succède à la précédente, sans jamais permettre la reconstruction d’un minimum de sécurité alimentaire. Cette incapacité structurelle à stabiliser la Somalie fait peser une question taboue : la communauté internationale s’est-elle résignée à voir ce pays comme une « crise chronique » à bas bruit, plutôt qu’un terrain d’investissement pour un développement à long terme ?
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Quand l’oubli devient un crime silencieux
À l’heure où les caméras du monde se braquent sur d’autres conflits, la Somalie risque de sombrer, encore une fois, dans un drame prévisible mais ignoré. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : un plan humanitaire financé à peine à 15 % est une condamnation à mort pour des millions de familles. Cette insécurité alimentaire n’est pas seulement un scandale humanitaire ; elle interroge sur la durabilité de l’aide internationale et la responsabilité collective face aux oubliés de l’agenda mondial.
Faute d’un sursaut, la Somalie deviendra un symbole de plus de l’échec d’un système d’assistance qui colmate sans jamais reconstruire. Mais l’Histoire retiendra surtout que la famine n’est pas une fatalité naturelle : c’est la conséquence de choix politiques, financiers et stratégiques. Et dans le cas somalien, c’est surtout le poids d’un oubli coupable.
Sandrine A.

