Madagascar, le grand dialogue national destiné à refonder les bases institutionnelles attendra encore. Ce mercredi 3 juin 2026 devait marquer le coup d’envoi officiel de la « concertation nationale » sur la Grande Île. Cette vaste consultation populaire, censée recueillir les propositions et les attentes des citoyens sur l’ensemble du territoire, a pour objectif ultime de poser les jalons d’une réécriture constitutionnelle majeure.
Pourtant, le processus s’est une nouvelle fois embourbé, contraignant les autorités à repousser le lancement à une date indéterminée. C’est le deuxième report d’affilée pour ce projet crucial, un contretemps qui met en lumière de profondes fractures au sommet de l’appareil de transition.
Le blocage, une guerre d’influence sur l’organisation
Derrière ce nouveau rendez-vous manqué se cachent des désaccords persistants et profonds sur la méthodologie et le contrôle du processus. Le bras de fer oppose principalement le gouvernement de transition au Conseil œcuménique des Églises chrétiennes (FFKM), un acteur historique et moral incontournable de la médiation politique à Madagascar.
Les divergences portent essentiellement sur la gouvernance de ces concertations. Qui doit piloter les débats, comment seront choisis les délégués régionaux, et quelle sera la force juridique des conclusions ? Le FFKM exige des garanties d’inclusivité, d’indépendance et de transparence pour éviter que ces assises ne se transforment en un plébiscite unilatéral au profit du pouvoir en place.
De son côté, l’exécutif tente de garder la main sur le calendrier et la structure logistique. Pour tenter de débloquer la situation, une réunion de crise à pile ou face est programmée ce mercredi autour du président de la transition, l’objectif étant de rapprocher les positions et de sauver le processus d’un enlisement définitif.
Quels sont les enjeux de cette concertation à Madagascar?
L’enjeu de cette concertation nationale est capital pour l’avenir politique de Madagascar. Il s’agit ni plus ni moins que de légitimer la rédaction d’un ou de plusieurs projets de nouvelle constitution. Le pays cherche à sortir de cycles chroniques d’instabilité politique en réformant ses institutions, en redéfinissant l’équilibre des pouvoirs et en renforçant la gouvernance locale.
Cependant, de report en report, le risque majeur reste le glissement du calendrier de la transition et la perte de crédibilité de la démarche auprès d’une population malgache déjà éprouvée par les difficultés économiques. Si le gouvernement et les leaders religieux ne parviennent pas à un consensus rapide lors de la confrontation d’aujourd’hui, le spectre d’un boycott par l’opposition et d’une contestation de la future loi fondamentale pourrait replonger la Grande Île dans une crise de légitimité encore plus profonde.

