Au Cameroun, la course à la présidentielle du 12 octobre 2025 prend un tournant alarmant avec l’exclusion de Maurice Kamto, principal rival du président sortant Paul Biya. La commission électorale nationale (ELECAM), chargée d’organiser le scrutin, a dévoilé le 26 juillet la liste des candidats autorisés à concourir. Parmi les 13 noms retenus, l’absence de Kamto a provoqué une onde de choc dans le paysage politique camerounais. Aucune justification officielle n’a été avancée, mais le climat de défiance est déjà installé.
Cette décision ne survient pas dans un vide. Elle intervient alors que Paul Biya, 92 ans et au pouvoir depuis 43 ans, brigue un nouveau mandat dans un contexte sociopolitique tendu. Le maintien d’un tel statu quo, associé à l’éviction de l’un des rares opposants crédibles, nourrit les soupçons d’un processus électoral verrouillé. Au-delà d’un simple contentieux électoral, cette exclusion ravive les doutes sur la vitalité démocratique du Cameroun et fait craindre un durcissement du régime.
Le rejet de la candidature de Maurice Kamto
Officiellement, ELECAM invoque une « pluralité d’investiture » au sein du parti Manidem, mais cette justification, jugée technique, masque mal les enjeux politiques sous-jacents. L’opposant avait pourtant émergé comme la principale alternative à Paul Biya depuis l’élection de 2018, où il avait obtenu 14 % des voix, dans un scrutin marqué par des irrégularités dénoncées à l’international.
Ce nouvel épisode laisse également entrevoir un processus électoral fortement encadré, où les dés semblent jetés bien avant le vote. En excluant Kamto, les autorités réduisent la compétition à une formalité, un simulacre d’élection où le suspense est absent. La démocratie camerounaise devient ainsi un théâtre sans enjeu, où la pluralité politique est tolérée à condition qu’elle ne menace apparemment pas l’ordre établi.
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Risques d’instabilité et isolement international
Les implications de cette décision dépassent le simple cadre national. Le Département de la sécurité des Nations unies a déjà émis des alertes sur les risques de troubles à Yaoundé, en particulier autour du siège d’ELECAM. Cette exclusion, perçue par de nombreux observateurs comme une provocation, pourrait raviver les tensions latentes dans un pays déjà fragilisé par des conflits internes, notamment dans les régions anglophones.
Sur le plan diplomatique, l’éviction de Maurice Kamto pourrait jetter une ombre sur la crédibilité du scrutin à venir et place le pays dans une position délicate vis-à-vis de ses partenaires internationaux. L’Union africaine, la Francophonie ou encore l’Union européenne seront sans doute interpellées sur leur silence ou leur inaction, face à ce que beaucoup considèrent comme un recul démocratique manifeste. La mise à l’écart de Maurice Kamto ne doit pas être analysée comme un simple épisode électoral, mais bien comme un révélateur de la crise de légitimité que traverse l’État camerounais.
En muselant l’opposition, le pouvoir compromet toute perspective d’alternance, alimentant la frustration populaire et les risques d’implosion. Plus qu’un affrontement entre deux figures politiques, l’enjeu de cette présidentielle est désormais celui de la réappropriation démocratique. Le recours déposé par Kamto devant le Conseil constitutionnel pourrait bien être la dernière occasion de sauver les apparences. Mais si ce sursaut n’advient pas, le Cameroun risque de s’enfoncer dans une impasse autoritaire, dont l’issue pourrait être plus explosive que politique.
Tony A.

