En utilisant ce site, vous acceptez la politique de confidentialité et les conditions d'utilisation.
Accept
L'investigateur AfricainL'investigateur AfricainL'investigateur Africain
Font ResizerAa
  • ACCUEIL
  • POLITIQUE
    POLITIQUE
    Show More
    Top News
    Lapidation au Soudan : criminalisation croissante des femmes
    Lapidation au Soudan : criminalisation croissante des femmes
    octobre 20, 2022
    Hama Amadou et la présidentielle 2020 au Niger
    Niger/Présidentielle 2020 : Hama Amadou rattrapé par son passé
    avril 13, 2021
    terrorisme au Tchad
    Tchad : Boko Haram a expérimenté une nouvelle forme du terrorisme occasionnant plusieurs victimes
    avril 14, 2021
    Dernières nouvelles
    France–Tchad : retour du dialogue ou pragmatisme des intérêts croisés ?
    janvier 27, 2026
    Côte d’Ivoire : Ouattara nomme Thiam ministre-gouverneur
    janvier 26, 2026
    Le PPA-CI relance la machine, mais reste accroché à son fondateur
    janvier 26, 2026
    Assassinat de Patrice Lumumba : 65 ans plus tard, la Belgique face à son passé colonial
    janvier 21, 2026
  • SOCIÉTÉ
    SOCIÉTÉ
    Show More
    Top News
    Lapidation au Soudan : criminalisation croissante des femmes
    Lapidation au Soudan : criminalisation croissante des femmes
    octobre 20, 2022
    Viol : deux hommes en qui j’avais confiance ont abusé de moi
    Viol : deux hommes en qui j’avais confiance ont abusé de moi
    septembre 17, 2021
    Criminalité au Soudan : la multiplication des vols violents à moto sème le chao
    Criminalité au Soudan : la multiplication des vols violents à moto sème le chao
    avril 25, 2022
    Dernières nouvelles
    Makoko rasée : Lagos sacrifie ses pauvres sur l’autel du développement
    janvier 26, 2026
    Libye : comment le chaos nourrit l’esclavage des temps modernes
    janvier 16, 2026
    Pannes, fuites, corruption : Johannesburg étouffe sous la soif
    novembre 4, 2025
    Cameroun : quand la crise post-électorale paralyse l’économie
    octobre 29, 2025
  • ECONOMIE
    ECONOMIE
    Show More
    Top News
    Sénégal : Impact économique du blocage du Port de Ziguinchor 
    Blocage du Port de Ziguinchor au Sénégal : Quel impact économique ?
    février 16, 2024
    Déficit budgétaire au Sénégal : Le gouvernement mise sur l'austérité
    Déficit budgétaire au Sénégal : Le gouvernement mise sur l’austérité
    février 18, 2025
    Cameroun : quand la crise post-électorale paralyse l’économie
    Cameroun : quand la crise post-électorale paralyse l’économie
    octobre 29, 2025
    Dernières nouvelles
    Gabon : le gouvernement sous pression face à une vague de grèves massives
    janvier 23, 2026
    Crise des impayés : la filière cacao ivoirienne sous tension
    janvier 16, 2026
    Rapport B-READY 2025 : Le Togo consacré leader du climat des affaires en Afrique de l’Ouest
    janvier 9, 2026
    Économie de la mer : le Cap-Vert, futur modèle pour l’Afrique ?
    janvier 8, 2026
  • SANTE
    SANTE
    Show More
    Top News
    tests PCR
    Tests PCR: le coût sera harmonisé dans la Cédéao
    avril 9, 2021
    accidents de circulations en Afrique
    Accidents de circulation en Afrique: la mort omniprésente sur les routes
    août 5, 2021
    Le président Cyril Ramaphosa donne l'exemple et se fait vacciner (2)
    Le président Cyril Ramaphosa donne l’exemple et se fait vacciner
    avril 7, 2021
    Dernières nouvelles
    À l’AISS, le Togo démontre que l’universalité de la santé est possible en Afrique
    octobre 1, 2025
    Fièvre aphteuse : l’Afrique du Sud face à une crise sanitaire à haut risque économique
    juin 24, 2025
    Génome africain : Ces chercheurs déterminés à briser l’injustice
    mars 24, 2025
    Est de la RDC : le sang manque, les hôpitaux suffoquent
    mars 7, 2025
  • SPORT
    SPORT
    Show More
    Top News
    Aube de la CAN 2024 : La Côte d'Ivoire prête pour l'explosion footballistique
    Aube de la CAN 2024 : La Côte d’Ivoire prête pour l’explosion footballistique
    janvier 11, 2024
    Coup du marteau à la CAN 2023: La Côte d'Ivoire sauvagement humiliée
    Coup du marteau à la CAN 2023: La Côte d’Ivoire sauvagement humiliée
    janvier 22, 2024
    CAN 2025 : quitter le terrain, quelles sanctions selon la CAF ?
    CAN 2025 : quitter le terrain, quelles sanctions selon la CAF ?
    janvier 19, 2026
    Dernières nouvelles
    La CAN a chauffé les esprits, pas les relations sénégalo-marocaines
    janvier 27, 2026
    CAN 2025 : quitter le terrain, quelles sanctions selon la CAF ?
    janvier 19, 2026
    La mort du CHAN : progrès ou renoncement pour le football africain ?
    janvier 19, 2026
    Sénégal : la lutte reprend, un soulagement sous conditions
    avril 1, 2025
  • AFRICA NEWSROOM
  • CONTACT
  • RÉCÉPISSÉ N°0039/HAAC/12-2021/pl/P
L'investigateur AfricainL'investigateur Africain
Font ResizerAa
Search
  • ACCUEIL
  • POLITIQUE
  • SOCIÉTÉ
  • ECONOMIE
  • SANTE
  • SPORT
  • AFRICA NEWSROOM
  • CONTACT
  • RÉCÉPISSÉ N°0039/HAAC/12-2021/pl/P
Follow US
L'investigateur Africain > Blog > Analyse > Hemedti : Du commerce de chameaux au contrôle de la moitié du Soudan
Analyse

Hemedti : Du commerce de chameaux au contrôle de la moitié du Soudan

Steven WILSON
Dernière mise à jour : novembre 6, 2025 9:04 am
Steven WILSON
Partagez
26 Min de lecture
Partagez

De vendeur de chameaux analphabète à chef de guerre contrôlant la moitié d’un pays, l’ascension de Mohamed Hamdan Dagalo, dit « Hemedti », défie toute logique. Cet homme de 50 ans, accusé de crimes contre l’humanité et de génocide, incarne le paradoxe soudanais : redouté pour sa brutalité, admiré pour sa ténacité, enrichi par l’or et les trafics, il se présente aujourd’hui en défenseur de la démocratie. Comment un ancien milicien Janjawid, responsable de massacres au Darfour dans les années 2000, est-il devenu l’un des hommes les plus puissants d’Afrique de l’Est ?

Contents
  • Les origines modestes d’un futur seigneur de guerre
    • Un enfant du désert sans éducation formelle
    • Le Darfour : un Far West propice aux hommes forts
  • L’apprentissage de la violence et les années Janjawid
    • Au service du génocide du Darfour
    • Trop petit pour être poursuivi, assez malin pour prospérer
  • L’art de transformer la violence en pouvoir
    • Opportunisme stratégique et enrichissement
    • L’empire de l’or : la base financière du pouvoir
  • La création des Forces de soutien rapide : l’institutionnalisation de la milice
    • De milice ethnique à force paramilitaire officielle
    • Mercenaires, trafiquants et extorqueurs
  • Les alliances internationales décisives
    • Le lien crucial avec les Émirats arabes unis
    • Le partenariat avec Wagner
  • Le protecteur devenu rival
    • « Himayti » : l’erreur fatale de Béchir
    • La brève lune de miel avec la démocratie
    • Le compromis fragile et sa rupture
  • Le chef de guerre contemporain
    • Le putsch raté qui a déclenché la guerre civile
    • La campagne de terreur au Darfour
    • El-Fasher : la victoire stratégique aux conséquences horrifiques
  • Les ambitions politiques d’un homme aux mains sanglantes
    • Le « Gouvernement de paix et d’unité »
  • Le profil psychologique d’un opportuniste sans scrupules
    • Brutalité, pragmatisme et absence de remords
    • L’intelligence stratégique d’un « illettré »
    • Le sentiment d’impunité

Mohamed Hamdan Dagalo, universellement connu sous le surnom « Hemedti », est devenu la figure centrale du conflit soudanais actuel. À la tête des Forces de soutien rapide (FSR), cette milice paramilitaire qui contrôle désormais la moitié du Soudan après la prise d’El-Fasher le 27 octobre 2025, cet homme de 50 ans incarne une trajectoire aussi exceptionnelle que troublante. Issu d’un milieu nomade modeste, il a su transformer chaque crise en opportunité d’ascension, bâtissant un empire reposant sur trois piliers : la force militaire, la richesse minière et les alliances internationales. Son parcours illustre comment, dans un État fragile, un individu déterminé et sans scrupules peut accumuler un pouvoir démesuré, au prix de dizaines de milliers de vies. Comprendre Hemedti, c’est comprendre une partie essentielle du drame soudanais contemporain.

Les origines modestes d’un futur seigneur de guerre

Hemedti : Du commerce de chameaux au contrôle de la moitié du Soudan

Un enfant du désert sans éducation formelle

Mohamed Hamdan Dagalo est né en 1974 ou 1975, comme pour beaucoup d’enfants issus de milieux ruraux au Soudan, sa date et son lieu de naissance n’ont jamais été officiellement enregistrés. Il appartient à la tribu Mahariya, au sein de la communauté Rizeigat, des éleveurs de chameaux arabophones présents à cheval sur le Tchad et le Darfour.

Sous la direction de son oncle Juma Dagalo, son clan s’est installé au Darfour dans les années 1970 et 1980, fuyant la guerre au Tchad et en quête d’une vie meilleure. Ils ont été autorisés à s’établir dans cette région qui allait devenir le théâtre de leur ascension.

Après avoir quitté l’école au début de son adolescence, Hemedti a gagné sa vie en faisant le commerce de chameaux à travers le désert vers la Libye et l’Égypte. Cette activité, bien que modeste, lui a permis de développer des réseaux commerciaux transfrontaliers et une connaissance approfondie des routes sahariennes : des atouts qui se révéleront cruciaux dans sa future carrière.

Le Darfour : un Far West propice aux hommes forts

À cette époque, le Darfour était le Far West du Soudan : pauvre, anarchique et négligé par le gouvernement du président Omar el-Béchir basé à Khartoum. L’élite politique de la capitale considérait cette région comme périphérique, peuplée de tribus jugées arriérées.

Des miliciens arabes, les Janjawid (littéralement « diables à cheval »), dont une force commandée par Juma Dagalo, l’oncle d’Hemedti, attaquaient régulièrement les villages de l’ethnie autochtone Fur. Ce cycle de violence a mené à une rébellion de grande ampleur en 2003, au cours de laquelle les combattants Fur ont été rejoints par les Masalit, les Zaghawa et d’autres groupes ethniques non arabes, qui se disaient ignorés et marginalisés par l’élite arabe du pays.

C’est dans ce contexte explosif que Hemedti va faire ses premières armes et découvrir le pouvoir de la violence organisée.

L’apprentissage de la violence et les années Janjawid

Hemedti : Du commerce de chameaux au contrôle de la moitié du Soudan

Au service du génocide du Darfour

En réponse à la rébellion de 2003, le président Béchir a considérablement renforcé les Janjawid pour mener sa lutte contre-insurrectionnelle. Ces milices ont rapidement acquis une sinistre notoriété internationale pour leurs actes systématiques d’incendie, de pillage, de viol et de meurtre contre les populations civiles non arabes du Darfour.

L’unité d’Hemedti figurait parmi ces forces. Un rapport des Casques bleus de l’Union africaine indique qu’elle a attaqué et détruit le village d’Adwa en novembre 2004, tuant 126 personnes, dont 36 enfants. Ce massacre n’était qu’un parmi des centaines qui ont transformé le Darfour en synonyme d’horreur humanitaire.

Une enquête américaine a conclu à la responsabilité des Janjawid dans un génocide qui a fait des centaines de milliers de morts et plus de deux millions de déplacés. Le conflit du Darfour a été déféré devant la Cour pénale internationale (CPI), qui a inculpé quatre hommes, dont Béchir lui-même, lequel nie avoir commis un génocide.

Trop petit pour être poursuivi, assez malin pour prospérer

Hemedti était l’un des nombreux commandants Janjawid jugés trop subalternes pour être poursuivis par le procureur de la CPI à l’époque. Cette position de milicien de rang intermédiaire, assez important pour avoir du pouvoir, mais pas assez visible pour attirer l’attention internationale, s’est révélée idéale pour son ascension future.

Un seul des commandants Janjawid, le « colonel des colonels » Ali Abdel Rahman Kushayb, a été traduit en justice. Le mois dernier, il a été reconnu coupable de 27 chefs d’accusation de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité, sa peine devant être prononcée le 19 novembre 2025.

Au moment où l’élite à Khartoum voyait Hemedti comme « un illettré, un voyou parvenu qu’elle a armé uniquement pour faire le sale boulot », selon Alan Boswell, chercheur à l’International Crisis Group, ce dernier apprenait les rouages du pouvoir et tissait méthodiquement son réseau.

L’art de transformer la violence en pouvoir

Hemedti : Du commerce de chameaux au contrôle de la moitié du Soudan

Opportunisme stratégique et enrichissement

Dans les années qui ont suivi le pic de violence de 2004, Hemedti a su habilement tirer profit de la situation, s’imposant progressivement comme chef d’une puissante force paramilitaire, d’un empire commercial et d’une machine politique influente. Son histoire est celle d’un opportunisme et d’un esprit d’entreprise hors du commun, appliqués au contexte spécifique d’un État failli.

Il s’est brièvement mutiné contre le régime de Béchir, réclamant le versement des arriérés de solde à ses soldats, des promotions et un poste politique pour son frère. Plutôt que de le punir, Béchir lui a accordé la plupart de ses demandes. Hemedti a alors réintégré les rangs, ayant démontré sa capacité à négocier par la menace.

Plus tard, lorsque d’autres unités Janjawid se sont mutinées contre Khartoum, Hemedti a habilement changé de camp, menant les forces gouvernementales qui les ont vaincues. Ce faisant, il a pris le contrôle de la plus grande mine d’or artisanale du Darfour, située à Jebel Amir : un tournant économique majeur.

L’empire de l’or : la base financière du pouvoir

Rapidement, l’entreprise familiale d’Hemedti, Al-Gunaid, est devenue le premier exportateur d’or du Soudan. Cette manne financière lui a permis de financer l’expansion de ses forces, de corrompre des officiers, d’acheter des équipements modernes et de s’affranchir progressivement de sa dépendance vis-à-vis du budget étatique.

Le contrôle des mines d’or lucratives par les FSR est devenu un élément central de la stratégie d’Hemedti. Cet or finance non seulement ses opérations militaires, mais aussi ses ambitions politiques et ses alliances internationales. Il représente une source de revenus autonome qui échappe au contrôle de l’État central – un atout décisif dans un contexte de rivalité avec l’armée régulière.

La création des Forces de soutien rapide : l’institutionnalisation de la milice

Hemedti : Du commerce de chameaux au contrôle de la moitié du Soudan

De milice ethnique à force paramilitaire officielle

En 2013, Hemedti a sollicité et obtenu du président Béchir le statut officiel de chef d’un nouveau groupe paramilitaire, les Forces de soutien rapide (FSR), relevant directement du président. Cette institutionnalisation représentait une étape cruciale : les Janjawid, milices ethniques informelles et décriées internationalement, devenaient une force officielle de l’État.

Les anciens Janjawid ont été intégrés aux FSR, recevant de nouveaux uniformes, véhicules et armes, ainsi que des officiers de l’armée régulière recrutés pour contribuer à cette modernisation. Cette professionnalisation partielle a donné aux FSR une capacité opérationnelle supérieure tout en conservant la brutalité qui avait fait leur réputation.

Les FSR ont remporté une victoire importante contre les rebelles du Darfour, obtenu des résultats moins probants face à l’insurrection dans les monts Nouba, limitrophes du Soudan du Sud, et accepté un contrat de sous-traitance pour la surveillance de la frontière libyenne.

Mercenaires, trafiquants et extorqueurs

Officiellement chargées de lutter contre l’immigration clandestine en provenance d’Afrique traversant le désert vers la Méditerranée, les commandants d’Hemedti excellaient également dans l’extorsion et, selon certaines sources, dans le trafic d’êtres humains. La position géographique stratégique du Darfour, à la croisée des routes migratoires sahariennes, offrait d’innombrables opportunités lucratives.

En 2015, l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis (EAU) ont fait appel à l’armée soudanaise pour envoyer des troupes combattre les Houthis au Yémen. Ce contingent était commandé par le général Abdel Fattah al-Burhan, aujourd’hui à la tête de l’armée en guerre contre les FSR.

Hemedti y a vu une opportunité en or et a négocié un accord secret avec l’Arabie saoudite et les EAU pour fournir des mercenaires FSR. De jeunes Soudanais et de plus en plus souvent des ressortissants des pays voisins affluaient vers les centres de recrutement des FSR pour recevoir jusqu’à 6000 dollars de prime d’engagement, une fortune dans cette région pauvre.

Les alliances internationales décisives

Hemedti : Du commerce de chameaux au contrôle de la moitié du Soudan

Le lien crucial avec les Émirats arabes unis

Le lien avec Abou Dhabi s’est avéré déterminant. Ce fut le début d’une relation étroite avec le président émirati Mohamed ben Zayed, qui allait transformer la trajectoire d’Hemedti. Les experts des Nations Unies, les diplomates, les analystes et les groupes de défense des droits de l’homme ont tous souligné le solide soutien des Émirats arabes unis à Dagalo.

Cette alliance dépasse le simple soutien militaire. Elle s’inscrit dans la stratégie régionale des EAU visant à construire une zone d’influence s’étendant de l’est de la Libye, passant par le Tchad, le Darfour, le Sud-Soudan, l’Ouganda, le Kenya, la Somalie et l’Éthiopie. Hemedti est devenu un élément clé de cet arc d’influence émirati en Afrique de l’Est.

Les FSR se sont dotées d’armements modernes, notamment des drones sophistiqués, qu’elles ont utilisés pour frapper Port-Soudan, la capitale de facto de Burhan, et qui ont joué un rôle crucial dans l’assaut contre El-Fasher. Des enquêtes menées par le New York Times ont révélé que ces armements transitent par une piste d’atterrissage et une base logistique construites par les EAU à l’intérieur du Tchad. Abou Dhabi nie ces accusations.

Le partenariat avec Wagner

Hemedti a également conclu un partenariat avec le groupe russe Wagner, bénéficiant d’une formation militaire en échange de transactions commerciales, notamment dans le secteur aurifère. Il s’est rendu à Moscou pour officialiser l’accord et s’y trouvait le jour de l’invasion de l’Ukraine par la Russie : un timing qui illustre son intégration dans les réseaux géopolitiques internationaux.

Cette capacité à nouer des alliances avec des puissances aux intérêts divergents, EAU, Russie, Arabie saoudite, démontre l’habileté politique d’un homme souvent sous-estimé en raison de son manque d’éducation formelle. Après le déclenchement de la guerre au Soudan, il a nié que les FSR reçoivent l’aide de Wagner, illustrant sa flexibilité tactique.

Le protecteur devenu rival

Hemedti : Du commerce de chameaux au contrôle de la moitié du Soudan

« Himayti » : l’erreur fatale de Béchir

Face à la montée des protestations populaires en 2019, Béchir a ordonné aux unités d’Hemedti de se rendre à Khartoum, la capitale. Jouant sur son nom, le président l’a surnommé « Himayti » (« mon protecteur »), considérant les FSR comme un contrepoids aux putschistes potentiels au sein de l’armée régulière et des forces de sécurité nationale.

C’était une erreur d’appréciation magistrale. En avril 2019, un campement de manifestants citoyens a encerclé le quartier général militaire, réclamant la démocratie. Béchir a ordonné à l’armée d’ouvrir le feu. Les plus hauts gradés, dont Hemedti, se sont réunis et ont décidé de destituer Béchir plutôt que de massacrer les manifestants. Le mouvement démocratique a exulté.

La brève lune de miel avec la démocratie

Hemedti fut un temps adulé comme le visage neuf de l’avenir du Soudan. Jeune (relatif aux généraux vieillissants de Khartoum), affable, allant à la rencontre de divers groupes sociaux et se positionnant comme le challenger de l’establishment historique du pays, il a tenté de changer d’image politique. Il s’est présenté en défenseur des civils et des « acquis de la révolution » de 2019.

Cette période ne dura que quelques semaines. Alors que lui et Burhan, co-présidents du conseil militaire au pouvoir, tardaient à céder le pouvoir aux civils, les manifestants ont intensifié leurs rassemblements. Hemedti a alors déchaîné les FSR qui, selon un rapport de Human Rights Watch, ont tué des centaines de personnes, violé des femmes et jeté des hommes dans le Nil, les chevilles lestées de briques.

Hemedti nie les atrocités commises par les FSR lors de cet épisode sanglant qui a brisé les espoirs démocratiques.

Le compromis fragile et sa rupture

Sous la pression du quatuor de pays formé pour promouvoir la paix et la démocratie au Soudan – États-Unis, Royaume-Uni, Arabie saoudite et EAU –, les généraux et les civils ont accepté un compromis élaboré par des médiateurs africains. Pendant deux ans, une coexistence instable s’est instaurée entre un conseil souverain dominé par les militaires et un gouvernement civil.

Alors qu’une commission ministérielle chargée d’enquêter sur les entreprises appartenant à l’armée, aux forces de sécurité et aux FSR s’apprêtait à finaliser son rapport qui devait révéler comment Hemedti développait rapidement son empire commercial, Burhan et Hemedti ont limogé les civils et pris le pouvoir en octobre 2021.

Mais les putschistes se sont brouillés. Burhan a exigé que les FSR soient placées sous le commandement de l’armée, une demande inacceptable pour Hemedti qui aurait signifié l’abandon de son autonomie et de sa base de pouvoir.

Le chef de guerre contemporain

Hemedti : Du commerce de chameaux au contrôle de la moitié du Soudan

Le putsch raté qui a déclenché la guerre civile

Quelques jours avant l’échéance de 2023 pour régler le problème de l’intégration des FSR dans l’armée, les unités des FSR ont encerclé le quartier général de l’armée et se sont emparées de bases stratégiques et du palais national à Khartoum. Le putsch a échoué à éliminer rapidement Burhan et ses commandants. Khartoum est devenue une zone de guerre, les forces rivales s’affrontant rue par rue.

Piégé dans le palais national, sous le feu de l’artillerie et les frappes aériennes, Hemedti a été grièvement blessé au début du conflit et a disparu de la vie publique pendant plusieurs mois. Cette blessure a alimenté les rumeurs sur sa mort ou son incapacité, créant temporairement une incertitude sur le leadership des FSR.

Lorsqu’il est réapparu, il n’a manifesté aucun remords pour les atrocités commises et est resté déterminé à remporter la victoire sur le champ de bataille.

La campagne de terreur au Darfour

La violence a particulièrement explosé au Darfour, les unités des FSR menant une campagne brutale contre le peuple Masalit. L’ONU estime à 15000 le nombre de civils tués dans cette seule région, et les États-Unis ont qualifié ces événements de génocide : une accusation que les FSR nient catégoriquement.

Les commandants des FSR ont diffusé des vidéos montrant leurs combattants en train de torturer et de tuer, faisant ainsi la promotion de ces atrocités et affichant leur sentiment d’impunité. Cette stratégie de terreur médiatisée vise à démoraliser l’adversaire et à affirmer la domination des FSR sur les territoires conquis.

Les FSR et leurs milices alliées ont semé la terreur au Soudan, pillant systématiquement villes, marchés, universités et hôpitaux. Une quantité considérable de biens pillés est vendue sur les marchés dits « de Dagalo », qui s’étendent au-delà du Soudan, jusqu’au Tchad et dans d’autres pays voisins. Les FSR nient toute implication de leurs combattants dans ces pillages, malgré les preuves accablantes.

El-Fasher : la victoire stratégique aux conséquences horrifiques

La prise d’El-Fasher le 27 octobre 2025, après 18 mois de siège, représente une victoire stratégique majeure pour Hemedti. Avec cette conquête, les FSR contrôlent désormais la quasi-totalité du territoire habité à l’ouest du Nil, réalisant une partition de facto du Soudan.

Toutefois, cette victoire militaire s’est accompagnée de massacres d’une ampleur effroyable. Plus de 2000 civils auraient été exécutés selon les sources gouvernementales, 460 personnes ont été tuées dans une maternité selon l’OMS, et des dizaines de milliers de personnes ont fui dans des conditions épouvantables.

Suite à la multiplication des informations faisant état de massacres et à l’indignation générale, Hemedti a ordonné une enquête sur ce qu’il a qualifié de « violations commises par ses soldats » lors de la prise d’El-Fasher. Cette réaction typique de son approche consiste à reconnaître des « excès » individuels tout en niant toute responsabilité systémique, une tactique visant à préserver sa crédibilité internationale.

Les ambitions politiques d’un homme aux mains sanglantes

Hemedti : Du commerce de chameaux au contrôle de la moitié du Soudan

Le « Gouvernement de paix et d’unité »

Hemedti ne se contente pas de conquêtes militaires. Il tente de constituer une coalition politique, incluant des groupes civils et des mouvements armés, notamment ses anciens adversaires des monts Nouba. Cette stratégie vise à donner une façade de légitimité à son entreprise militaire.

Il a formé un « Gouvernement de paix et d’unité » parallèle, dont il s’est octroyé la présidence. Dans cette structure, il se présente désormais en défenseur de la démocratie contre « les forces putschistes » du général Burhan, qu’il qualifie de « criminel » et d' »islamiste radical ». Un retournement rhétorique remarquable pour un ancien bras armé du régime militaro-islamiste de Béchir.

Cette transformation narrative du milicien brutal au champion de la démocratie illustre la flexibilité idéologique d’Hemedti. Il se pose en parangon de l’État civil et en adversaire farouche de l’islam politique, alors qu’il était jusque-là un rouage essentiel de la dictature qu’il prétend maintenant combattre.

Le profil psychologique d’un opportuniste sans scrupules

Hemedti : Du commerce de chameaux au contrôle de la moitié du Soudan

Brutalité, pragmatisme et absence de remords

Le parcours d’Hemedti révèle un profil psychologique particulier : une combinaison de brutalité assumée, de pragmatisme tactique et d’absence apparente de remords moral. Contrairement à certains chefs de guerre qui justifient leurs actes par l’idéologie, Hemedti semble motivé principalement par l’accumulation de pouvoir et de richesse.

Sa capacité à changer de discours, du serviteur de Béchir au révolutionnaire démocrate, du massacreur de civils au protecteur des populations, témoigne d’une flexibilité morale remarquable. Cette plasticité idéologique, loin d’être une faiblesse, constitue un atout dans un contexte où les alliances se font et se défont rapidement.

L’intelligence stratégique d’un « illettré »

Malgré son manque d’éducation formelle, source de mépris de la part de l’élite urbaine de Khartoum, Hemedti a démontré une intelligence stratégique remarquable. Sa compréhension intuitive des dynamiques de pouvoir, sa capacité à identifier et exploiter les opportunités, et son habileté à nouer des alliances internationales complexes révèlent des talents politiques indéniables.

Son ascension rappelle que dans des contextes d’États faillis, l’éducation formelle compte souvent moins que la détermination, la cruauté et la capacité à mobiliser la violence organisée. Cette réalité dérangeante souligne les faiblesses structurelles du système étatique soudanais.

Le sentiment d’impunité

Tandis que ses troupes massacrent des civils à El-Fasher, Hemedti semble persuadé de bénéficier de l’impunité dans un monde qui, selon lui, s’en moque. Cette conviction n’est malheureusement pas infondée : malgré les accusations de crimes contre l’humanité et de génocide, il continue de rencontrer des diplomates, de négocier avec des puissances régionales et de présenter une façade de respectabilité politique.

Cette impunité de fait envoie un message dévastateur : dans le système international actuel, la commission de crimes de masse n’empêche pas nécessairement une carrière politique, pourvu qu’on contrôle suffisamment de ressources stratégiques et qu’on bénéficie du soutien de puissances influentes.

À 50 ans, enrichi par l’or, armé par les Émirats, soutenu par une force paramilitaire loyale et contrôlant un territoire vaste, Hemedti représente une force avec laquelle tout règlement politique au Soudan devra composer. Qu’il devienne président d’un État sécessionniste, dirigeant d’un Soudan réunifié, ou manipulateur politique dans l’ombre, son influence sur l’avenir du pays semble incontournable.

Cette réalité pose une question morale dérangeante : comment construire la paix dans un pays où les architectes du chaos détiennent le pouvoir ? Comment imaginer une réconciliation nationale quand les responsables de massacres sont assis à la table des négociations ? Le cas d’Hemedti illustre tragiquement le dilemme récurrent des sorties de conflit : faut-il sacrifier la justice à court terme sur l’autel de la paix, ou exiger des comptes au risque de prolonger la guerre ?

Pour l’instant, tandis que les massacres se poursuivent et que les civils continuent de payer le prix de ses ambitions, Hemedti demeure ce qu’il a toujours été : un opportuniste brillant et sans scrupules, prêt à tout pour préserver et étendre son empire y compris à transformer en slogan démocratique les méthodes qui ont fait sa fortune sur les cadavres du Darfour.

Steven Edoé WILSON

Guerre au Soudan : Khartoum vit les combats les plus violents
Soudan-Ethiopie : le triangle d’El Fashaga toujours disputé
Sigma Corporation Sacrée Meilleure Agence de Communication 2024 au Togo
La taxe de l’AES : Une chance ou un risque pour les entreprises ?
Soudan: les militaires gardent toujours mainmise sur la transition
ÉTIQUETÉS :guerreHemedtiSoudan
Partagez cet article
Facebook Copier le lien Imprimer
Previous Article Faustin-Archange Touadéra : « Je ne suis l’otage de personne » Faustin-Archange Touadéra : « Je ne suis l’otage de personne »
Next Article La RCA dépendante des humeurs de ses voisins La RCA dépendante des humeurs de ses voisins
Aucun commentaire

Laisser un commentaire Annuler la réponse

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Météo
27°C
Lomé
nuageux
27° _ 27°
79%
3 km/h
mer
31 °C
jeu
31 °C
ven
32 °C
sam
31 °C
dim
31 °C

Articles récents

  • La CAN a chauffé les esprits, pas les relations sénégalo-marocaines
  • France–Tchad : retour du dialogue ou pragmatisme des intérêts croisés ?
  • Côte d’Ivoire : Ouattara nomme Thiam ministre-gouverneur
  • Médias d’État gabonais : accalmie sociale ou simple pause stratégique ?
  • Le PPA-CI relance la machine, mais reste accroché à son fondateur

Restez Connecté

7.2kAbonnésAimer
500MembersSuivre
1kAbonnésSuivre
500AbonnésSuivre
- Advertisement -
Ad image
- Advertisement -
Ad image

You Might Also Like

Jeunesse africaine : L’heure de l’éveil face aux jeux d’alliances internationales
Analyse

Jeunesse africaine : L’heure de l’éveil face aux jeux d’alliances internationales

mars 18, 2025
Guerre au Soudan : « Il faut aider maintenant », interpelle Laura Lo Castro
politiquesociété

Guerre au Soudan : « Il faut aider maintenant », interpelle Laura Lo Castro

juillet 18, 2023
TOGO–RUSSIE : POURQUOI LE PRESIDENT DU CONSEIL TOGOLAIS ASSUME UNE DIPLOMATIE D’EQUILIBRE AU CŒUR DES TENSIONS MONDIALES
Analyse

TOGO–RUSSIE : POURQUOI LE PRESIDENT DU CONSEIL TOGOLAIS ASSUME UNE DIPLOMATIE D’EQUILIBRE AU CŒUR DES TENSIONS MONDIALES

novembre 18, 2025
Faure Gnassingbé dévoile sa vision pour la Ve République togolaise : entre ambitions démocratiques et défis de transformation
Analyse

Faure Gnassingbé dévoile sa vision pour la Ve République togolaise : entre ambitions démocratiques et défis de transformation

décembre 2, 2025

Description

L'Investigateur Africain est bien plus qu'un simple journal d'information en ligne, c'est une véritable source d'exploration intellectuelle pour ses lecteurs.
RÉCÉPISSÉ
N°0039/HAAC/12-2021/pl/P
https://www.youtube.com/watch?v=N1GK4N0FbMk&t=438s

Facebook

L'investigateur AfricainL'investigateur Africain
© 2025 L'investigateur Africain | Tous droits réservés
Welcome Back!

Sign in to your account

Username or Email Address
Password

Vous avez perdu votre mot de passe?