Le Sénégal soutiendra officiellement la candidature de son ancien président Macky Sall au poste de secrétaire général de l’Organisation des Nations unies (ONU). L’annonce, faite le 20 juillet par la présidence sénégalaise, marque un tournant politique majeur après plusieurs mois d’hésitations et de réserves affichées par les nouvelles autorités.
Quelques jours auparavant, Bassirou Diomaye Faye avait reçu son prédécesseur au Palais de la République. À l’issue de cette rencontre, la communication officielle s’était limitée à souligner le caractère républicain de l’entretien et la volonté de préserver la continuité de l’État. Aucun engagement explicite n’avait alors été formulé. Trois jours plus tard, le chef de l’État a finalement décidé de faire de cette candidature une priorité diplomatique du Sénégal.
Le président sénégalais est allé au-delà d’un simple soutien symbolique. Il a demandé au gouvernement ainsi qu’à l’ensemble du réseau diplomatique de défendre activement cette candidature auprès des États membres de l’ONU. Il a également appelé les forces vives de la nation à se rallier à une candidature désormais présentée comme celle du Sénégal et, plus largement, de l’Afrique.
Cette décision tranche avec la prudence observée jusqu’ici. Depuis l’annonce de la candidature de Macky Sall, les autorités sénégalaises avaient entretenu une certaine ambiguïté, alimentant les interrogations sur leur position réelle.
Macky Sall, un choix dicté par les intérêts de l’État plus que par les considérations politiques
Le soutien accordé par Bassirou Diomaye Faye revêt une forte portée institutionnelle. Les deux hommes incarnent pourtant des camps politiques opposés. L’élection de 2024 avait consacré une alternance historique après plusieurs années de confrontation entre le pouvoir de Macky Sall et l’opposition incarnée par Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko.
En décidant de soutenir son ancien adversaire, le président semble privilégier la logique de l’État à celle des rivalités partisanes. Les communiqués officiels insistent d’ailleurs sur la « continuité de l’État », la « permanence des institutions » et le « rassemblement autour des intérêts supérieurs de la Nation ». Ce vocabulaire traduit une volonté d’inscrire cette décision dans une démarche républicaine plutôt que politique.
Cette évolution permet également au Sénégal de présenter un front uni sur la scène internationale. Dans les grandes compétitions diplomatiques, la cohésion nationale constitue souvent un élément déterminant pour convaincre les partenaires étrangers. Une candidature portée par un pays divisé aurait probablement été fragilisée.
Le revirement du président intervient aussi après une période délicate. En mars dernier, une vingtaine de pays africains avaient exprimé leurs réserves sur la candidature de Macky Sall, initialement soutenue par le Burundi. Le Sénégal lui-même n’avait alors pas apporté son aval officiel, laissant planer le doute sur ses intentions. L’annonce du 20 juillet met fin à cette incertitude et offre à l’ancien chef de l’État une légitimité nationale indispensable avant de poursuivre sa campagne diplomatique.
Un pari diplomatique qui ne fait pas disparaître les contestations
Si le soutien de l’exécutif constitue une étape essentielle, il ne met pas fin aux controverses qui entourent la candidature de Macky Sall. Une partie de l’opinion publique continue d’associer son bilan aux violences politiques ayant marqué les dernières années de son mandat. Des organisations de la société civile ainsi que des familles de victimes des manifestations de 2021 à 2024 restent opposées à une candidature qu’elles jugent incompatible avec les responsabilités du poste de secrétaire général de l’ONU.
Le gouvernement devra donc gérer un double défi. À l’extérieur, convaincre les États membres que Macky Sall possède le profil nécessaire pour diriger l’organisation internationale. À l’intérieur, expliquer pourquoi l’État soutient un ancien président qui demeure une figure profondément clivante du débat politique sénégalais.
Pour Bassirou Diomaye Faye, cette décision constitue également un test de sa vision des institutions. En choisissant d’appuyer son prédécesseur malgré leurs profondes divergences, il cherche à démontrer que les intérêts diplomatiques du Sénégal peuvent primer sur les affrontements politiques internes.
Reste désormais à savoir si cette unité affichée sera suffisante pour renforcer les chances de Macky Sall dans une compétition internationale particulièrement exigeante, où les équilibres géopolitiques, les rapports de force entre puissances et le consensus des États membres pèseront davantage que le seul soutien de son pays d’origine.

