L’annonce du retour de l’ancien président Macky Sall à Dakar, prévu ce vendredi 17 juillet 2026 pour une visite « éclair » et un face-à-face avec son successeur Bassirou Diomaye Faye, secoue l’espace politique sénégalais. Deux ans après avoir quitté le pouvoir, l’ex-chef de l’État revient sur ses terres avec un objectif précis : mener campagne et obtenir enfin le soutien officiel de son pays pour sa candidature au poste de Secrétaire général de l’Organisation des Nations unies (ONU).
Pourtant, cette démarche diplomatique s’inscrit dans un climat intérieur extrêmement complexe, où s’entremêlent des calculs politiques, des rancœurs non éteintes et des fractures au sommet de l’État sénégalais. Quels sont les véritables enjeux de cette visite ?
L’enjeu diplomatique; le forcing de Macky Sall pour l’onction de Dakar
Officiellement candidat à la succession d’António Guterres, dont le mandat prend fin en décembre 2026, Macky Sall s’est lancé dans un lobbying intense à l’échelle internationale. Pourtant, un paradoxe majeur fragilise sa campagne : sa candidature a été portée par le Burundi sous la bannière de l’Union africaine, court-circuitant ainsi la diplomatie de son propre pays.
À l’époque, le président Bassirou Diomaye Faye avait publiquement dénoncé avoir été « mis devant le fait accompli », qualifiant la manœuvre de « silencieuse » et d’« illégale ». Si Dakar avait assuré qu’il ne ferait pas d’obstruction systématique, le manque de soutien clair et enthousiaste de son pays d’origine est une épine dans le pied de l’ancien président. Pour espérer s’imposer face aux autres candidats internationaux à New York, Macky Sall a impérativement besoin que le Sénégal valide formellement sa démarche. Ce tête-à-tête au Palais de la République est donc l’occasion pour lui de négocier ce précieux sésame.
L’enjeu politique interne; Profiter de la fracture Faye-Sonko ?
Le timing de cette visite est d’autant plus intrigant qu’il coïncide avec des frictions de plus en plus visibles au sein du duo exécutif au pouvoir. La rupture ou, du moins, la discorde stratégique entre le président Bassirou Diomaye Faye et son puissant Premier ministre, Ousmane Sonko, redessine la carte politique sénégalaise.
Dans ce schéma, Diomaye Faye s’est montré à plusieurs reprises plus enclin à la décrispation et au dialogue avec l’opposition, dont fait partie l’Alliance pour la République (APR), le parti de Macky Sall. Pour l’ancien président, cette ouverture de Diomaye Faye est une opportunité en or. En négociant directement avec le chef de l’État, il tente de contourner la ligne dure incarnée par Ousmane Sonko, qui reste historiquement et viscéralement opposé à toute réhabilitation politique ou diplomatique de l’ancien régime.
L’enjeu judiciaire et mémoriel; la colère des victimes de l’ancien régime
Si la realpolitik peut pousser Diomaye Faye à la conciliation, l’opinion publique sénégalaise, elle, n’a pas oublié. Le retour de Macky Sall réactive une demande de justice pressante de la part des organisations de la société civile et des familles des victimes des violences politiques survenues entre 2021 et 2024.
Sous son régime, de violentes manifestations avaient entraîné des dizaines de morts et des centaines d’arrestations. Pour de nombreux Sénégalais, accorder un soutien diplomatique prestigieux à Macky Sall pour diriger l’ONU s’apparenterait à une trahison et à une prime à l’impunité. Diomaye Faye doit donc manœuvrer avec une extrême prudence : un soutien trop chaleureux à son prédécesseur pourrait provoquer une vague d’indignation populaire et fragiliser sa propre base électorale.
La visite éclair de Macky Sall à Dakar ce vendredi est tout sauf une simple formalité de courtoisie républicaine. C’est un test de haut vol pour le président Bassirou Diomaye Faye, qui devra arbitrer entre la solidarité panafricaine — pour ne pas bloquer un destin sénégalais à l’ONU — et la fidélité aux promesses de rupture et de justice qui l’ont porté au pouvoir. Pour Macky Sall, ce retour est un quitte ou double; décrocher l’appui de Dakar pour parachever sa stature internationale, ou se voir définitivement désavoué par sa propre patrie.

