L’exercice naval conjoint Mosi-3, qui s’est tenu du 10 au 16 janvier 2026 au large des côtes sud-africaines, devait être une simple démonstration de coordination militaire entre navires sud-africains, chinois et russes pour sécuriser les routes commerciales. Mais la participation ou plutôt la présence ambiguë de l’Iran a transformé cet entraînement en casse-tête diplomatique. Des images ont montré un navire iranien en mer alors que Pretoria annonçait officiellement que l’Iran ne serait qu’observateur. L’armée sud-africaine a même supprimé sa propre publication confirmant sa présence, semant le doute sur les intentions réelles de chacun.
Ce flou n’est pas qu’un problème de communication, il reflète les difficultés de l’Afrique du Sud à concilier ambitions régionales, alliances internationales et relations commerciales avec les États-Unis. Entre l’affirmation de sa puissance au sein des BRICS+ et la nécessité de ne pas froisser Washington, Pretoria se retrouve dans une zone grise stratégique, où chaque geste militaire a une portée politique et diplomatique.
La participation iranienne : ambiguïtés et implications géopolitiques
Pour la première fois, l’Iran était invité à Mosi-3. Les sources officielles sud-africaines ont d’abord précisé qu’il ne serait qu’observateur, mais les images et témoignages montrent un navire iranien actif, confirmant que le pays a pris part aux manœuvres. Selon Darren Olivier, spécialiste de défense, cette confusion pourrait révéler un désaccord interne à Pretoria, une divergence avec Pékin, ou encore une interprétation autonome des consignes par le commandement sud-africain.
L’incertitude autour de la participation iranienne invite à réfléchir sur comment l’Afrique du Sud peut-elle afficher sa neutralité tout en participant à des exercices dirigés par des puissances dont certaines sont en confrontation avec Washington ? Alors que l’Inde et le Brésil adoptent une posture prudente au sein des BRICS+, Pretoria semble hésiter entre hard power et diplomatie prudente, risquant de brouiller son image sur la scène internationale.
Les enjeux régionaux et globaux d’un exercice ambigu
Au-delà de l’Iran, Mosi-3 révèle les tensions croissantes autour de la mer et des routes commerciales stratégiques de l’Afrique australe. La présence de la Chine, de la Russie et d’autres puissances met l’Afrique du Sud face à un dilemme : affirmer son rôle régional ou rester sous la surveillance internationale. Les observateurs craignent que ce flou ne donne des signaux contradictoires aux partenaires et adversaires, rendant Pretoria vulnérable à des pressions diplomatiques ou économiques.
Cet exercice illustre également un phénomène plus large. Dans un monde globalisé, la diplomatie et la sécurité sont de plus en plus liées. Chaque manœuvre militaire devient un instrument de négociation politique, et un faux pas peut coûter cher, non seulement en termes de réputation, mais aussi pour l’économie nationale et les relations internationales.
Mosi-3 est plus qu’un exercice naval. C’est un miroir des contradictions de l’Afrique du Sud, entre ambitions régionales et dépendances internationales. La confusion autour de l’Iran révèle que la diplomatie sud-africaine navigue dans des eaux troubles, où chaque décision militaire peut avoir des conséquences politiques et économiques majeures.
Si Pretoria ne clarifie pas rapidement ses intentions, elle risque non seulement de perdre en crédibilité, mais aussi de voir ses choix militaires utilisés comme levier par d’autres puissances. Mosi-3 rappelle ainsi que dans le monde d’aujourd’hui, la mer n’est pas seulement un espace stratégique, c’est aussi un miroir des limites et des contradictions d’un État en quête de puissance et de respect sur la scène mondiale.

