Malgré le rejet de l’Union africaine et le désaveu cinglant de Dakar, l’ancien président sénégalais maintient sa candidature pour succéder à António Guterres. Un pari risqué qui révèle les fractures de la diplomatie sénégalaise.
Jamais une candidature africaine pour le sommet des Nations unies n’aura paru aussi paradoxale. Macky Sall, l’homme qui a dirigé le Sénégal pendant douze ans et présidé l’Union africaine en 2022, se retrouve aujourd’hui dans une posture de paria diplomatique. En maintenant sa candidature après le « non » de l’UA le 27 mars dernier, il tente un coup de force qui, de l’avis de nombreux observateurs, ressemble à une impasse.
Le divorce consommé avec Dakar
Le coup le plus dur est venu de son propre pays. Dans une note verbale transmise à Addis-Abeba, la mission permanente du Sénégal a été on ne peut plus claire : le gouvernement n’est « à aucun stade impliqué » dans cette démarche. Pour les nouvelles autorités sénégalaises, soutenir Macky Sall serait perçu comme une caution à une fin de règne marquée par une vive contestation sociale et des chiffres économiques aujourd’hui remis en cause par les audits du FMI.
Faute de soutien à domicile, Macky Sall a trouvé refuge auprès du président burundais Évariste Ndayishimiye. Si cette alliance a permis de déposer officiellement le dossier, elle n’a pas suffi à convaincre le continent. Pour une source diplomatique européenne, « une illusion ne suffit pas à convaincre les grandes puissances ». La tradition onusienne veut que le candidat soit d’abord le porte-drapeau de sa région ; or, le bloc africain est aujourd’hui fragmenté par cette candidature jugée « clivante » par une vingtaine d’États.
Quelles sont ses chances d’élection ?
Bien que Macky Sall maintienne sa candidature, ses chances de l’emporter en décembre 2026 sont jugées très faibles. Sans le soutien de son État national et sans l’appui du bloc de l’UA, il apparaît comme un candidat isolé face à des rivaux qui bénéficient du plein soutien de leurs gouvernements respectifs, tels que l’Argentin Rafael Grossi ou la Costaricienne Rebeca Grynspan. De plus, l’élection nécessite le soutien d’au moins neuf membres du Conseil de sécurité, sans veto des membres permanents. Son image internationale est ternie par les critiques sur sa gouvernance et les dossiers judiciaires en cours au Sénégal, ce qui pourrait freiner les grandes puissances soucieuses de la stabilité du candidat.
À New York, le processus de sélection, qui débutera réellement à l’automne 2026, s’annonce ardu. Face à des technocrates et des diplomates chevronnés comme Rafael Grossi (AIEA), Macky Sall devra justifier son absence d’assise nationale. Dans les couloirs du Conseil de sécurité, où se joue le véritable scrutin, le manque de « solidarité africaine » autour de son nom est un signal de faiblesse que les membres permanents ne manqueront pas de noter.
Macky Sall joue son va-tout international, mais sans le sceau de l’UA et sans le drapeau sénégalais, le chemin vers le 38e étage du bâtiment de verre de l’ONU semble désormais plus étroit que jamais.

