À Lomé, la coopération entre le Togo et le Système des Nations unies change de braquet. Plus stratégique, plus alignée sur les priorités nationales, elle se veut désormais un levier direct de transformation publique. Un partenariat repensé à l’aune de la 5ᵉ République et de l’exigence de résultats.
À Lomé, la dernière session du Comité de pilotage du Cadre de coopération 2023-2026 entre le Togo et le Système des Nations unies n’avait rien d’un simple rendez-vous technique. Elle s’est inscrite dans une séquence politique plus large, celle de la consolidation d’un partenariat multilatéral que les autorités togolaises veulent désormais plus stratégique, mieux aligné et résolument orienté vers l’impact.
Représentant le Président du Conseil, Faure Essozimna Gnassingbé, la ministre secrétaire générale de la Présidence du Conseil, Sandra Ablamba Johnson, a donné le ton. Face à la coordonnatrice résidente et aux chefs d’agences du Nations unies, le message a été clair : le Togo entend faire du Cadre de coopération un instrument opérationnel au service de ses priorités nationales, et non un empilement de projets parallèles.
Un partenariat réarticulé autour des priorités nationales

Signé en février 2023, le Cadre de coopération 2023-2026 s’inscrit dans le prolongement de la feuille de route gouvernementale 2020-2025. Croissance inclusive, développement du capital humain, gouvernance et cohésion sociale : les trois piliers retenus par les Nations unies correspondent aux axes structurants de l’action publique togolaise.
Au sein de l’exécutif, un mot revient avec insistance : alignement. Depuis la réforme institutionnelle ayant conduit à la mise en place de la 5ᵉ République, les autorités cherchent à clarifier les responsabilités, rationaliser les politiques publiques et renforcer la cohérence de l’action de l’État. À Lomé, cette nouvelle architecture est perçue comme un signal de stabilité et de lisibilité adressé aux partenaires internationaux.
Le discours prononcé lors de la session de pilotage l’a rappelé sans ambiguïté : la coopération doit être axée sur les besoins réels du pays, fondée sur des partenariats transformationnels et orientée vers des résultats mesurables. Une rhétorique en phase avec l’Agenda 2030, mais qui s’inscrit aussi, côté togolais, dans une volonté assumée de montée en gamme institutionnelle.
Des résultats chiffrés, un cap maintenu

Les données présentées traduisent l’ampleur des interventions conjointes : des milliers de femmes soutenues via des mécanismes d’épargne et de crédit, plus de cent mille petits producteurs accompagnés, des emplois ruraux créés, des hectares d’aires protégées placés sous gestion durable, des infrastructures scolaires et hydrauliques renforcées, ainsi que des milliers de femmes victimes de violences prises en charge.
Dans un contexte régional marqué par l’insécurité et la pression climatique, ces résultats sont mis en avant comme la preuve d’une coopération opérationnelle et utile. Mais au-delà des réalisations sectorielles, l’enjeu est plus structurel : il s’agit de consolider une trajectoire de transformation durable.
Le Togo évolue, en effet, dans un environnement contraint. Rareté des ressources, exigences de consolidation budgétaire soutenues par les partenaires financiers, tensions géopolitiques : la marge de manœuvre reste étroite. D’où l’accent mis, lors des travaux, sur l’amélioration de la qualité de la dépense publique et sur le renforcement des mécanismes de suivi-évaluation.
La 5ᵉ République comme cadre politique de référence

Dans ses récentes interventions devant la représentation nationale et la Nation, le Président du Conseil a fixé trois verbes d’action : protéger, rassembler, transformer. Ces orientations irriguent désormais le discours gouvernemental et structurent l’articulation avec les partenaires techniques et financiers.
Protéger, en combinant sécurité et filets sociaux. Rassembler, à travers la décentralisation et la promotion de l’équité territoriale. Transformer, enfin, en misant sur les infrastructures, l’agriculture, la logistique et l’industrie verte. Pour les Nations unies, ce cadre offre un point d’ancrage clair. Pour l’exécutif togolais, il s’agit d’inscrire la coopération multilatérale dans la logique d’une « République de résultats », désormais centrale dans la communication institutionnelle.
La retraite organisée en marge de la session de pilotage a permis d’aller au-delà du bilan. Micro-évaluation des impacts, ajustements stratégiques, validation du plan de travail annuel 2026, l’objectif affiché est de renforcer l’efficacité collective. Le gouvernement plaide pour une meilleure mobilisation des ressources et évoque la création d’un fonds fiduciaire multipartenaire – un basket fund – afin de rationaliser les financements et maximiser l’effet de levier.
Le message adressé aux agences est explicite : dans un contexte de contraintes budgétaires globales, chaque intervention devra démontrer son impact concret sur la vie des populations.
À l’heure où de nombreux pays africains redéfinissent leurs relations avec les partenaires internationaux, le Togo mise sur la continuité et la stabilité. La coopération avec le Système des Nations unies apparaît ainsi comme un baromètre de la capacité de l’État togolais à planifier, coordonner et exécuter dans un cadre institutionnel consolidé.
À Lomé, le signal est limpide. La 5ᵉ République ne se veut pas seulement un changement d’architecture politique. Elle ambitionne d’être un outil d’efficacité publique. Et dans cette dynamique de transformation nationale, les Nations unies demeurent un partenaire central.

