Depuis le 11 mai, le Burkina Faso est en proie à une nouvelle vague d’attaques jihadistes d’une intensité inquiétante. En l’espace de quelques jours, plusieurs localités, dont Diapaga à l’est du pays, sont tombées entre les mains des groupes terroristes, mettant à mal la stratégie sécuritaire de l’armée burkinabè et de ses supplétifs. Ces revers militaires surviennent dans un contexte diplomatique chargé, alors que le président Ibrahim Traoré vient tout juste de rentrer de Moscou, où il a livré des orientations à ses homologues de l’Alliance des États du Sahel (AES).
Le contraste est saisissant. Alors que le président burkinabè affichait des ambitions tactiques à l’international pour accélérer la reconquête territoriale au sein de l’AES, le terrain offre une réalité plus sombre. Le recul de l’armée à Djibo, Sollé ou encore Sangha, et désormais la perte de Diapaga, confirment une dégradation de la situation sécuritaire sur plusieurs fronts.
Des localités qui tombent après les attaques
La chute de Diapaga, commune frontalière du Bénin et du Niger, revêt une dimension hautement stratégique. Déjà frappée fin mars par une attaque sanglante ayant coûté la vie à une cinquantaine de soldats et de VDP, la ville est de nouveau prise d’assaut. Les relais téléphoniques ont été mis hors d’usage, les commerces pillés, et les forces loyalistes mises en déroute. En moins de deux mois, Diapaga a basculé deux fois sous le feu des attaques des groupes armés, illustrant l’incapacité de l’État à reprendre et surtout à maintenir le contrôle de zones-clés.
Dissolution des partis politiques au Mali : le pouvoir en quête d’hégémonie totale ?
Ce scénario se répète à Djibo, bastion longtemps défendu, aujourd’hui abandonné face à la poussée jihadiste. À Sollé, dans la région du Nord, plusieurs chefs de détachements ont péri dans des attaques coordonnées. Au sud, la commune de Sangha n’a pas été épargnée. Ces pertes territoriales traduisent une fragmentation de l’appareil sécuritaire et une érosion du moral des troupes, qui rendent plus difficile toute forme de projection militaire durable.
Lire Aussi : Burkina Faso : La junte déjoue une nouvelle tentative de déstabilisation
Un décalage grandissant
Le récent voyage d’Ibrahim Traoré à Moscou s’inscrivait dans une logique de coopération militaire renforcée entre les membres de l’AES. À travers ses échanges avec les ministres de la Défense, le chef de l’État burkinabè a proposé des orientations « pour accélérer la reconquête ». Pourtant, ces conseils, censés générer des résultats tactiques immédiats, sont rendus caducs par la série de défaites sur le terrain.
Ce décalage entre discours et réalité suite aux attaques fait réfléchir sur l’efficacité des stratégies communes au sein de l’AES. L’alliance semble peiner à imposer une coordination opérationnelle tangible. Pire, ces revers offrent une vitrine médiatique aux groupes armés qui, par leur puissance de frappe renouvelée, envoient un message clair : l’État burkinabè et ses alliés restent vulnérables.
Arrestation d’Ibrahim Courmo : L’empire Orano vacille au Niger
Face à cette intensification des attaques, la perspective d’une stabilisation du Burkina Faso s’éloigne. Les groupes jihadistes ne se contentent plus de frapper, ils occupent désormais. En ciblant des zones névralgiques et symboliques, ils affaiblissent l’appareil d’État et installent leur domination psychologique. À l’inverse, les réponses du pouvoir burkinabè apparaissent dispersées, défensives et parfois déconnectées des urgences locales. Si l’AES veut inverser la tendance, elle devra rapidement passer de la parole aux actes, en repensant la coordination militaire, en consolidant les positions acquises, mais surtout en regagnant la confiance des populations. Car au-delà des territoires, c’est la légitimité même des régimes militaires sahéliens qui se joue.
Tony A.

