L’éboulement survenu mardi 18 août sur le site aurifère de Zamboï, à la frontière entre la République centrafricaine et le Cameroun, a provoqué un nouveau choc dans une région où l’exploitation artisanale de l’or fait vivre des milliers de personnes. Le gouvernement centrafricain fait état d’au moins 49 morts, tandis que des témoins et des proches évoquent un bilan qui pourrait dépasser la centaine de victimes. Les recherches et la prise en charge des blessés se poursuivent.
Au-delà du bilan encore incertain, le drame met surtout en lumière les risques auxquels sont exposés les orpailleurs dans cette zone frontalière et les difficultés des États à encadrer efficacement une activité largement informelle.
Un drame qui dépasse les frontières
Zamboï est un espace de circulation ancienne entre Centrafricains et Camerounais. La proximité géographique et les activités minières ont favorisé les échanges entre les populations des deux côtés de la frontière. Le site aurifère attirait ainsi des ressortissants des deux pays, mais aussi des travailleurs venus d’autres États de la région.
Cette dimension transfrontalière explique également la complexité de l’intervention après l’éboulement. Des Camerounais figurent parmi les victimes, tandis que des blessés ont été évacués vers des structures sanitaires de Baboua.
L’accident révèle donc une réalité souvent sous-estimée; dans les zones frontalières, les activités économiques ignorent parfois les limites administratives. Or les mécanismes de contrôle, de secours et de prise en charge restent principalement organisés à l’échelle nationale.
L’exploitation artisanale face au manque de sécurité
La principale leçon du drame de Zamboï concerne toutefois la sécurité. Dans les exploitations artisanales, les mineurs travaillent souvent dans des conditions précaires, avec des moyens limités et sans équipements adaptés.
L’effondrement de galeries souterraines ou de pans de terrain peut rapidement provoquer des dizaines de victimes. Le caractère artisanal des exploitations rend également les opérations de secours particulièrement difficiles.
Le problème n’est pas nouveau. D’autres accidents meurtriers ont récemment frappé des sites aurifères centrafricains, notamment dans la région de Nana-Mambéré. La répétition de ces drames montre qu’il ne s’agit plus d’accidents isolés, mais d’un problème structurel.
La fermeture provisoire du site de Zamboï constitue une première mesure, mais elle ne pourra être durablement efficace que si elle s’accompagne d’un contrôle réel des exploitations, de normes de sécurité et d’un accompagnement des travailleurs artisanaux.
Une activité économique difficile à contrôler
L’or représente une source importante de revenus pour de nombreuses familles en Centrafrique comme au Cameroun. Dans des régions où les possibilités d’emploi sont limitées, l’exploitation artisanale apparaît souvent comme l’une des rares activités permettant de générer rapidement des revenus.
C’est précisément ce qui rend le phénomène difficile à combattre. Une interdiction brutale risque de pousser les mineurs vers d’autres sites clandestins, sans régler le problème de fond.
L’enjeu pour les autorités est donc de trouver un équilibre entre réglementation et accompagnement. Formaliser les exploitations, identifier les sites autorisés, renforcer les contrôles techniques et imposer des règles de sécurité pourraient permettre de réduire les risques sans priver brutalement les populations de leur principale source de revenus.
Le drame de Zamboï pose également la question de la coopération entre la Centrafrique et le Cameroun. Une meilleure coordination dans les zones frontalières permettrait notamment d’améliorer les contrôles, les secours et l’identification des victimes.
Au-delà des chiffres, encore appelés à évoluer, Zamboï rappelle ainsi le coût humain d’une économie minière insuffisamment encadrée. Tant que l’or restera exploité dans des conditions précaires, chaque nouveau site ouvert pourra devenir le théâtre d’un drame similaire. L’enjeu n’est donc pas seulement de fermer une mine après une catastrophe. Il est de prévenir la prochaine.

