Le retour de l’ancien président sénégalais Macky Sall à Dakar, quelques jours après l’annonce de sa candidature au poste de secrétaire général des Nations unies (ONU), a rapidement pris une dimension politique. Officiellement, cette visite avait pour principal objectif une rencontre avec le président Bassirou Diomaye Faye. Mais elle intervient dans un contexte où l’ancien chef de l’État reste au cœur des débats sur les violences politiques qui ont marqué le Sénégal entre 2021 et 2024. Alors que les familles des victimes réclament toujours vérité et justice, son ambition d’accéder à la tête de l’ONU relance les interrogations sur son bilan et sur les implications de ce retour au pays.
Une visite qui ravive les blessures des années de crise
À peine revenu à Dakar, Macky Sall s’est retrouvé confronté à une contestation portée par plusieurs collectifs représentant les familles des victimes des manifestations survenues sous son régime. Ces mobilisations rappellent l’une des périodes les plus tendues de l’histoire politique récente du Sénégal.
Entre 2021 et 2024, le pays a connu une succession de manifestations liées notamment aux poursuites judiciaires visant l’opposant Ousmane Sonko, aux reports électoraux et aux tensions entre le pouvoir et l’opposition. Les affrontements entre manifestants et forces de sécurité ont causé plusieurs dizaines de morts, des centaines de blessés et de nombreuses arrestations, selon des organisations nationales et internationales de défense des droits humains.
Pour les familles des victimes, la candidature de Macky Sall à la tête des Nations unies ne peut être dissociée de cette période. Elles estiment que les responsabilités concernant ces violences doivent être établies avant que l’ancien président ne puisse prétendre à une fonction incarnant les valeurs de paix, de justice et de défense des droits humains.
Cette réaction montre que, malgré l’alternance politique intervenue en 2024, les blessures restent ouvertes. Le retour de l’ancien chef de l’État a ainsi ravivé un débat qui dépasse sa personne et touche à la question plus large de la justice transitionnelle et de la réconciliation nationale.
Pourquoi Macky Sall est-il revenu à Dakar ?
Au-delà de la polémique, cette visite répond à plusieurs objectifs politiques et diplomatiques.
Le premier est institutionnel. Dans les démocraties, les échanges entre anciens chefs d’État et présidents en exercice participent au fonctionnement normal des institutions. En rencontrant Bassirou Diomaye Faye, Macky Sall envoie le signal d’une continuité de l’État malgré l’alternance politique. Pour le nouveau pouvoir, recevoir son prédécesseur permet également d’afficher une image de stabilité institutionnelle dans un contexte régional marqué par des crises politiques et des transitions militaires.
Le deuxième enjeu est directement lié à sa candidature au poste de secrétaire général de l’ONU. Même si le futur titulaire de cette fonction est désigné par les États membres des Nations unies, sur recommandation du Conseil de sécurité, le soutien du pays d’origine demeure un élément important de crédibilité diplomatique. Une candidature qui ne bénéficierait pas de l’appui des autorités nationales partirait avec un handicap important.
La rencontre avec le président Diomaye Faye peut donc être interprétée comme une démarche visant à préserver une position commune du Sénégal sur la scène internationale. Elle permet également de montrer aux partenaires étrangers que les institutions sénégalaises restent capables de dialoguer malgré les divergences politiques.
Enfin, cette visite intervient dans un contexte où Macky Sall vit principalement à l’étranger depuis son départ du pouvoir. Son retour à Dakar constitue ainsi un geste symbolique destiné à réaffirmer son ancrage national au moment où il cherche à convaincre la communauté internationale de soutenir sa candidature.
Une candidature internationale confrontée aux réalités politiques
L’ambition de Macky Sall de diriger les Nations unies ouvre désormais une nouvelle séquence diplomatique. Son expérience à la tête du Sénégal, son implication dans plusieurs médiations africaines et son réseau international constituent des atouts que mettent en avant ses partisans.
Cependant, la course au secrétariat général de l’ONU ne repose pas uniquement sur le parcours politique des candidats. Leur réputation internationale, leur capacité à rassembler et leur image en matière de gouvernance jouent également un rôle déterminant. Les critiques exprimées par les familles des victimes et par certaines organisations de défense des droits humains pourraient ainsi alimenter les débats autour de sa candidature, même si la décision finale dépendra avant tout des équilibres géopolitiques entre les membres permanents du Conseil de sécurité.
Pour les autorités sénégalaises, cette situation appelle également un exercice d’équilibre. Le gouvernement de Bassirou Diomaye Faye doit concilier plusieurs impératifs; respecter le statut d’ancien chef de l’État de Macky Sall, poursuivre les engagements pris en faveur de la manifestation de la vérité sur les violences politiques et défendre les intérêts diplomatiques du Sénégal.
Ainsi, le retour de Macky Sall à Dakar dépasse largement le cadre d’une simple visite de courtoisie. Il s’inscrit dans une stratégie diplomatique liée à sa candidature à la tête des Nations unies, tout en rappelant que les séquelles des crises politiques récentes continuent de peser sur la vie publique sénégalaise. Les prochaines semaines permettront de mesurer si cette visite contribuera à apaiser les tensions ou si elle renforcera davantage les controverses autour de l’ancien président dans sa quête d’une reconnaissance internationale.

