La campagne électorale pour l’élection présidentielle du 19 juillet à São Tomé-et-Príncipe s’achève ce vendredi, laissant place à une journée de silence électoral avant le scrutin de dimanche. Initialement, cinq candidatures avaient été validées par le Tribunal constitutionnel, mais la course se jouera finalement entre quatre candidats après le retrait de l’ancien Premier ministre Jorge Bom Jesus.
Son désistement étant intervenu hors du délai légal, son nom figurera néanmoins sur les bulletins de vote.
Quelque 142 191 électeurs, dont plus de 20 000 membres de la diaspora, sont appelés à désigner le prochain chef de l’État. Le scrutin sera observé par plusieurs missions internationales, notamment de l’Union africaine, de l’Union européenne et de la Communauté des pays de langue portugaise (CPLP), dans un pays souvent cité comme l’une des démocraties les plus stables d’Afrique centrale.
São Tomé-et-Príncipe, un scrutin dominé par un duel entre continuité et alternance
Dans les faits, la présidentielle oppose principalement le président sortant Carlos Vila Nova au député Nito D’Abreu, candidat de l’Alternative démocratique indépendante (ADI). Les deux hommes ont largement occupé l’espace politique au cours de la campagne, reléguant les deux autres candidats, les juristes Eugénio Tiny et Miques João Bonfim, à un rôle plus discret.
Le retrait de Jorge Bom Jesus constitue l’un des principaux faits marquants de cette campagne.
Ancien Premier ministre et figure politique de premier plan, il pouvait prétendre à un important réservoir de voix. Son départ rebat les cartes sans toutefois modifier officiellement la liste des candidats, son nom restant inscrit sur les bulletins de vote conformément à la législation électorale.
Pour Carlos Vila Nova, cette élection représente l’occasion d’obtenir un second mandat et de poursuivre les orientations engagées depuis son arrivée au pouvoir. À l’inverse, ses adversaires plaident pour une nouvelle dynamique politique, mettant en avant la nécessité d’accélérer les réformes économiques et de répondre davantage aux attentes sociales de la population.
Des enjeux économiques, sociaux et institutionnels majeurs
Au-delà de la personnalité du futur président, cette élection est déterminante pour l’avenir de São Tomé-et-Príncipe. L’archipel fait face à une conjoncture économique difficile, marquée par une forte dépendance à l’aide extérieure, une inflation qui pèse sur le pouvoir d’achat et un chômage touchant particulièrement les jeunes.
Le prochain chef de l’État devra contribuer à renforcer la stabilité politique afin de favoriser les investissements et d’améliorer le climat des affaires.
Même si la Constitution confère l’essentiel du pouvoir exécutif au gouvernement, le président joue un rôle central dans la préservation des institutions, la médiation politique et la représentation du pays sur la scène internationale.
Les ressources pétrolières offshore constituent également un enjeu stratégique. Depuis plusieurs années, São Tomé-et-Príncipe nourrit l’espoir de développer une industrie pétrolière capable de transformer son économie.
Toutefois, aucune exploitation commerciale n’a encore vu le jour. Le futur président devra donc maintenir la confiance des partenaires internationaux tout en poursuivant la diversification de l’économie autour du tourisme, de l’agriculture, de la pêche et de l’économie bleue.
La lutte contre la pauvreté, le renforcement des services publics, l’accès à l’emploi des jeunes, l’amélioration du système éducatif et de santé figurent également parmi les attentes exprimées par la population durant la campagne.
Une élection déterminante pour la stabilité du pays
Au-delà de son résultat, cette présidentielle constitue un test pour la démocratie santoméenne. Depuis l’instauration du multipartisme en 1990, São Tomé-et-Príncipe s’est distingué par des alternances pacifiques et des élections généralement reconnues comme libres et transparentes. Les missions internationales d’observation auront pour mission d’accompagner le processus et de garantir sa crédibilité.
Le scrutin ouvre également un cycle électoral important puisque les élections législatives, locales et régionales sont prévues le 27 septembre prochain. Le choix des électeurs influencera ainsi les rapports de force politiques dans les mois à venir et pourrait redéfinir les équilibres institutionnels.
Dans un contexte régional marqué par des crises politiques et sécuritaires en Afrique centrale et en Afrique de l’Ouest, la capacité de São Tomé-et-Príncipe à organiser une élection apaisée revêt une portée symbolique. Pour les partenaires internationaux comme pour les investisseurs, la stabilité politique demeure un atout essentiel pour accompagner le développement de ce petit État insulaire.
Ainsi, le scrutin du 19 juillet dépasse largement le simple renouvellement de la magistrature suprême. Il déterminera les orientations politiques des prochaines années, la capacité du pays à relever ses défis économiques et sociaux, ainsi que sa faculté à préserver l’image d’une démocratie stable dans une région en quête de stabilité.

