La fièvre électorale s’installe progressivement au Cameroun à l’approche de l’élection présidentielle d’octobre 2025. La phase de dépôt des candidatures, clôturée ce lundi, a révélé une effervescence politique sans précédent : près de 80 dossiers ont été enregistrés par ELECAM, l’organe en charge des élections. Un record dans l’histoire électorale du pays, qui incite à la fois curiosité et questionnements.
Cette pluralité de candidatures intervient dans un contexte politique marqué par l’incertitude, mais aussi une volonté croissante de renouvellement. Si les ténors de l’arène politique comme Paul Biya, Maurice Kamto ou encore Joshua Osih restent dans la course, l’émergence de figures nouvelles, y compris des femmes, constitue un signal fort : le peuple camerounais semble vouloir plus qu’un simple scrutin. Il aspire à un véritable débat démocratique.
Un record de candidatures révélateur d’un malaise politique profond
Avec 92 ans au compteur et 43 années de règne, Paul Biya, président sortant et chef du RDPC, vise un huitième mandat. Cette longévité au pouvoir continue de polariser le débat politique national. Pour certains, sa candidature est perçue comme un déni de renouvellement générationnel ; pour d’autres, elle symbolise la stabilité. Quoi qu’il en soit, le nombre record de candidats peut être interprété comme un acte de protestation symbolique contre un régime jugé figé.
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En effet, cette explosion de candidatures pourrait aussi traduire un désenchantement vis-à-vis des figures traditionnelles de l’opposition. Entre un Maurice Kamto affaibli par les divisions internes de son parti et un Joshua Osih encore en quête d’une base électorale solide, les électeurs semblent chercher ailleurs. Les candidatures indépendantes et issues de la société civile pourraient ainsi incarner un rejet du statu quo, même si leur faible structuration laisse planer le doute sur leur impact réel dans les urnes.
Par ailleurs, la participation des femmes à ce scrutin, bien que minoritaire, envoie un signal d’ouverture vers une représentativité plus inclusive. Dans une scène politique historiquement dominée par les hommes, ces candidatures féminines posent les jalons d’un changement culturel progressif mais nécessaire.
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Un enjeu démocratique entre ouverture et confusion
À première vue, cette diversité de candidatures pourrait être saluée comme un signe de vitalité démocratique. Mais en y regardant de plus près, elle laisse entrevoir aussi un risque de dilution du vote et d’éparpillement des voix de l’opposition. Cette fragmentation pourrait paradoxalement renforcer la position du président sortant, favori d’un appareil politique structuré et omniprésent.
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Autre point d’interrogation : la capacité réelle de la Cour constitutionnelle à évaluer avec rigueur la validité de tous ces dossiers dans un délai aussi court. Avec une dizaine de jours pour trancher, les juges devront non seulement s’assurer du respect des conditions légales, mais aussi affronter la pression politique qui entoure certains noms. Le risque de partialité dans le processus de validation est donc un enjeu critique à surveiller. Enfin, cette présidentielle se déroule dans un climat sociopolitique tendu, marqué par des conflits régionaux persistants, notamment dans les zones anglophones. Dans ce contexte, la légitimité du scrutin dépendra autant de la transparence du processus que de sa capacité à inclure toutes les composantes de la société camerounaise.
Le dépôt de 80 candidatures à la présidentielle camerounaise n’est pas un simple chiffre impressionnant ; il révèle une société en pleine effervescence politique, tiraillée entre l’appel au changement et les pesanteurs d’un système verrouillé. Ce record, s’il marque une ouverture sans précédent, appelle aussi à une vigilance accrue sur la qualité du débat électoral à venir. Dans les jours qui viennent, la sélection des candidatures par la Cour constitutionnelle sera la première épreuve de transparence d’un scrutin aux enjeux colossaux pour l’avenir démocratique du Cameroun.
Tony A.

