Après plusieurs jours d’un silence qui alimentait toutes les spéculations, le colonel Assimi Goïta a repris l’initiative. Entre discours à la nation, diplomatie militaire avec Moscou et visites de terrain, le chef de la junte tente de reprendre la main sur le récit d’une crise qu’il qualifie lui-même d’« extrême gravité ».
Le message principal du colonel Assimi Goïta est clair : il s’agit d’opposer la résilience nationale à la déstabilisation. En s’adressant aux Maliens sur les antennes de l’ORTM, il a cherché à transformer un choc sécuritaire en un levier de cohésion. Pour rassurer la nation, le chef de l’État a martelé que le « plan funeste » visant à ébranler les institutions avait échoué grâce à la neutralisation d’un grand nombre d’assaillants.
Son discours a mis l’accent sur le refus de la panique, rappelant que le Mali a avant tout besoin de lucidité au moment où la guerre se joue aussi sur le terrain de l’opinion. Il a ainsi exhorté les citoyens à un « sursaut national » et à faire bloc contre les tentatives de division et de fracture, désignant l’unité comme le rempart ultime contre l’ennemi.
L’axe Bamako-Moscou : une coopération réaffirmée en plein doute
L’autre temps fort de cette réapparition est l’audience accordée à l’ambassadeur de Russie au Mali. Alors que des rumeurs persistantes faisaient état d’un retrait des forces russes d’Africa Corps de certaines zones stratégiques comme Kidal, cet entretien visait à lever toute ambiguïté.
De cet échange, il ressort une volonté de continuité puisque Moscou a réitéré son engagement indéfectible dans la lutte antiterroriste aux côtés des FAMa. Cette rencontre a également servi de clarification opérationnelle face aux bruits de bottes du Front de Libération de l’Azawad (FLA) dans le Nord, confirmant que le partenariat militaire avec la Russie demeure la colonne vertébrale de la stratégie de défense malienne.
Quel plan pour la sécurité au Mali?
Si le colonel Goïta n’a pas dévoilé de nouvelle feuille de route technique pour des raisons évidentes de secret défense, sa stratégie s’articule désormais autour de trois axes prioritaires. Le premier concerne le contrôle territorial strict, afin de réaffirmer la présence de l’État là où elle est contestée, notamment dans les verrous symboliques.
Parallèlement, le président mise sur une présence humanitaire accrue ; en se rendant au chevet des blessés, il a voulu incarner un chef de guerre proche de ses troupes, humanisant la réponse sécuritaire pour maintenir le moral des forces. Enfin, le plan repose sur une vigilance intérieure accrue, où le chef de la junte semble compter sur la population pour être les « yeux et les oreilles » de l’armée afin de prévenir toute nouvelle attaque coordonnée.
L’enjeu de Kidal : le symbole en sursis
Malgré les assurances présidentielles, l’ombre du FLA plane sur le Septentrion. Le retrait présumé des partenaires russes de Kidal, cité reprise en grande pompe en novembre 2023, constitue le défi majeur des prochains jours. Pour Assimi Goïta, prouver que la situation est réellement maîtrisée passera nécessairement par la démonstration que l’armée malienne peut tenir ses positions les plus isolées et protéger l’intégrité du territoire sans reculer face aux groupes rebelles.

