L’annonce est passée presque inaperçue dans l’euphorie de la finale de la Coupe d’Afrique des Nations, ce dimanche 18 janvier. Pourtant, elle marque un tournant majeur dans l’histoire du football africain. Patrice Motsepe, président de la Confédération africaine de football (CAF), a acté la fin du Championnat d’Afrique des Nations (CHAN), une compétition réservée aux joueurs évoluant dans les championnats locaux. Une décision lourde de sens, présentée sans détour. Le CHAN serait devenu un « gouffre financier spectaculaire ».
Créé en 2009 pour valoriser les talents locaux et renforcer les ligues nationales, le CHAN devait être une vitrine du football africain « de l’intérieur ». Seize ans plus tard, la CAF estime que le modèle a atteint ses limites. À la place, une Ligue des Nations africaine, inspirée du format européen, est annoncée pour 2029. Derrière cette réforme, une question centrale se pose : le football africain gagne-t-il en ambition ce qu’il risque de perdre en ancrage local ?
Le CHAN, une belle idée rattrapée par la réalité économique

À sa création, le CHAN portait une promesse forte. Celle de donner de la visibilité aux joueurs restés sur le continent, souvent éclipsés par les stars évoluant en Europe. Pendant plusieurs éditions, le tournoi a tenu ce rôle. Des joueurs comme Lamine Camara ou Ayoub El Kaabi s’y sont révélés avant de s’imposer au plus haut niveau. Pour les fédérations, c’était aussi un moyen de valoriser leurs championnats nationaux.
Mais sur le plan financier, la compétition n’a jamais trouvé son équilibre. Faible attractivité commerciale, audiences limitées, coûts d’organisation élevés, infrastructures parfois insuffisantes : le CHAN a souvent reposé sur des subventions plus que sur un modèle économique viable. Pour la CAF, maintenir une compétition déficitaire devenait difficilement justifiable dans un calendrier déjà saturé.
La décision de Patrice Motsepe s’inscrit ainsi dans une logique de rationalisation. Moins de compétitions, mais des tournois plus lisibles, plus compétitifs et plus attractifs à l’échelle mondiale. Une vision assumée, mais qui laisse sur le bord de la route une partie du football africain.
Ligue des Nations : modernisation ou recentralisation du pouvoir ?

Avec la future Ligue des Nations africaine, la CAF promet une compétition « de classe mondiale ». Inspirée du modèle européen, elle vise à offrir des rencontres plus régulières, mieux organisées et commercialement plus attractives. L’objectif est clair. Il s’agira de renforcer la compétitivité des sélections africaines, structurer le calendrier et générer davantage de revenus.
Cependant, cette réforme pose une question essentielle : quelle place pour les joueurs locaux ? Contrairement au CHAN, la Ligue des Nations ne leur est pas spécifiquement dédiée. Elle risque donc de renforcer encore la domination des joueurs évoluant à l’étranger, déjà omniprésents dans les sélections nationales. Pour les championnats locaux, la vitrine disparaît sans garantie de remplacement.
En filigrane, c’est aussi le rapport entre élite et base qui se redessine. En voulant aligner le football africain sur les standards mondiaux, la CAF prend le risque d’accentuer le fossé entre les grandes sélections structurées et les pays dont les ligues nationales restent fragiles. Le progrès, ici, n’est pas automatiquement synonyme d’inclusion.
La fin du CHAN n’est pas seulement la suppression d’une compétition : c’est un choix de modèle. Celui d’un football africain plus concentré, plus rentable, plus internationalisé. Mais aussi potentiellement plus éloigné de ses racines locales. Reste une question simple, mais fondamentale : à quoi sert un football africain moderne s’il ne fait plus rêver ceux qui jouent et grandissent sur le continent ? En voulant gagner la bataille de l’efficacité, la CAF devra veiller à ne pas perdre celle du sens.

