Après 74 jours passés hors du Cameroun, Paul Biya a regagné Yaoundé jeudi, en provenance de Genève. À 93 ans, le président camerounais met fin à une longue absence qui avait alimenté de nombreuses spéculations sur son état de santé. Mais son retour ne dissipe pas toutes les interrogations autour de l’exercice du pouvoir et de la succession à la tête du pays.
Une absence qui a nourri les rumeurs
Paul Biya avait quitté le Cameroun le 7 juin pour un séjour privé en Europe. Ce qui devait être une absence de courte durée s’est finalement prolongé pendant plus de deux mois, sans apparition publique du chef de l’État ni communication détaillée sur ses activités.
Cette longue discrétion a rapidement alimenté les rumeurs sur son état de santé. Sur les réseaux sociaux, plusieurs informations alarmistes ont circulé, tandis que l’opposition s’interrogeait sur la capacité du président à exercer pleinement ses fonctions.
Le pouvoir camerounais a toujours rejeté les informations faisant état d’une incapacité du chef de l’État. Son retour à Yaoundé permet désormais de mettre fin, au moins provisoirement, aux spéculations les plus insistantes.
Un retour au Cameroun sous haute surveillance médiatique
Le retour du président n’avait pourtant pas été annoncé officiellement à l’avance. Des militants du RDPC, son parti, avaient néanmoins été mobilisés pour lui réserver un accueil à son arrivée à l’aéroport de Yaoundé-Nsimalen.
Paul Biya est ensuite apparu brièvement, saluant la foule depuis son véhicule avant de rejoindre le palais présidentiel. La CRTV avait mobilisé d’importants moyens pour couvrir l’événement, mais les images du chef de l’État sont restées limitées.
Cette exposition maîtrisée n’a pas manqué de faire réagir. Pour certains, l’essentiel était de constater que le président était bien de retour au pays. Pour d’autres, le manque d’images et l’absence d’une véritable apparition publique ont entretenu les interrogations sur son état physique.
Cette séquence illustre surtout la difficulté du pouvoir camerounais à communiquer autour de la santé et de l’activité du président. Plus le silence se prolonge, plus les rumeurs trouvent un terrain favorable.
La succession, l’autre grande question
Au-delà de la santé de Paul Biya, son retour remet sur la table une question plus structurelle; celle de l’après-Biya. Réélu en 2025 pour un huitième mandat, le président camerounais reste, à 93 ans, l’un des dirigeants les plus âgés au monde. Son retour ne règle donc pas la question de la continuité du pouvoir à long terme.
Les 74 jours d’absence ont surtout montré combien le fonctionnement de l’État reste associé à la présence du chef de l’État. Ils ont également révélé la sensibilité du sujet de la succession dans un pays où le pouvoir demeure fortement centralisé autour de la présidence.
Le retour de Paul Biya constitue ainsi une pause dans les spéculations, mais pas leur véritable conclusion. Tant que la question de sa santé, de son rythme d’exercice du pouvoir et de la préparation de la succession restera entourée d’incertitudes, chaque absence prolongée risque de provoquer de nouvelles interrogations.
Paul Biya est de retour à Yaoundé. Reste désormais à savoir si ce retour permettra au pouvoir camerounais de restaurer durablement la confiance et de tourner la page des 74 jours de silence.

