Afrique du Sud, l’ultimatum fixé au 30 juin par les mouvements xénophobes fait monter la tension dans tout le pays. Dans la province du Cap comme dans les townships autour de Johannesburg, les affrontements se multiplient et les discours de haine gagnent les rues. Face à cette escalade, Cyril Ramaphosa a pris la parole dimanche 7 juin 2026 dans une adresse à la nation. Il a condamné les violences tout en annonçant un ensemble de mesures pour reprendre le contrôle de la situation migratoire. Des annonces qui n’ont pas encore réussi à calmer les organisateurs des marches.
Afrique du Sud, les violences qui s’aggravent à trois semaines de l’échéance
Depuis le début de l’année, les manifestations anti-étrangers se multiplient et deviennent plus violentes. Lundi, de nouveaux heurts ont éclaté dans une petite ville du Cap. Des groupes de vigilantes, parfois armés de bâtons et de couteaux, réclament le départ immédiat des étrangers sans papiers. Le bilan humain s’alourdit avec au moins cinq Mozambicains tués lors de la dernière vague, et plus de sept morts au total depuis le début des protestations. La peur pousse plusieurs pays à agir. Ghana, Nigeria, Malawi et Mozambique ont lancé des opérations de rapatriement. Plus de 1 000 Nigérians se sont déjà signalés pour rentrer. Avec plus de 3 millions d’étrangers sur son sol et un taux de chômage qui dépasse 30%, l’Afrique du Sud revit une crise semblable à celles de 2008, 2015 et 2019. Des groupes comme Operation Dudula et March and March surfent sur la colère économique à l’approche des élections municipales pour désigner les migrants comme responsables de tous les maux.
Les mesures annoncées par Ramaphosa pour reprendre le contrôle
Dans son discours du 7 juin, le président a reconnu les inquiétudes légitimes des Sud-Africains sur l’immigration illégale, mais il a été ferme. Nul n’a le droit de se faire justice soi-même, et l’État seul doit appliquer la loi. Il a promis d’agir contre les groupes qui exploitent cette colère à des fins politiques ou criminelles. Sur le volet sécuritaire, le gouvernement mise d’abord sur un renforcement des frontières. L’Autorité de gestion des frontières et l’armée intensifient les contrôles et revendiquent 450 000 tentatives d’entrée illégale interceptées sur le dernier exercice budgétaire.
Ensuite, l’exécutif prévoit d’accélérer les expulsions en créant des tribunaux spécialisés pour traiter plus rapidement les dossiers d’immigration. Le ministère de l’Intérieur va aussi multiplier les inspections chez les employeurs qui recrutent des sans-papiers. Les sanctions seront alourdies, avec des peines de prison possibles, car Ramaphosa accuse ces employeurs d’alimenter le problème en payant les migrants sous le salaire minimum.
Pour limiter la corruption, le gouvernement va déployer des technologies de surveillance et remplacer progressivement les anciens carnets d’identité “green book” par des cartes biométriques numériques plus sécurisées. Enfin, jusqu’à 10 000 inspecteurs du travail supplémentaires seront recrutés pour vérifier le respect du droit du travail dans les entreprises qui emploient de la main-d’œuvre étrangère. Le Cabinet a validé la semaine dernière une “Approche globale de gestion des migrations” pour coordonner ces actions.
Les pistes pour désamorcer la crise avant le 30 juin
Malgré ces annonces, les organisateurs des marches restent déterminés et promettent de maintenir la pression jusqu’à l’échéance du 30 juin. Pour désamorcer la crise en Afrique du Sud, plusieurs leviers semblent indispensables. D’abord, répondre aux causes économiques qui nourrissent la colère. Ramaphosa l’a lui-même souligné, le chômage des jeunes et la pauvreté sont le vrai terreau des violences. Sans amélioration visible sur l’emploi et la croissance dans les prochaines semaines, le volet répressif restera insuffisant pour convaincre les populations.
Ensuite, l’État doit faire respecter la loi avec fermeté mais sans tomber dans la stigmatisation. En sanctionnant les employeurs qui exploitent la main-d’œuvre étrangère à bas coût, il protège aussi les travailleurs sud-africains et coupe l’herbe sous le pied des mouvements xénophobes. Sur le plan diplomatique, l’envoi d’envoyés spéciaux dans les pays voisins annoncé par Ramaphosa est un pas important. Le Ghana et le Nigeria ont déjà réagi vivement aux violences, et une concertation avec l’Union africaine sera nécessaire pour traiter les causes profondes de la migration. Enfin, il faut briser le cycle de la désinformation. Le président a dénoncé les fausses informations et les discours de haine sur les réseaux sociaux, amplifiés par l’approche des élections locales. Isoler les groupes extrémistes passera aussi par un travail de pédagogie et un rappel constant aux valeurs de la Constitution sud-africaine.
Le compte à rebours est lancé. Entre les promesses d’expulsions massives et la menace des vigilantes, l’Afrique du Sud se trouve à un tournant. Si l’État parvient à imposer l’ordre tout en apportant des réponses économiques crédibles, il pourra éviter une nouvelle tragédie comme celle de 2008. Dans le cas contraire, les étrangers resteront les premières victimes d’une crise que les discours, aussi fermes soient-ils, ne suffisent plus à éteindre.

