C’est une opération humanitaire d’une ampleur inédite pour cette décennie qui s’apprête à débuter à la frontière entre le Cameroun et la République centrafricaine (RCA). La représentante résidente du Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) au Cameroun, Yvette Muhimpundu, a annoncé le rapatriement volontaire de 10 000 à 20 000 réfugiés centrafricains au cours de l’année 2026. L’officialisation de ce plan fait suite à une audience de haut niveau accordée à Yaoundé par le ministre camerounais de l’Administration territoriale, Paul Atanga Nji. Ce retour massif marque un tournant pour la gestion des déplacés dans la sous-région d’Afrique centrale.
Quinze ans d’exil
Pour bien comprendre qui sont ces milliers de candidats au retour, il faut remonter à l’histoire des crises militaro-politiques successives qui ont secoué la RCA. Ces hommes, ces femmes et ces enfants ont fui les exactions, les affrontements intercommunautaires et l’instabilité chronique qui ont déchiré leur pays d’origine depuis le début des années 2010. Au total, le Cameroun offre une hospitalité de longue date à quelque 332 000 réfugiés centrafricains.
Ces populations proviennent historiquement de la capitale Bangui mais également des préfectures et localités de l’ouest et du nord-ouest centrafricain comme Bouar, Baboua, Carnot ou Berberati. Côté camerounais, l’immense majorité de cette communauté est intégrée depuis une quinzaine d’années au sein des populations locales ou installée dans des sites aménagés par l’ONU. Ils résident principalement dans les trois régions frontalières de l’Est, du Nord et de l’Adamaoua.
Le travail préparatoire
Ce retour d’envergure programmé pour les prochains jours n’est pas une décision improvisée, mais l’aboutissement d’un long processus d’ingénierie diplomatique et sécuritaire. Le cadre juridique repose sur un accord tripartite signé dès juin 2016 entre le gouvernement du Cameroun, le gouvernement de la RCA et le HCR. Ce texte fixe les règles immuables du rapatriement, qui doit impérativement rester libre, consenti et s’effectuer dans la dignité.
Depuis le lancement officiel des premiers convois test en 2019, un peu plus de 22 000 réfugiés ont déjà pu regagner leur patrie. Les réunions transfrontalières régulières ont permis d’affiner la logistique, tandis que les récents échanges à Yaoundé ont permis de caler les modalités pratiques, la sécurisation des axes de transport et le recensement rigoureux des familles volontaires au départ.
Les mesures d’accompagnement et d’insertion
Pour franchir la frontière et rebâtir leur vie, les rapatriés bénéficieront d’un appui complet coordonné par le HCR et les autorités centrafricaines. L’accompagnement logistique comprend l’affrètement de camions et de bus sécurisés pour transporter les personnes et leurs biens personnels depuis les camps du Cameroun jusqu’à leurs communes d’origine. Sur le plan matériel, chaque famille reçoit un kit de retour composé d’une aide financière directe sous forme de pécule pour couvrir les premiers besoins alimentaires, de bâches, de couvertures et d’ustensiles de cuisine.
Le volet le plus complexe reste celui de l’insertion à long terme en RCA. Les mesures prévues intègrent une aide à la reconstruction des habitations détruites par la guerre, la distribution de semences et d’outils agricoles pour relancer l’autonomie financière des ménages ruraux, ainsi que des programmes de micro-crédits pour les commerçants urbains. De plus, l’accent est mis sur l’état civil afin de régulariser les naissances survenues en exil au Cameroun et faciliter la réintégration immédiate des enfants dans le système scolaire centrafricain.
Perspectives, entre pacification et protection des réticents
L’accélération de ce programme de rapatriement est rendue possible par l’amélioration progressive et constante de la situation sécuritaire dans plusieurs régions de la République centrafricaine, libérées des groupes armés. Pour la RCA, le retour de ces forces vives constitue une opportunité de repeupler des zones agricoles abandonnées et de consolider la dynamique de reconstruction nationale.
Cependant, le HCR et le gouvernement camerounais maintiennent une ligne éthique stricte quant aux perspectives futures. Le rapatriement demeure basé sur le strict volontariat. Les réfugiés centrafricains qui estiment que les conditions de sécurité ne sont pas encore pleinement requises dans leur village d’origine ou qui ont reconstruit leur vie au Cameroun conserveront l’intégralité de leur statut de réfugié. Ils continueront de bénéficier de la protection internationale et de l’hospitalité des autorités camerounaises.

