Dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC), la situation sécuritaire et sanitaire se dégrade. Les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu sont le théâtre de violents affrontements entre les forces gouvernementales, appuyées par la milice Wazalendo, et les rebelles de l’AFC-M23, soutenus par l’armée rwandaise. Ces derniers jours, des combats ont été signalés à Walikale et Masisi, dans le Nord-Kivu, ainsi qu’à Mwenga, dans le Sud-Kivu.
Dans la province voisine de l’Ituri, les Forces démocratiques alliées (ADF) ont revendiqué une attaque meurtrière dans le territoire de Mambasa, faisant une dizaine de victimes. La société civile redoute que la terreur imposée par ces incursions armées ne complique davantage la riposte contre l’épidémie d’Ebola, qui continue de se propager dans la région.
Dieudonné Lossa Dekhana, coordonnateur provincial de la société civile, alerte : « La population est appelée à faire face à cette épidémie qui tue sans distinguer si on est rebelle ou pas. Avec la situation des ADF, effectivement, le contrôle de cette maladie sera compliqué parce que tout le monde fuit dans n’importe quelle direction quand il y a une incursion des groupes armés. »
Quand la guerre bloque la riposte
Les attaques des groupes armés perturbent gravement les opérations sanitaires. Les déplacements massifs de populations rendent difficile le suivi des cas suspects, la vaccination et la sensibilisation. Les équipes médicales, souvent contraintes de suspendre leurs activités lors des affrontements, peinent à maintenir une présence continue dans les zones touchées. Cette instabilité favorise la propagation du virus et accroît le risque d’une crise sanitaire majeure.
La combinaison entre insécurité persistante et épidémie d’Ebola illustre la complexité des défis auxquels fait face l’est de la RDC. Les combats entre l’AFC-M23 et les forces gouvernementales, ainsi que les attaques des ADF, ne se limitent pas à des pertes humaines directes : ils compromettent aussi la capacité de l’État et des partenaires humanitaires à protéger les populations contre une maladie mortelle. Tant que la violence perdure, la riposte sanitaire restera entravée, exposant les communautés à une double menace : celle des armes et celle du virus.
Sur le plan régional : les pays voisins face au risque d’importation d’Ebola
Alors que l’est de la RDC est confronté à cette double crise, les pays voisins – Ouganda, Rwanda et Burundi – se trouvent en première ligne face au danger d’une extension transfrontalière. Les mouvements massifs de populations fuyant les combats augmentent considérablement ce risque.
En Ouganda, la vigilance est renforcée. Déjà confronté à des épisodes d’Ebola par le passé, l’Ouganda dispose d’une expérience solide en matière de riposte. Les autorités sanitaires ont mis en place des points de contrôle sanitaire aux frontières et renforcé la surveillance communautaire. Mais l’afflux de réfugiés en provenance du Nord-Kivu et de l’Ituri pourrait saturer les dispositifs existants.
Au Rwanda, c’est la prévention et la communication. Le Rwanda a intensifié ses mesures de prévention. Des campagnes de sensibilisation sont menées dans les zones frontalières, et des équipes médicales sont mobilisées pour détecter rapidement tout cas suspect. Le pays mise sur une communication proactive pour éviter la panique, mais reste exposé en raison de la densité des échanges transfrontaliers.
Au Burundi, les capacités sont limitées. Le Burundi, dont les infrastructures sanitaires sont plus fragiles, représente un maillon vulnérable. Les autorités ont annoncé un renforcement des contrôles aux frontières, mais la faiblesse des moyens logistiques et financiers pourrait limiter l’efficacité de la riposte.
La propagation d’Ebola dans un contexte de guerre en RDC ne constitue pas seulement une menace nationale, mais un risque régional majeur. Les pays voisins, chacun avec des capacités différentes, doivent conjuguer leurs efforts pour mettre en place une surveillance transfrontalière, partager les informations en temps réel et coordonner les interventions. Sans une solidarité régionale forte, l’épidémie pourrait franchir les frontières et se transformer en crise sanitaire à l’échelle de l’Afrique centrale.

