Au Sénégal, la Journée nationale du dialogue, fixée chaque 28 mai, a pris cette année une tournure particulière. En raison de la Tabaski, la date a été réaménagée pour privilégier des échanges en format restreint entre le président Bassirou Diomaye Faye et six anciens Premiers ministres. Sécurité, économie et situation globale du pays étaient au cœur des discussions. Cet ajustement de calendrier en dit long sur la méthode présidentielle.
Consolider l’action publique
Le Sénégal doit relever un triple défi. Il faut apaiser le climat politique après l’alternance de 2024, stabiliser une économie sous pression et renforcer la résilience face aux menaces sécuritaires qui pèsent sur le Sahel. Dans ce contexte, consulter des anciens chefs de gouvernement répond à plusieurs besoins concrets.
Ces six anciens Premiers ministres ont dirigé l’État à des périodes différentes. Leur expérience permet d’éviter de repartir de zéro sur des sujets complexes comme la dette, la réforme fiscale ou la gestion des crises sociales. Leur recul offre un diagnostic plus rapide et plus ancré dans la réalité administrative.
Le choix d’impliquer des figures issues de l’opposition et de l’ancienne majorité envoie aussi un signal d’inclusivité. Cette ouverture contribue à désamorcer la polarisation politique et donne plus de poids aux réformes à venir. En comité restreint, les échanges sont plus opérationnels qu’un forum national à plusieurs centaines de participants. Les points de consensus se dégagent plus vite et les blocages techniques sont identifiés sans détour.
Pour un pays où la stabilité institutionnelle reste un atout rare dans la sous-région, cette méthode de concertation directe peut réduire le coût politique des réformes et renforcer la prévisibilité pour les investisseurs.
Tabaski, bien sûr, mais un changement de méthode qui révèle l’agenda présidentiel
Le dialogue national est un outil bien connu de la vie politique sénégalaise. Sous Macky Sall, l’édition de 2016 avait abouti à la révision constitutionnelle et à la réduction du mandat présidentiel de sept à cinq ans. Le cycle de 2019-2020 avait quant à lui porté sur le système électoral et la gouvernance locale. Le format a toujours varié entre plénières ouvertes à la société civile, aux partis politiques, aux syndicats et aux religieux, et rencontres thématiques plus ciblées.
L’efficacité de ces exercices a souvent dépendu de la volonté politique à traduire les conclusions en actes. Le principal reproche adressé aux éditions précédentes reste le décalage entre les recommandations adoptées et leur mise en œuvre sur le terrain.
En privilégiant des tête-à-tête, Bassirou Diomaye Faye marque une rupture de forme. Il s’éloigne du modèle du grand forum de masse pour privilégier une consultation directe, plus proche d’une gouvernance par projet. Cette approche reflète ce qu’il cherche à bâtir depuis son arrivée au pouvoir.
Trois priorités ressortent clairement de cette séquence. La première est de consolider la cohésion nationale en construisant un consensus minimal sur les priorités du pays. La seconde consiste à sécuriser l’agenda économique alors que le gouvernement redéfinit le Plan Sénégal Émergent et renégocie ses partenariats financiers. L’objectif est d’aligner les acteurs politiques sur une trajectoire budgétaire soutenable. La troisième priorité porte sur l’anticipation des risques sécuritaires. Le Sénégal reste une île de stabilité dans une région instable et les échanges avec des anciens responsables permettent de croiser les analyses sur la gestion des frontières, la lutte contre le terrorisme et la prévention des crises internes.
Au fond, le président parie sur une gouvernance pragmatique qui privilégie le diagnostic partagé à la posture politique. L’enjeu sera désormais de transformer ces échanges en décisions concrètes et visibles pour les Sénégalais. La crédibilité du processus dépendra de la suite donnée aux propositions issues de ces rencontres.

