La Coupe d’Afrique des Nations (CAN 2025) aurait pu s’achever non pas dans la ferveur d’un but victorieux, mais dans le froid juridique d’un forfait sur tapis vert. Dimanche soir à Rabat, alors que le Sénégal et le Maroc se disputaient le trophée continental, les Lions de la Teranga ont flirté avec l’impensable. Une exclusion pure et simple de la compétition, malgré un sacre finalement acquis sur le terrain (1-0) dans les prolongations.
Une victoire célébrée, certes. Mais une victoire entachée d’un épisode hallucinant, que les règlements de la CAF n’ont jamais cessé de condamner noir sur blanc.
Quand la colère prend le dessus sur le règlement
Tout bascule au bout du temps additionnel. L’arbitre désigne le point de penalty en faveur du Maroc. La tension explose. Sur le banc sénégalais, Pape Thiaw, sélectionneur des Lions, entre dans une colère noire. Dans un geste lourd de conséquences, il exhorte ses joueurs à quitter la pelouse, direction les vestiaires.
Pendant plus de dix minutes, le match est interrompu. Le stade retient son souffle. Le football africain frôle un séisme. Car selon l’article 82 du règlement de la CAN, le verdict est sans appel : « Si une équipe quitte le terrain avant la fin réglementaire du match sans l’autorisation de l’arbitre, elle sera considérée perdante. » À cet instant précis, le Sénégal aurait dû perdre la finale.
Articles 82, 84, 85 : la CAF ne laisse aucune place au doute
Le règlement de la Confédération africaine de football est d’une clarté chirurgicale. L’article 84 précise même les sanctions : Défaite 3-0 sur tapis vert, exclusion définitive de la compétition, maintien du score si l’adversaire menait par un écart supérieur. Pire encore, l’article 85 enfonce le clou : toute équipe enfreignant ces dispositions est exclue du tournoi. Autrement dit, le match n’aurait jamais dû reprendre.
Dans cette confusion totale, le jeu reprend pourtant. Brahim Diaz s’avance pour frapper le penalty décisif. Panenka. Arrêt d’Édouard Mendy. Le destin bascule. En prolongation, Pape Gueye inscrit le but libérateur. Le Sénégal est champion d’Afrique. Mais derrière les sourires, l’ombre du règlement plane encore.
Le règlement disciplinaire de la CAF est tout aussi sévère. L’article 148 prévoit une amende minimale de 20 000 dollars, un forfait automatique, une disqualification possible dans les cas graves. À cela s’ajoutent les lois de l’IFAB, qui prévoient des avertissements individuels pour les joueurs quittant délibérément le terrain ou retardant la reprise du jeu.
Une enquête imminente sur la finale de la CAN 2025

Dans un communiqué publié ce lundi, la CAF n’a pas cherché à masquer sa fermeté. Elle condamne un « comportement inacceptable » de certains joueurs et officiels sénégalais et annonce l’ouverture de plusieurs procédures disciplinaires, après analyse complète des images. L’enquête ne s’arrêtera pas aux Lions. Plusieurs zones d’ombre interrogent : Comment des ramasseurs de balles ont-ils pu s’en prendre à un joueur sénégalais ? L’organisation sécuritaire était-elle à la hauteur d’une finale continentale ? Autant de questions qui pourraient élargir le champ des sanctions.
Le Sénégal est champion d’Afrique. L’histoire retiendra le trophée. Mais cette finale rappelle une vérité brutale : le football ne se gagne pas seulement avec le cœur, mais aussi dans le respect strict des règles. Dimanche soir à Rabat, le Sénégal n’a pas seulement battu le Maroc. Il a aussi, peut-être, échappé de peu à la plus lourde sanction de son histoire.
Charbel SOSSOUVI

