La décision est tombée sans suspense, mais pas sans controverse. Ce 19 janvier 2026, le Conseil constitutionnel centrafricain a proclamé la réélection de Faustin-Archange Touadéra pour un troisième mandat à la tête de la République centrafricaine. Avec 77,9 % des voix, le président sortant creuse un large écart face à son principal adversaire, Anicet-Georges Dologuélé, crédité de 13,5 %. Le recours déposé par ce dernier a été rejeté pour irrecevabilité sur la forme, mettant juridiquement fin au contentieux électoral.
Sur le papier, l’élection est donc close. Dans les faits, elle ouvre une nouvelle séquence politique lourde d’enjeux. Car derrière la validation institutionnelle du scrutin se pose une question centrale : comment gouverner durablement dans un climat de défiance électorale persistante, dans un pays encore fragile sur les plans sécuritaire, économique et institutionnel ?
Une victoire écrasante validée par les institutions
Les chiffres officiels sont sans appel. Selon le Conseil constitutionnel, Faustin-Archange Touadéra a remporté l’élection présidentielle du 28 décembre avec une avance confortable, renforcée par un taux de participation réévalué à 64,42 %. Pour le pouvoir, ces résultats confirment l’ancrage du président sortant et la légitimité populaire de son action depuis son arrivée au pouvoir.
Le rejet du recours de l’opposition repose sur des motifs de forme, et non sur l’examen du fond des accusations de fraude. Cette précision est essentielle : juridiquement, la procédure est close ; politiquement, le débat reste ouvert. Car Anicet-Georges Dologuélé et une partie de l’opposition continuent de dénoncer des irrégularités, pointant des dysfonctionnements dans l’organisation du scrutin et la compilation des résultats.
Ce schéma est devenu classique dans de nombreux processus électoraux africains. C’est à dire une victoire validée par les institutions, mais contestée dans l’opinion. En Centrafrique, où l’État peine encore à exercer pleinement son autorité sur l’ensemble du territoire, cette dualité entre légalité et acceptabilité politique est particulièrement sensible.
Un troisième mandat sous haute responsabilité
La réélection de Faustin-Archange Touadéra intervient dans un contexte où la stabilité reste précaire. Malgré des avancées sécuritaires, une partie du territoire demeure sous influence de groupes armés, et la présence de forces étrangères continue de structurer l’équilibre du pouvoir. Le troisième mandat ne sera donc pas un mandat de confort, mais un mandat d’épreuve.
Sur le plan politique, le président réélu devra composer avec une opposition affaiblie électoralement, mais toujours audible sur le terrain de la contestation. L’enjeu ne sera pas seulement de gouverner, mais de réduire la fracture de confiance entre institutions et citoyens, notamment dans les zones rurales et périphériques.
Sur le plan économique et social, les attentes sont immenses. Chômage, pauvreté, accès aux services publics, reconstruction de l’État. La légitimité issue des urnes devra désormais se traduire en résultats concrets. Car dans un pays marqué par des années de crise, la stabilité politique ne peut être durable sans amélioration visible des conditions de vie.
En validant la réélection de Faustin-Archange Touadéra, le Conseil constitutionnel a tranché le débat juridique. Mais il n’a pas clos le débat politique. Le président entame un troisième mandat avec une victoire nette, mais sous le regard attentif d’une population qui attend plus que des chiffres électoraux : elle attend des actes. Car en Centrafrique, la vraie élection commence souvent après le scrutin : celle de la confiance, de la paix durable et du développement réel. Et c’est sur ce terrain-là que ce nouveau mandat sera, tôt ou tard, jugé.

