Jamais l’Afrique n’a connu une année aussi chargée de transformations radicales que celle que nous venons de traverser. Pourtant, le calme apparent qui s’installe en ce début 2026 dissimule une réalité bien plus complexe : le continent africain entre dans une nouvelle phase de son histoire géopolitique, où chaque décision prise dans les capitales déterminera non seulement le destin des 1,4 milliard d’habitants du continent, mais aussi la dynamique des relations internationales mondiales. Entre la création de nouvelles alliances et institutions régionales, la persistance de conflits meurtriers, et un recul inquiétant des standards démocratiques, l’année 2026 s’annonce comme un tournant décisif pour le continent noir.
L’année 2025 aura marqué un tournant majeur dans l’histoire politique et géopolitique de l’Afrique. Loin des débats académiques éloignés des réalités, les événements qui se sont déroulés sur le continent au cours de l’année écoulée incarnent une transformation profonde, porteuse d’espoirs mais aussi de risques existentiels pour plusieurs nations africaines. De la rupture institutionnelle sans précédent signée par les trois États du Sahel, à la consolidation de régimes autoritaires trahissant les promesses démocratiques, l’Afrique de 2026 ne ressemble plus à celle que nous connaissions il y a seulement quelques années.
Ce qui frappe l’observateur attentif, c’est que ces transformations ne résultent pas de pressions externes uniquement, mais reflètent aussi des choix souverains délibérés des gouvernants africains, qui décident de plus en plus clairement de tracer leur propre chemin, indépendamment du consensus international établi. Cette dynamique nouvelle, bien que chargée d’incertitudes, redessine les rapports de force continentaux et ouvre des questions fondamentales sur le rôle de l’Afrique dans l’ordre géopolitique mondial.
La rupture historique : l’émergence de la Confédération des États du Sahel
Une alliance qui redéfinit les frontières institutionnelles

L’événement peut-être le plus significatif de l’année 2025 est le retrait conjoint du Mali, du Burkina Faso et du Niger de la Communauté Économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO). Cette décision, matérialisée par la création officielle de l’Alliance des États du Sahel (AES) et sa transformation en Confédération en juillet 2024, marque une première dans l’histoire politique africaine contemporaine.
Contrairement aux critiques habituelles adressées aux institutions régionales existantes, ces trois nations n’ont pas simplement protesté : elles ont choisi de se retirer pour créer une alternative institutionnelle alignée sur leurs priorités. Cette rupture assuétée prive la CEDEAO de près de 17% de sa population et de plus de la moitié de son territoire. Au-delà des chiffres, ce geste revêt une signification profonde : les États africains ne se contentent plus de réformer les institutions existantes, ils construisent de nouvelles architectures politiques et sécuritaires.
Pour 2026, l’attention doit se porter sur la capacité effective de cette Confédération à transformer ses ambitions en résultats tangibles pour les populations. Les trois États, placés sous une direction collégiale militaire (les généraux Abdourahamane Tiani au Niger, Assimi Goïta au Mali, et Ibrahim Traoré au Burkina Faso), ont mis en avant trois piliers stratégiques : la sécurité régionale, l’intégration économique et le développement.
De l’ambition institutionnelle aux défis concrets
Les développements annoncés pour 2026 incluent potentiellement l’émergence d’une monnaie commune de l’AES et l’aboutissement de la Cour pénale sahélienne, cette juridiction parallèle créée pour échapper à ce que les dirigeants considèrent comme les « deux poids deux mesures » de la justice internationale. Simultanement, l’AES a mise en place une Banque confédérale pour l’investissement et le développement, destinée à mobiliser les fonds souverains et financer les projets stratégiques là où les mécanismes traditionnels de financement du développement ont échoué.
Cependant, la transition de ces institutions théoriques vers une réalité opérationnelle demeure le grand défi de 2026. Les questions de gouvernance, de respect des obligations de chaque État membre et de la capacité à attirer les investissements nécessaires restent entièrement ouvertes.
Les conflits régionaux : des plaies béantes qui s’aggravent
La tragédie soudanaise : quand la communauté africaine reste silencieuse

Le conflit au Soudan, qui dépasse en janvier 2026 le seuil symbolique des mille jours, reste une blessure ouverte sur la conscience collective africaine. Les affrontements entre les Forces Armées Soudanaises (SAF) et les Forces de soutien rapide (FSR) ont transformé le pays en champ de ruines humanitaires. Le massacre d’El-Facher, capitale du Darfour septentrional, illustre l’ampleur de la violence : une escalade systématique des hostilités alimentée par la compétition pour le pouvoir, le contrôle des ressources, et des fractures ethniques profondément enracinées.
Ce qui rend cette tragédie particulièrement révoltante aux yeux de nombreux observateurs africains, c’est le silence assourdissant de la solidarité continentale. Alors que des puissances étrangères, les Émirats arabes unis, l’Égypte, l’Éthiopie, la Russie, interviennent ouvertement pour protéger leurs intérêts géostratégiques (accès à la mer Rouge, routes commerciales, ressources minérales), l’Union africaine demeure largement impuissante.
Pour 2026, la question reste profondément troublante : le conflit verra-t-il l’établissement d’un cessez-le-feu durable et le début de véritables négociations de paix ? Les signaux jusqu’à présent restent très pessimistes, avec une dynamique de militarisation croissante et peu de dispositions pour un dialogue politique authentique.
La tension du Nil Bleu : une hydropolitique dangereuse
L’achèvement en 2025 du Grand Barrage de la Renaissance en Éthiopie, le plus grand ouvrage hydroélectrique d’Afrique, a cristallisé une tension géopolitique régionale de premier ordre. Pour Addis-Abeba, ce barrage symbolise l’indépendance énergétique et le droit souverain au développement. Pour l’Égypte et le Soudan, il représente une menace existentielle : en contrôlant le débit du Nil bleu (qui représente 68% du débit total du Nil), l’Éthiopie détient entre ses mains la ressource la plus vitale pour les populations en aval.
L’Union africaine a relancé les négociations tripartites fin 2025, mais le climat diplomatique reste glacial. Les trois pays n’ont pas pu se mettre d’accord sur un cadre juridiquement contraignant régissant le remplissage et l’exploitation du barrage. 2026 pourrait devenir l’année où cette tension hydropolitique se transforme en conflit armé, avec des conséquences humanitaires catastrophiques pour plus de 150 millions de personnes dépendantes des eaux du Nil.
L’Est de la RDC : un conflit internationalisé qui demeure insoluble
Les tensions entre la République démocratique du Congo et le Rwanda persistent avec une intensité alarmante, notamment autour de la question du Mouvement du 23 Mars (M23). Malgré la signature d’un accord de paix à Washington en décembre 2025 (un accord largement perçu comme un échec majeur de la diplomatie africaine) le Rwanda maintient sa présence militaire sur le sol congolais. La RDC continue de présenter des preuves d’implication rwandaise directe, notamment la présentation en janvier 2026 de sept militaires rwandais et de civils capturés lors d’opérations dans le Nord-Kivu et le Sud-Kivu.
Ce conflit illustre un problème structural majeur de l’Afrique en 2026 : l’incapacité de la communauté internationale africaine à imposer le respect du droit international et des résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies. Au lieu de cela, les grandes puissances (États-Unis, Chine, Russie) utilisent le conflit congolais comme terrain de jeu géopolitique, en recherchant des accès aux matières premières (cobalt, coltan, or) essentielles à leurs ambitions technologiques respectives.
Un recul inquiétant des standards de gouvernance
De nouvelles réalités politiques

L’année 2025 a confirmé une tendance troublante identifiée depuis plusieurs années : l’Afrique connaît un recul significatif de ses standards démocratiques, marqué par la multiplication des régimes hybrides, le contournement des limites de mandats présidentiels, et la répression systématique des opposants.
Au Cameroun, Paul Biya, âgé de 92 ans et au pouvoir depuis 1982, a remporté un huitième mandat consécutif dans un scrutin largement dénoncé comme frauduleux. En Côte d’Ivoire, Alassane Ouattara, 83 ans, s’est présenté pour un quatrième mandat après modification constitutionnelle en 2020. Après l’exclusion des principaux opposants, Laurent Gbagbo et Tidjane Thiam, la course électorale s’est déroulée dans un vide politique complet, conduisant à un taux de participation dérisoire et un score de 89,77%. L’Assemblée nationale, dominée par le RHDP du président, a remporté 197 des 253 sièges.
Madagascar : un coup d’état constitutionnel déguisé
Madagascar a connu en octobre 2025 un événement politique marquant : le renversement du président André Rajoelina par un groupe de militaires menés par le colonel Michaël Randrianirina. Ce qui rend ce coup particulièrement intéressant politiquement, c’est sa forme : plutôt qu’une prise de pouvoir classique par chars et fusils, il s’agissait d’une suspension constitutionnelle de la démocratie pour « sauver le régime ». Rajoelina, sentant le vent tourner face aux manifestations de jeunes protestataires contre les pénuries d’électricité, d’eau et la cherté de la vie, s’est fait discrètement exfiltrer par la France.
Cet événement a marqué les esprits non seulement pour la nature du coup, mais aussi pour sa dimension géopolitique. Immédiatement après la prise de pouvoir, les autorités malgaches ont reçu une délégation de dignitaires russes, signalant un potentiel réalignement stratégique du pays. Pour 2026, la question centrale demeure : Madagascar finira-t-il par tourner le dos définitivement à l’Occident, au profit de la Chine et de la Russie ? Les déclarations du président Randrianirina sur le caractère ouvert de Madagascar à la coopération internationale suggèrent une approche prudente de multi-alignement, mais les pressions géopolitiques pourraient accélérer une rupture.
Guinée-Bissau : Le scénario du coup d’état constitutionnel parfait
La Guinée-Bissau offre peut-être le scénario le plus révélateur de la nouvelle forme de coup d’État africain. Le 26 novembre 2025, à la veille de la proclamation officielle des résultats électoraux, des militaires ont interrompu brutalement le processus électoral, fermé les frontières et suspendu le dépouillement. Officiellement, il s’agissait d’une « restauration de l’ordre ». Dans les faits, il s’agissait d’empêcher l’annonce de la victoire de Fernando Dias, le véritable vainqueur des urnes selon les observateurs internationaux.
L’élément troublant : les putschistes étaient presque tous des proches du président sortant Umaro Sissoko Embalo, suggérant fortement qu’il s’agissait d’une mise en scène interne conçue pour confisquer une défaite électorale inévitable. Quelques jours plus tard, une valise de 5 millions d’euros a été interceptée à bord d’un jet privé au Portugal, avec à bord l’épouse de l’ex-président, impliquée dans une affaire de blanchiment de capitaux. Cette incident a achevé de discréditer le régime.
Ce scénario de Guinée-Bissau est devenu un modèle reproductible en Afrique : ne plus renverser les régimes avec des militaires apparents, mais plutôt suspendre la démocratie de façon « constitutionnelle » au moment précis où la vérité des urnes doit tomber. Ce modèle, qui se répète désormais à travers le continent, pose une question fondamentale : comment maintenir même une apparence de légitimité démocratique quand les institutions mêmes censées garantir cette légitimité sont entièrement contrôlées par ceux qui cherchent à l’éluder ?
Les cycles électoraux chargés de 2026 : une année décisive pour la gouvernance continentale

L’année 2026 se présente comme une année électorale majeure pour l’Afrique, avec un calendrier particulièrement chargé. Le Bénin a inauguré l’année avec des élections législatives et communales le 11 janvier, suivies d’une élection présidentielle le 12 avril. L’Ouganda connaîtra également des élections générales le 15 janvier.
Suivront les élections présidentielles de la République du Congo (22 mars), les scrutins variés du Cap-Vert et de Djibouti (avril), l’élection majeure d’Éthiopie (1er juin), les élections algériennes (avant le 12 juin), et la Zambie (13 août). Cette dernière étant particulièrement attendue car elle testera la volonté du nouveau régime d’Hakainde Hichilema de rompre avec les pratiques autoritaires du passé.
Cependant, comme l’ont montré les élections de 2025, la tenue d’élections ne garantit plus la consolidation démocratique. Au contraire, nombreux sont les régimes qui utilisent les élections comme des coquilles vides permettant de légitimer des coups d’État constitutionnels ou des manipulations institutionnelles.
Les opportunités géopolitiques : quand l’Afrique reprend la main
L’Union Africaine au G20 et l’ambition du siège permanent au conseil de sécurité
L’année 2023 a marqué un tournant symbolique majeur avec l’admission de l’Union africaine en tant que membre permanent du G20. Cette reconnaissance institutionnelle du poids et de l’importance de l’Afrique dans l’ordre mondial contemporain s’accompagne d’une ambition plus large : obtenir un siège permanent au Conseil de sécurité des Nations unies.
Ces développements témoignent d’une prise de conscience croissante chez les élites politiques africaines : le continent dispose d’un levier considérable dans les rapports de force géopolitiques mondiaux, levier que trop longtemps il a laissé inexploité. Avec 1,4 milliard d’habitants, des ressources minérales essentielles à la transition énergétique mondiale, et une position géographique stratégique contrôlant plusieurs routes commerciales maritimes critiques, l’Afrique ne peut plus être traitée comme un acteur passif dans les négociations internationales.
L’intégration économique africaine : la ZLECAf Comme levier de transformation
La Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), dont la mise en œuvre s’accélère, représente un potentiel de transformation économique considérable. Le commerce intra-africain a atteint 208 milliards de dollars en 2024, marquant une progression notable grâce à la consolidation de la ZLECAf. Bien que ce chiffre reste modeste comparé aux échanges mondiaux, la tendance est clairement à l’accélération.
Pour 2026, une initiative majeure est envisagée : la mise en place d’un système d’identité numérique unique pour faciliter le commerce transfrontalier, favoriser l’inclusion financière et renforcer l’intégration régionale. Cette initiative, portée par le secrétaire général de la ZLECAf Wamkele Mene, représente une approche pragmatique aux obstacles techniques qui freinent actuellement le commerce intra-africain.
Le véritable enjeu de 2026 sera de transformer ces institutions et ces initiatives commerciales en résultats concrets pour les petits exploitants agricoles, les petites et moyennes entreprises, et les consommateurs africains. Trop souvent, les promesses d’intégration régionale restent des abstractions lointaines.
Les défis existentiels : climat, sécurité alimentaire et urbanisation sauvage
La convergence mortelle des crises

L’Afrique en 2026 fait face à une convergence de crises potentiellement catastrophiques qui dépasse largement les enjeux politiques électoraux. Le changement climatique intensifie l’insécurité alimentaire à travers le continent. Le Programme alimentaire mondial rapporte que plus de 40 millions de personnes en Afrique de l’Ouest et du Centre sont actuellement confrontées à l’insécurité alimentaire, avec des projections atteignant 52 millions d’ici le milieu de l’année 2026.
L’Afrique australe, qui a connu sa pire sécheresse depuis un siècle en 2024, affectant environ 27 millions de personnes, reste extrêmement vulnérable. Les rendements de l’agriculture pluviale, qui nourrit la majorité de la population rurale africaine, pourraient être réduits de 50% d’ici 2050 selon les projections du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC).
Pour ajouter à cette pression, d’ici 2050, la population de l’Afrique devrait doubler pour atteindre 2,5 milliards d’habitants. Cette explosion démographique, bien que porteuse de potentiel de marché, exacerbera dramatiquement les pressions sur les ressources alimentaires, hydriques et énergétiques.
L’absence de financements climatiques adéquats
Le fossé entre les promesses faites aux pays africains lors des Conférences des parties (COP) et les financements réellement mobilisés reste abyssal. L’Afrique aurait besoin de 50 milliards de dollars annuels pour faire face à la crise climatique, selon les estimations du Fonds monétaire international. Les promesses restent bien en deçà de ces chiffres, et bien souvent, elles revêtent la forme de prêts plutôt que de subventions, aggravant ainsi la crise de la dette dans laquelle beaucoup de pays africains sont déjà enfoncés.
La question du Somaliland : une reconnaissance qui pourrait redessiner les frontières africaines
En décembre 2025, Israël a surprise le monde entier en reconnaissant officiellement l’indépendance du Somaliland, une région autonome autoproclamée détachée de la Somalie depuis 1991. Cette reconnaissance est la première d’un État du système international, et elle a immédiatement déclenché une mobilisation diplomatique majeure.
La Somalie, avec le soutien de l’Organisation de la coopération islamique (OCI), a dénoncé avec force cette reconnaissance comme contraire au droit international et source de déstabilisation régionale. Mais les motivations d’Israël sont claires : sécuriser un point d’appui stratégique sur la mer Rouge, cette voie navigable absolument critique pour la sécurité énergétique mondiale et le contrôle géopolitique régional.
Cette reconnaissance pose une question existentielle pour l’Afrique en 2026 : comment le continent protégera-t-il le principe d’intégrité territoriale des États contre les pressions des puissances extérieures cherchant à redessiner les frontières pour leurs propres objectifs géopolitiques ? La Cour africaine des droits de l’homme et des peuples, l’Union africaine et les États côtiers auront l’occasion de montrer leur détermination à préserver la souveraineté africaine face aux intérêts extérieurs.
Perspectives économiques : une croissance modeste mais fragile
Les perspectives économiques pour 2026 restent mitigées. Les économies africaines devraient connaître une croissance de 4,0% en 2026 et 4,1% en 2027, selon les projections des institutions internationales. Bien que ces chiffres soient supérieurs à la croissance mondiale moyenne, ils masquent des disparités considérables entre régions et secteurs.
Ce qui est particulièrement troublant, c’est que cette croissance agrégée ne se traduit pas nécessairement en amélioration du bien-être des populations ordinaires. L’inflation persistante, les crises de devises, les déficits budgétaires chroniques, et la volatilité des prix des matières premières continuent de miner les capacités des gouvernements à investir dans l’éducation, la santé et l’infrastructure.
De plus, la dépendance persistante vis-à-vis des matières premières expose l’Afrique aux chocs externes imprévisibles. La transition énergétique mondiale, tout en créant des opportunités (demande accrue de minéraux), menace également les revenus traditionnels tirés des combustibles fossiles.
2026, une année de responsabilité africaine
L’année 2026 arrive à un moment critique pour l’Afrique. Le continent n’est plus un observateur passif des dynamiques géopolitiques mondiales : il en est devenu un acteur central, avec une capacité croissante à façonner l’ordre international selon ses propres intérêts.
Cependant, cette nouvelle capacité d’agir s’accompagne d’une responsabilité proportionnelle. Les choix effectués à Lomé, Ouagadougou, Kinshasa, Le Caire, Addis-Abeba et Johannesburg en 2026 détermineront non seulement le destin immédiat de plus d’un milliard de personnes, mais aussi la trajectoire du continent pour les décennies à venir.
Les signaux sont mitigés. D’un côté, la création de l’AES et l’affirmation de souveraineté des États sahéliens face aux architectures régionales héritées du passé témoignent d’une volonté renouvelée de contrôler son propre destin. De l’autre, la multiplication des coups d’État constitutionnels, la répression des opposants politiques, et l’incapacité à résoudre les conflits régionaux majeurs laissent craindre que cette nouvelle autonomie ne serve qu’à consolider des régimes autoritaires.
L’enjeu de 2026 sera donc de transformer les ambitions géopolitiques continentales en institutions crédibles, en politiques inclusives, et en résultats tangibles pour les populations. Sans cela, l’Afrique risque de passer de la dépendance extérieure à une nouvelle forme de dépendance, celle-ci interne, où les élites politiques et militaires exploitent la nouvelle autonomie continentale pour consolider leur pouvoir plutôt que pour libérer le potentiel de leurs peuples.
Les prochains mois nous diront si l’Afrique parvient à relever ce défi historique, ou si elle demeurera prisonnière de dynamiques qui l’empêchent de réaliser son destin véritable.
Steven E. WILSON

