Au cœur du bassin du Congo, le Cameroun s’engage dans une démarche ambitieuse. Celle de concilier la préservation de ses forêts tropicales avec le développement économique de ses agriculteurs. Alors que la déforestation menace l’équilibre écologique et les moyens de subsistance des populations locales, une nouvelle approche agricole se dessine autour du cacao, culture emblématique du pays. L’objectif serait de produire davantage sans sacrifier les forêts, un véritable défi dans un contexte de pression économique croissante et de changement climatique.
Pour René Etoua Meto’o, membre de la communauté Baka, les forêts ne sont pas simplement un espace naturel. « Nous vivons avec la forêt et elle vit avec nous. Aujourd’hui, nous vivons grâce à elle. Lorsque nous prenons soin d’elle, elle nous nourrit et aide nos plantations de cacao à prospérer », explique-t-il. Sa pratique illustre un modèle d’exploitation durable : cultiver le cacao sans abattre un seul arbre, prouvant qu’agriculture et conservation peuvent coexister. Cette démarche s’inscrit dans un mouvement plus large soutenu par l’Initiative pour les paysages du bassin du Congo, qui vise à protéger la biodiversité tout en accompagnant le développement local.
Une agriculture durable au service de la protection des forêts
L’Initiative pour les paysages du bassin du Congo accompagne huit pays, dont le Cameroun, pour intégrer protection de l’environnement et croissance économique. Selon Tessa Claude Ndala Mayouya du Programme des Nations Unies pour l’environnement, « les populations autochtones jouent un rôle crucial dans la protection des écosystèmes. Leurs connaissances traditionnelles et leur relation avec les forêts sont indispensables ». En effet, ces communautés connaissent les équilibres naturels mieux que quiconque, et leur implication directe dans la gestion des terres peut inverser la tendance à la déforestation.
La forêt tropicale camerounaise représente l’un des plus grands puits de carbone au monde et abrite une biodiversité exceptionnelle : éléphants, chimpanzés, et plus de 11 000 espèces différentes. Protéger cet écosystème, c’est également contribuer à la lutte contre le réchauffement climatique et assurer un avenir viable pour les générations futures. Pour les consommateurs, ce choix se traduit concrètement : acheter du chocolat labellisé « grenouille verte » signifie soutenir des producteurs qui cultivent durablement tout en préservant la biodiversité. Nadège Nzoyem, directrice de Rainforest Alliance pour l’Afrique de l’Ouest et centrale, souligne : « Acheter ce chocolat, ce n’est pas seulement savourer un produit. C’est participer à un engagement environnemental concret. »
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Un marché en mutation et des enjeux économiques majeurs
Le cacao, pilier de l’économie camerounaise, connaît une flambée des prix : entre 2023 et 2024, le kilogramme est passé de trois à près de huit dollars américains. Cette hausse offre un levier économique pour encourager les pratiques durables. Mais elle comporte également des risques. Sans cadre réglementaire et soutien technique, l’augmentation des revenus pourrait inciter certains agriculteurs à étendre leurs plantations en défrichant les forêts. Ainsi, l’accompagnement par des programmes spécialisés, la certification des produits et la sensibilisation des consommateurs deviennent essentiels pour transformer cette opportunité économique en levier de conservation.
La promotion d’un cacao durable au Cameroun illustre une équation complexe mais vitale : croissance économique, sauvegarde de la biodiversité et respect des populations autochtones. Ce modèle pourrait inspirer d’autres pays producteurs du bassin du Congo et au-delà. En combinant savoir traditionnel, innovation agricole et engagement du marché, il est possible de préserver l’un des écosystèmes les plus précieux de la planète tout en offrant des perspectives de revenus durables à ceux qui en dépendent.
Sandrine A.

