Après des mois de silence politique et une stratégie assumée de retrait des urnes, le Parti des peuples africains – Côte d’Ivoire (PPA-CI) sort progressivement de sa réserve. Réuni à huis clos le samedi 24 janvier, le Comité central du parti a acté la tenue de son tout premier congrès ordinaire, prévu pour le 15 mai 2026. Un rendez-vous présenté comme décisif pour relancer une formation politique qui, malgré une base militante solide, s’est volontairement mise en marge des dernières échéances électorales.
Mais au-delà de l’annonce du congrès, une autre décision retient l’attention. Il s’agit de l’appel lancé à Laurent Gbagbo pour qu’il reste à la tête du parti. Acceptée par l’ancien président, cette requête révèle un dilemme central du PPA-CI : comment se réinventer sans rompre avec une figure tutélaire qui structure encore profondément son identité politique ?
Un congrès pour sortir de l’hibernation politique
Le congrès du 15 mai se veut d’abord un moment de reconstruction interne. Initialement prévu en octobre 2025, il avait été reporté en raison de l’élection présidentielle, à laquelle le PPA-CI n’a pas pris part. À cela s’ajoute le boycott des législatives, un choix revendiqué par le parti comme stratégique, mais qui a de facto réduit sa visibilité institutionnelle.
Pour les cadres du PPA-CI, l’heure est désormais à la remobilisation. « Il faut remettre la machine en marche », confie l’un d’eux, résumant l’état d’esprit général. Le congrès devra permettre de redéfinir les orientations politiques, d’évaluer les choix passés et surtout de préparer le terrain pour les prochaines batailles électorales. Car en politique ivoirienne, l’absence prolongée finit toujours par coûter cher.
Ce rendez-vous intervient aussi dans un contexte où le RHDP, largement victorieux aux législatives, consolide son emprise sur les institutions. Face à une majorité présidentielle structurée et disciplinée, l’opposition ne peut se permettre de rester fragmentée ou spectatrice. Pour le PPA-CI, le congrès sera donc autant un exercice d’introspection qu’un signal envoyé à l’électorat : le parti est toujours là, et il entend compter.
Laurent Gbagbo, pilier indispensable ou frein à la mue du parti ?
La décision de demander à Laurent Gbagbo de rester à la tête du PPA-CI est sans doute la plus symbolique. En octobre dernier pourtant, l’ancien président laissait entendre son intention de se retirer de la vie politique active. Quelques mois plus tard, le voilà de nouveau conforté dans son rôle de leader incontesté. Ce choix traduit une réalité. Malgré les discours sur le renouvellement générationnel, aucune figure interne n’a encore réussi à incarner une alternative crédible et consensuelle. Laurent Gbagbo reste le ciment idéologique, le repère historique et le principal moteur émotionnel du parti. Pour beaucoup de militants, se passer de lui reviendrait à affaiblir l’ADN même du PPA-CI.
Mais cette centralité pose aussi question. À force de s’organiser autour d’un seul homme, le parti risque de retarder sa mutation. Comme le souligne l’analyste politique César Flan Moquet, le PPA-CI est « à la croisée des chemins » : soit il parvient à capitaliser sur l’héritage de Gbagbo tout en préparant l’après, soit il s’enferme dans une dépendance politique difficilement soutenable à long terme.
L’enjeu est donc clair : transformer le charisme du fondateur en levier collectif, sans en faire un verrou. Un équilibre délicat, mais indispensable pour espérer redevenir une force politique durable. En actant son congrès et en réaffirmant Laurent Gbagbo à sa tête, le PPA-CI choisit la continuité maîtrisée plutôt que la rupture brutale. Un pari prudent, mais risqué, dans un paysage politique ivoirien en pleine recomposition. Le 15 mai prochain, le parti n’aura pas seulement à se doter de textes ou de résolutions : il devra surtout répondre à une question fondamentale comment exister politiquement demain sans rester prisonnier d’hier. Car relancer une machine politique est une chose ; lui donner un nouveau moteur en est une autre.

