Officiellement disqualifié pour une affaire de doublon de candidature sous la bannière du Manidem, Maurice Kamto, l’ex-leader du Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (MRC) crie à la manipulation. Il dénonce une stratégie minutieusement montée pour l’empêcher de concourir. Tout porte à croire que l’élimination de Maurice Kamto de la présidentielle camerounaise du 12 octobre 2025 ne soit pas simplement un fait électoral.
Elle s’inscrit apparemment dans une dynamique plus profonde. C’est-à-dire celle d’un verrouillage du jeu politique orchestré de longue date par un régime au pouvoir depuis plus de quatre décennies. La Cour constitutionnelle, perçue comme inféodée au pouvoir exécutif, a balayé son ultime recours, entérinant ainsi une décision qui suscite malaise et consternation dans les rangs de l’opposition comme de la société civile. Si la technique est administrative, le fond est profondément politique. C’est-à-dire affaiblir, voire neutraliser, l’un des rares opposants crédibles à Paul Biya, qui règne sur le Cameroun depuis 1982.
Une exclusion politique de Maurice Kamto aux allures de scénario planifié
Derrière les arguments juridiques liés au supposé doublon de candidature, Maurice Kamto voit une machination plus large. Il accuse le pouvoir d’avoir installé un faux président du Manidem pour introduire une seconde candidature, rendant la sienne irrecevable. Cette manœuvre, qu’il qualifie de « piège institutionnel », serait le prolongement logique d’une campagne de marginalisation amorcée dès 2020, lorsque le MRC avait boycotté les élections législatives et municipales. Une stratégie qui, selon Kamto, avait contrecarré les plans du régime de le décrédibiliser sur le terrain électoral.
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Ce rejet n’est pas seulement une défaite pour un homme politique. Il reflète une méthode bien rodée pour contrôler l’accès au pouvoir en verrouillant tous les échelons du processus démocratique : contrôle du calendrier électoral, instrumentalisation des partis satellites, marginalisation des figures montantes, et usage ciblé des institutions judiciaires. Pour les observateurs, ce modèle illustre l’adaptabilité d’un régime autoritaire aux contraintes de l’ère démocratique.
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Vide politique et frustration populaire : vers quel avenir ?
L’exclusion de Maurice Kamto laisse l’opposition désorientée et démobilisée à quelques semaines d’un scrutin qui s’annonce vidé de toute compétitivité réelle. Son silence sur une éventuelle consigne de vote renforce ce flou, laissant craindre une abstention massive ou un vote protestataire non structuré. Le risque est également celui d’une montée de la frustration dans une jeunesse déjà désabusée, qui voyait en Kamto une figure capable d’incarner le changement.
Maurice Kamto exclu : vers une élection sans réelle adversaire ?
Au-delà du cas Kamto, c’est la légitimité du processus électoral lui-même qui est en jeu. L’anticipation du pouvoir, qui a repoussé les législatives pour bloquer les candidatures issues de l’opposition, indique un refus systémique d’ouverture démocratique. Une attitude qui, à moyen terme, pourrait engendrer une crise de confiance institutionnelle plus profonde, dans un contexte socio-économique déjà marqué par le chômage, la crise anglophone, et l’usure d’un pouvoir vieillissant.
Le rejet de la candidature de Maurice Kamto ne saurait être lu comme un simple incident administratif. Il est le symptôme d’un système qui privilégie la stabilité du pouvoir sur l’alternance démocratique. En verrouillant les issues politiques, le régime de Paul Biya pourrait bien gagner une élection de plus. Mais à quel prix ? Celui d’un recul démocratique dont les répercussions se feront sentir bien au-delà du scrutin d’octobre 2025.
Sandrine A.

