La nomination de Fatima Ezzahra El Mansouri à la tête du gouvernement marocain constitue une première historique. Le 29 septembre 2026, le roi Mohammed VI l’a chargée de former le nouveau gouvernement, après la victoire du Parti authenticité et modernité (PAM) aux élections législatives du 23 septembre. Elle devient ainsi la première femme à diriger le gouvernement du royaume et la deuxième femme à occuper une fonction de Première ministre dans le monde arabe, après la Tunisienne Najla Bouden.
Mais derrière la portée symbolique de cette nomination se pose une question plus politique. Quelle marge de manœuvre pour Fatima Ezzahra El Mansouri dans le système institutionnel marocain ?
Un PAM en tête, mais loin de la majorité
Le résultat des législatives permet de mesurer immédiatement l’ampleur du défi. Le PAM arrive en tête avec 97 sièges sur 395, devant le Rassemblement national des indépendants (RNI), avec 66 sièges, et l’Istiqlal, avec 65. Le Parti de la justice et du développement (PJD) obtient 54 sièges. Suivent notamment le Mouvement populaire avec 29 sièges, l’USFP avec 26, le PPS avec 19 et l’Union constitutionnelle avec 17. Les autres formations se partagent les sièges restants. Ces résultats définitifs ont confirmé les chiffres provisoires annoncés après le scrutin.
La majorité absolue à la Chambre des représentants étant fixée à 198 sièges, le PAM doit donc obtenir le soutien d’au moins 101 députés supplémentaires pour disposer d’une majorité parlementaire. La formation du gouvernement devient ainsi le premier test politique de la nouvelle Première ministre.
Le paysage parlementaire est d’autant plus fragmenté que la participation nationale n’a atteint que 38,08 %. Cette donnée ne permet pas, à elle seule, de déterminer les motivations des abstentionnistes, mais elle constitue un élément important du contexte politique dans lequel le nouveau gouvernement devra agir.
Une femme à la primature marocaine… avec un pouvoir encadré par la monarchie
La portée de cette nomination doit cependant être replacée dans le fonctionnement institutionnel marocain. La Constitution de 2011 prévoit que le roi nomme le chef du gouvernement au sein du parti arrivé en tête des élections législatives. Le chef du gouvernement propose ensuite les membres de son équipe, mais leur nomination relève du roi.
Surtout, le roi préside le Conseil des ministres, qui examine les grandes orientations stratégiques de la politique de l’État, les projets de loi organique, les orientations générales du budget ainsi que plusieurs dossiers liés à la défense, à la sécurité et aux grandes institutions stratégiques.
La marge de manœuvre de Fatima Ezzahra El Mansouri n’est donc pas celle d’un chef de gouvernement exerçant seul l’ensemble du pouvoir exécutif. La Constitution lui confère néanmoins des responsabilités importantes. Ainsi sous son autorité, le gouvernement met en œuvre son programme, assure l’exécution des lois, dirige l’administration et dispose du pouvoir réglementaire.
Autrement dit, la question ne sera pas seulement de savoir si une femme peut diriger le gouvernement marocain, mais jusqu’où elle pourra imprimer sa marque politique dans le cadre institutionnel existant.
Le symbole devra désormais se traduire en résultats
L’autre enjeu concerne la représentation des femmes. La nouvelle Assemblée compte 107 femmes, contre 96 dans la précédente législature, soit environ 27,1 % des 395 députés. Cette progression montre que l’arrivée d’une femme à la tête du gouvernement s’inscrit dans une évolution plus large de la présence féminine dans les institutions, même si les femmes restent minoritaires au Parlement.
Fatima Ezzahra El Mansouri devra désormais transformer la portée symbolique de sa nomination en capacité gouvernementale concrète. Chômage, pouvoir d’achat, services publics et attentes de la jeunesse figurent parmi les dossiers qui pèseront sur son mandat, tandis que son gouvernement devra également accompagner les importants investissements liés à la préparation de la Coupe du monde 2030.
La première femme à diriger le gouvernement marocain entre donc en fonction dans une configuration paradoxale : une avancée historique sur le plan de la représentation politique des femmes, mais une marge de manœuvre institutionnelle définie par les équilibres entre le gouvernement, le Parlement et la monarchie. Sa capacité à bâtir une coalition et à obtenir des résultats constituera désormais le véritable test de cette nouvelle séquence politique.

